Quand je travaillais avec les big cats, on passait en moyenne cinq heures par jour à vider, dépecer et découper des livraisons encore chaudes : ânes, vaches, antilopes, volaille, zèbres et girafes (oui oui).
En plus d’un florilège de gros couteaux aiguisés, on se servait des scies, des haches et des pinces.
Il arrivait qu’on se coupe. Je me servais de simples sparadraps du marché, en procédant ainsi :
1. Désinfection.
3. Perpendiculaire, le premier sparadrap au centre, quand la plaie est béante.
4. Le second aligné à côté, à droite et à gauche.
5. Idem avec le troisième, le quatrième, le cinquième…
J’ai déjà désinfecté avec de l’alcool et des disques démaquillants en cotton mais rien ne vaut une compresse de gaz stérile.
Le premier enjeu tient à l’équation intuitive suivante : la longueur de la coupure versus la taille des sparadraps. Il faut, si possible, choisir un format qui ne soit pas trop grand. Ça peut paraître paradoxal mais je précise qu’on veut suturer. Suturer et pas simplement « recouvrir ».
On observe d’abord l’élasticité de la zone, ses interactions avec les tissus alentours, et on s’adapte au mouvement le plus naturel du membre.
On pose une extrémité de l’adhésif d’un côté, à bonne distance du cratère, ni trop loin ni pas assez, et on étire le derme de façon à rapprocher les berges, on termine en déposant l’autre extrémité en face.
Il faut que les berges se touchent, sans se chevaucher.
Recommencer, de manière parfaitement régulière et égale, avec chaque pansement. On referme ainsi, petit à petit.
La manœuvre est très simple, on est d’accord ?
Il faut chercher à réunir les berges le plus vite possible. D’après mon expérience (amha, osef) au bout de 24h, c’est 50% de la cicatrisation qu’on aura sauvée. Les tissus cellulaires sont encore tellement frais… vivants… visqueux, que ça recolle aussitôt.
En somme, j’ai pratiqué, à l’arrache, dans diverses circonstances, deux techniques improvisées qui dépendent de la forme de la plaie :
a. Soit j’étire tous les sparadraps d’un seul côté (comme une vague uniforme) conformément à la description précédente.
b. Soit j’alterne, un coup je tire dans un sens, un coup je tire dans l’autre sens; un sparadrap vers l’Est, un sparadrap vers l’Ouest. On provoque ainsi un point de croisement. Toujours de façon perpendiculaire, en prenant soin de souder les berges, les faire se toucher - créer une suture justement - mais sans arc-bouter.
Une fois que les sparadraps sont placés, on en surajoute un ou deux ou trois à la verticale : pour les « sceller », afin de fixer le tout. Enfin, un bande de crêpe, pour optimiser.
A ce titre, pour pallier l’absence de crochets en alu, je confectionne une lanière avec n’importe quoi, tant que ce n’est pas trop sale (donc exclu les lacets).
On peut, par exemple, découper les poignets d’un sac plastique pétris comme un baguette pour les affiner, on les noue aux deux extrémités du bandage. Du fil de couture, ce n’est pas superflu, mais un peu plus laborieux et le saucisson a tendance à se défaire.