Hello.
J'ai déjà eu des phases de sentiment d'incompétence par le passé, certaines justifiées, notamment au niveau manuel.
Forcément, quand on a un père bricoleur (et une mère qui fait également des choses manuelles) et qu'on ne s'y est jamais intéressé enfant/ado, et qu'ensuite on a un métier derrière un ordi...
Un monde qui encourage beaucoup l'hyper-spécialisation ça donne l'impression que beaucoup de choses sont inaccessibles. C'est facile de tomber sur des ouvrages très pointus, ou des youtubeurs archi-rôdés qui donnent l'impression que les imiter est censé être trivial... Alors que les généralistes 'compétents' sont peut-être moins visibles.
Moi qui ne savais pas faire grand-chose de mes dix doigts à part taper au clavier... Des choses qui m'ont aidé, outre apprendre des trucs par moi-même, c'est -entre autres- un stage au CEETS (merci Jérôme, David, et d'autres), du wwoofing dans une ferme qui fait tout sans électricité (on en fait des choses variées en peu de temps dans ce genre d'endroit), et des chantiers participatifs.
En sortant de sa zone de confort d'une telle manière on se retrouve à l'étendre. Et en pratiquant beaucoup on devient (généralement) un peu moins nul, même si on fait pas toujours systématiquement des progrès.
Une fois qu'on a brassé plus large et exploré des domaines inconnus en partie par soi-même, ça fait moins peur de s'intéresser à des nouvelles choses. Et parfois on se retrouve à être suffisamment compétent dans un secteur pour conseiller d'autres personnes. Du coup on relativise un peu ces questions de compétence / incompétence.
Faut arriver à se convaincre qu'on ne peut pas tout apprendre, mais qu'on est capable d'apprendre à peu près n'importe quoi si on y met le temps et l'effort. Une énorme différence entre des gens qui ont peur de sortir de leurs domaines de prédilection et les gens qui y parviennent, c'est qu'à la place de se dire "je pourrais pas", "je suis trop mauvais, je laisse tomber" ou "c'est pas fait pour moi", ils se disent "Si X l'a fait, pourquoi pas moi ?" et "je suis mauvais maintenant, mais en faisant j'apprends, donc je continue et ce sera mieux demain". Oser et persévérer.
Puis il y a tout un tas de domaines où les gens improvisent souvent (voire jouent du pipo). Un artisan qui se retrouve face à une configuration plutôt inconnue où il doit quand même pondre un résultat, ça arrive souvent. Il expérimente et arrive à une solution qui n'est pas toujours idéale, mais souvent meilleure que ce qu'un quidam lambda aurait fait. Pareil, un scientifique qui n'a pas tous les tenants et aboutissants mais qui présente ses travaux quand même parce qu'il a des choses intéressantes à raconter, ça arrive souvent. La compétence se construit en grande partie comme ça... ça aide de s'en rendre compte.
Ca aide aussi de voir les premières oeuvres maladroite d'un auteur, les premiers passages sur scène un peu ratés d'un comédien, les premiers chantiers modestes d'un charpentier qui gagne en expérience, les premiers articles de recherche d'une pointure
(les premiers posts sur ce forum des piliers de bars ?

)
et de voir à quel point la maîtrise de leur domaine était souvent loin d'être parfaite, les différentes itérations et réévaluations qui ont été effectuées (ou non...) au fil du temps.
Ou de voir des animaux (non-humains) faire des erreurs qui paraissent incroyables. Un chat qui rate un saut facile sans raison apparente, et qui recommence sans sourciller. Ou de voir qu'une école de pensée a pu partir d'un truc un peu arbitraire (voire un peu débile) et quand même donner lieu à des idées intéressantes, mais du coup au début ça devait pas mal se chercher et/ou brasser du vent. Ou de constater qu'un expert un peu stressé et fatigué fera parfois des erreurs, et c'est compréhensible.
Garder en tête d'où on est parti, aussi. Ca aide à voir le chemin parcouru pour certaines choses, et de se rendre compte de certains domaines où on est bien au-delà des bases.