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sortie sans tralala

Démarré par Jehan, 06 Octobre 2026 à 15:44:14

Jehan

Salut !

Après une longue absence, Il fallait que je vienne ici pour vous partager mon dernier périple effectué avec un ami, ainsi que les questions qui en découlent.

Dans le respect de la tradition du forum je resterais évasif sur le lieu où nos aventures se sont déroulées... Je fais seulement un clin d'oeil à @Outdoorsman, que je remercie pour certains de ses récits qui ont piqué ma curiosité géographique.

Mon ami et moi même voulions sortir pour le brâme du cerf. Ne sommes pas des maraudeurs réguliers, mais pas frileux ni totalement ignares dans la pampa.
On s'est donc concocté un itinéraire dans une zone relativement sauvage, escarpée, sur 4 jours, trajets quotidiens allant de 6 à 8 km avec dénivelés positifs importants allant de 400 à quasiment 1000m, et presque autant en négatif.

l'objectif: l'équilibre entre marche engagée et prendre son temps, crapahuter comme des gosses avec respect, profiter. Pas de perf, nuit en refuge chaque soir, points d'eau. temps pluvieux et humide.
Je ne m'attarderais pas sur le matos utilisé. On avait ce qu'il fallait pour nos besoins vitaux sans tralala. j'avais des grolles basses en toile inadaptées au climat par manque de tune, un vieux sac en cordura qui a fini de rendre l'âme là haut, un 3 couches rustique mais efficace, de quoi dormir au sec, un poncho, de quoi filtrer, contenir et manger. une pharma.

Quelques photos pour rythmer le tout, sauf le premier jour parce que c'était le d-day et on a rien pu photographier à cause de la pluie.

jour 1 D-day

On attaque fort avec 8 km et 900m de dénivelé pour atteindre le premier refuge. il ne fait pas très froid mais la pluie s'abat rapidement sur nous et on progresse dans le brouillard. le chemin est glissant, raide, bordé de bouleaux et de sapins. on se bâche mais on est en t-shirt dessous et on marine déjà dans notre jus. Les premiers brâmes retentissent dans la pois. Proches. Deux bestiaux chauds pour se foutre sur la mouille. on sait qu'on ne risque pas d'être chargés car la carte indique que nous sommes bordés de vides, alors on s'arrête sous la pluie et on guette, mais on ne voit rien.
On atteint finalement le premier refuge qui est une bâtisse de qualité assez prisée. On est trempés comme des soupes. Malgré le temps un petit groupe est là, mais sont plutôt sympas etdiscrets.
La pluie a cessé, un ragout bloblotte sur le poêle, les affaires sèchent et déjà un nouveau cadeau de la montagne: Alors que les cerfs s'en donnent à coeur joie, du versant d'en face nous parviennent les hurlements d'une ou deux meutes de loups.


jour2 aérien et engagé

Après un petit déjeuner frugal nous voici repartis pour une journée de marche. Entre ciel et terre, trajet aérien et engagé, serpente entre des tapis de buissons rouges, s'aventure dans les pierriers et les flancs abrupts. progression lente mais gratifiante. La physique habituelle est quelque peu perturbée dans cet assemblage de vides, de roche et de vapeur. chaque bout de chemin nous donne l'impression qu'au prochain virage on va tomber dans le vide, avant de découvrir avec soulagement que le sol continue bel et bien. on déjeune aux portes du ciel de maquereaux au vin blanc, d'une soupe chaude, de pain, fromage et d'un café noir sans tralala (cf un légio)



le temps est plus doux, on est relativement secs.
Toujourss impossible d'apercevoir les cerfs qu'on entend. on observe des oiseaux que je ne saurais nommer et un rapace (buse?) ainsi que des chamois aux jumelles.
En fin de journée on déboule dans le flanc d une combe, point final d'une vallée qui nous coupe tant le souffle qu'on oublie la photo. ravinée, parsemée de lambeaux de forêt et de clairières raides propices à l'affrontement, ponctuée de buissonières spacieuses, dominée par des crêts silencieux et des éperons carnassiers. Notre destination, une cabane minuscule en bout de combe, domine cette arène où retentit un concerto de brâmes. On y concocte une réduction sirupeuse de myrtilles sauvages qu'on mélange au génépi et on ouvre une boîte de cassoulet au coin du poêle, après s'être décrassés dans la cuvette d'une cascade à presque 2000 m d'altitude. Nous guettons la combe aux jumelles, espérons sans succès entendre les loups de la veille avec lesquels nous partageons désormais le même versant. Goûtons au repos du juste  ;#



jour 3 miracle et abrutis

On se lève gentiment et on goûte le paysage avec le traditionnel café noir. Sans tralala, le café. on guette, puis on entame le retour de la boucle, et c'est là que le miracle de notre itinérance devait se produire. En contrebas à gauche retentit un brâme et je l'aperçois tout de suite : sur une crête à peut être 400 m, un cerf profilé entre les arbres, découpé sur fond d'une mer de brume grimpante. On s'accroupit dans les buissons, jumelles en mains. il brame en direction des hauteurs, et on ne tarde pas à voir un autre barbot surgir en amont. Les deux se jaugent pendant 20 minutes, la tension monte. la brume vient entrecouper la scène. petit crachin. L'ambiance est irréelle, nous sommes idéalement placé. Comme si ce n'était pas assez, un troisième cerf surgit encore un peu plus haut. Celui ci est massif,il arbore une écharpe royale de poils sombres et des bois monumentaux. Il charge sans sommation celui qui se retrouve désormais pris en sandwich, et le fait détaler. celui du bas ne moufte plus et s'en va peu après. Le mastard, visiblement le papa du secteur, pavane une dizaine de minutes ses grosses burnasses tout en hurlant comme un lion plus qu'un cervidé. La brume finit par l'envelopper et il disparait. On reprend la route, délirants. On trouve dans les contreforts rocheux un renfoncement qui semble propice au bivouac d'affut et on se promet de l'exploiter l'année prochaine.
on regagne le bas de la vallée au refuge du premier jour qui est occupé par des gens irrespectueux dont je ne parlerais pas pour ne pas gâcher le récit, mais qui ont eu droit à une ou deux remarques de notre part, pleins de musc et de café noir que nous étions. on a fini nos provisions comme des goules et croqué des oignons crus sous leur regard sidéré.

jour 4 retour et brasserie de village (nous ne sommes pas tombés amoureux de la serveuse, promis)

Nous sommes redescendus par là où nous étions arrivés, sales et revigorés, et avons pu constater la beauté du paysage cette fois ci. la batterie du Berlingo avait prit froid et on a du pousser pour le redémarrer lol.


voilà pour ce récit.
Comme vous vous en doutez le contact avec les cerfs m'a bouleversé. c'était ma première fois et je crois que je souhaite réitérer l'expérience, apprendre à me déplacer discrètement et installer un affût sans m'équiper comme un pro, avec le minimum: Tarp, jumelles, peut être appareil photo, camouflage, isolation du sol et attente. prolonger la prochaine itinérance et passer plus de temps loin des gens et des abris fréquentés, augmenter mes capacités d'autonomie, à mon rythme, toujours sans performance. si vous avez des conseils et des pistes pour se documenter à ce sujet, je serais heureux de vous lire!
"Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les coeurs abjects."   -Ernst Jünger, les falaises de marbre

VieuxMora

Merci pour ce magnifique récit et photos
Belle ambiance!

Merlin06

Salut et merci pour le récit!

Pour augmenter les capacités d'autonomie il me semble que c'est assez simple sur le papier et bien établi sur le forum:
-accumuler de l'expérience
-poster plus léger et parfois plus "gros"
-se tenir à une préparation physique efficace et régulière

Je suis également contemplatif "sans performance" dans mes randos habituelles, améliorer ses capacités permet plus de plaisir(moins de fatigue phy/psy, plus d'énergie pour faire un petit truc en plus quand l'occasion se présente...) et aussi plus de sécurité en ayant de la marge.
L'âme sûre ruse mal.
Le matin du grand soir il y aura de la confiture de bisounours au petit déjeuner.
Nous avons deux souverains, Dame Physique et Sire Temps.

Shirokuma

:doubleup:
Merci pour le partage, les photos donnent vraiment envie !
"L'expérience est une bougie qui n'éclaire que celui qui la porte." – Confucius

Karto

Merci ! C'est un régal à lire, tant par le fond que par la forme !

Et ça me change de ma propre sortie brame ce week-end, sous la pluie battante avec trois enfants : un qui tenait pas en place, une qui avait peur et demandait à partir toutes les 3 minutes, et une (la mienne) qui avait oublié son sac avec ses vêtements de pluie et de froid et était accoutrée en mode survie ...et une femme qui râlait parce qu'on marchait trop sur les brindilles et que ça allait faire fuir tous les cerfs de l'Aubrac.

On a eu un beau concert de brame polyphonique, mais malgré ça, la prochaine fois je viens plutôt avec vous !

Jehan

@Merlin06 merci pour ta réponse qui est une piqure de rappel de la base des bases: préparation. Avant d aller chercher le spécifique renforcer le général. Loi de paretto. La preparation phy j essaie déjà de l appliquer pour mon activité d auto entrepreneur qui va etre amenée à prendre de l ampleur, et elle est aussi valable pour un loisir tel que les excursions :). En terme de compétences baroudage j ai encore du chemin.

Je n ai par contre pas compris " poster plus léger et parfois plus gros", peux tu préciser?

@karto Aïe! Bon t y es allé avec la famille, les mouflets tout ça, c est un challenge en plus! Nous on était entre bourrins on avait que nos trognes à gérer ahah et faire le silence n était pas compliqué. Mais en fait on a surtout eu le c** bordé de nouilles.
Elle a râlé parce que vous faisiez trop de bruits, là où certaines auraient râlé pour la pluie et les crises des minots! C est déjà bien eheh

Bonne soirée!
"Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les coeurs abjects."   -Ernst Jünger, les falaises de marbre