Un passage de l'Odysée a attiré mon attention à la lumière du N3 (Odyssée, chant V, traduction Victor Bérard) :
ULYSSE. — Malheureux que je suis ! que vais-je encor souffrir ?... quel est ce dernier coup ?... Si je reste à veiller sur le bord de ce fleuve, quelle nuit angoissée ! et quand me saisiront le mauvais froid de l'aube et la rosée qui trempe, gare à la défaillance qui, me faisant pâmer, m'achèvera le cœur ! il s'élève des eaux une si froide brise avec le petit jour !... Mais gravir le coteau vers les couverts du bois, pour me chercher un lit au profond des broussailles ! une fois réchauffé, détendu, si je cède aux douceurs du sommeil, ah ! je crains que, des fauves, je ne devienne alors la pâture et la proie !
Tout compté, le meilleur était d'aller au bois qui dominait le fleuve. Au sommet de la crête, il alla se glisser sous la double cépée d'un olivier greffé et d'un olivier franc qui, nés du même tronc, ne laissaient pénétrer ni les vents les plus forts ni les brumes humides ; jamais la pluie ne les perçait, de part en part, tant leurs branches serrées les mêlaient l'un à l'autre.
Ulysse y pénétra ; à pleines mains, il s'entassa un vaste lit, car les feuilles jonchaient le sol en telle couche que deux ou trois dormeurs auraient pu s'en couvrir, même au temps où l'hiver est le plus rigoureux. A la vue de ce lit, quelle joie eut au cœur le héros d'endurance ! S'allongeant dans le tas, cet Ulysse divin ramena sur son corps une brassée de feuilles... Au fond de la campagne, où l'on est sans voisins, on cache le tison sous la cendre et la braise, afin de conserver la semence du feu, qu'on n'aura plus à s'en aller chercher au loin, Sous ses feuilles Ulysse était ainsi caché, et, versant sur ses yeux le sommeil, Athéna, pour chasser au plus tôt l'épuisante fatigue, lui fermait les paupières.
On y voit pas mal de choses intéressantes: connaissance du risque d'hypothermie, critères de choix des emplacements, utilisation des feuilles mortes comme isolant au sol et en couverture.
Il semble aussi que l'on ne démarrait pas de feu à l'époque: on allait chercher du feu ailleurs, si on était isolé on le conservait précieusement. Et au pire on allait le chercher loin (ce qui se conçoit quand on voit la tannée que c'est d'en démarrer un avec des moyens primitifs).