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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Raydock à la montagne ou ... un exemple à ne pas suivre  (Lu 1942 fois)

16 février 2008 à 23:46:37
Lu 1942 fois

Raydock


Il était une fois, il y a quelques années, lors d'un bel été que je passais dans un beau village des Alpes de haute provence, pas loin des magnifiques gorges du Verdon :love:, je décidais d'aller me promener.
Bien entendu je ne connaissais ni la région, ni la montagne tout court ni la survie en général, ni le bon sens en particulier.

Il y avait ce jour là un beau soleil et il faisait très chaud, je sortais donc au moment le plus opportun, vers 14h. Pas bête, je prenais ma casquette et une petite bouteille d'eau, et j'échangeais mes tongues contre mes baskets. Je n'avais aucune idée préc*nçue d'ou allaient  me guider mes pas, je n'avais pas encore de portable et je ne prévenais personne.
Au dessus du petit village, le lit à sec d'une rivière me faisait de l'œil : c'était décidé, j'allais le remonter le plus haut possible.

Au début, bien qu'ayant fini rapidement ma bouteille, je me sentais très bien, il faisait un peu chaud mais j'étais à l'abri du soleil, car deux parois rocheuses imposantes surplombaient de chaque côté la petite rivière. Je grimpait assez facilement, et j'étais très fier de chaque obstacle surmonté. Bien sûr je ne me demandais jamais s'il serait aussi simple de redescendre. Quand je me retournais j'avais une vue magnifique sur la vallée, sur une rivière qui n'étais pas à sec et sur une partie du village. Cela m'incitait bien entendu à monter encore plus. Comme je n'avait pas de montre, je n'avais aucune idée du temps qui passait, et le ciel étant bleu, il devait forcément être encore tôt : je n'avais faim qu'à cause de l'effort que je faisais, et puis j'avais toujours faim de toute façon.

Au bout d'un certain temps, je débouchais sur une chute que je jugeais infranchissable, elle était vraiment haute et devait être très belle quand il y avait de l'eau. J'essayais tout de même de grimper 3 ou 4 fois pour être sûr, puis j'abandonnais, non sans avoir manqué de me briser quelque chose les 3 ou 4 fois. J'avisais cependant qu'un peu plus bas, il y avait peut-être moyen de profiter de ce qui me semblait être une pente moins raide sur une des parois rocheuse. Si je ne pouvais escalader la chute, j'allais la contourner !
Aussitôt pensé, aussitôt fait.

Là encore au début tout alla bien. Certes j'étais à présent à 4 ou 3 pattes et j'avais été obligé de revenir sur mes pas assez longuement pour retrouver ma bouteille vide (c*n mais pas goujat quand même), mais j'étais encore bien sûr de moi. Seulement j'avais maintenant quitté le lit de la rivière, je sentais donc le vent se lever, et je voyais bien que le soleil était pas mal descendu. Des questions incongrues arrivaient donc maintenant jusqu'à mon cerveau : mais pourquoi il fait plus froid ici qu'en bas ? comment je vais trouver le chemin du retour ? est-ce que c'est très malin ce que je suis en train de faire ?
Mais de toute façon c'était pas le moment de chercher à y répondre : il était de plus en plus difficile de grimper. C'était une de ces pentes pierreuses, ou à chaque pas on redescend d'un pied parce que ça roule sous la chaussure. Je devais maintenant me concentrer pour ne pas glisser jusqu'en bas. Parfois je devais presque courir à 4 pattes pour avancer un peu, j'avais les mains qui saignaient un peu et la poussière que je soulevais accentuait ma soif.

Au bout d'un certain temps à ce train là, le soleil était vraiment bas et le vent vraiment frais collait ma chemise trempée de sueur contre ma peau, mais je ne savais pas du tout ou j'en étais, si la direction était la bonne et je commençais à sérieusement flipper parce que je voyais bien qu'il n'était pas question de faire demi-tour.


Je fini par arriver au sommet. Le coucher de soleil était certainement merveilleux, mais je me souviens surtout que j'étais affamé, assoiffé et apeuré. Mes mains saignaient, mes genoux aussi, je n'avais plus de pieds, j'avais froid et j'étais paumé. Cela faisait environ 8 heures que j'étais parti ! (ben oui je savais à quelle heure le soleil se couchait moi)

Enfin, j'étais seulement relativement paumé, je voyais quand même les lumières de mon village. Mais il ne s'agissait pas de revenir en ligne droite. Je décidais de continuer vers la moindre pente, pas question en effet de monter ou de descendre quoi que ce soit.

Je fini par atteindre ce qui me parut être une sorte de chemin. Je marchais à tout petit pas : la nuit en dehors d'une ville il fait sacrément noir, pourtant le ciel était plein d'étoiles et cela me rendait tout mélancolique. Je décidais de suivre le chemin, pour moi un chemin conduisait forcément à la civilisation par le plus court ...chemin. La pente devenait raide mais je ne me cassais la gueule que deux fois.

Le chemin me conduisit à une sorte de petit bois avec des arbres pleins d'aiguilles et une odeur forte, je me dis que c'était des sapins, mais en fait je ne connaissais aucun autre arbre avec des aiguilles. Je me souvenais que d'un côté du village il y avait un bois de cette sorte, c'était forcément celui-là. Je continuais donc, en trainant des pieds, résolu à marcher toute la nuit s'il le fallait.

Et puis j'eus un grand moment de bonheur : Je vis réapparaitre les lumières du village, proches. Si j'avais eu des pieds j'aurais couru. Heureusement que je n'avais plus de pieds.

Bon il me fallu encore un morceau de temps pour rejoindre le village. Le vrai sol sous moi, un banc pour m'asseoir, une fontaine pour boire. Le bonheur.

J'ai tout de même appris beaucoup de choses ce jour là.

-Il ne faut pas faire n'importe quoi dans la vie,
-on ne part pas se promener en plein été avec une petite bouteille d'eau seulement,
-la montagne ça vous gagne mais il faut faire gaffe quand même à :
-savoir ou on part,
-prévenir quelqu'un qu'on part,
-ne pas faire d'escalade quand on ne sait pas,
-il y fait froid même en été,
-je suis un mec super pas malin mais quand même super trop chanceux,
-on/je deviens rapidement démoralisé quand on est paumé, fatigué, assoiffé,

Je suis sûr qu'il y a plein d'autres leçons à tirer d'une telle expérience même s'il faut avouer que ça ne se résume pas à grand chose et que ça doit être très banal.
Ne vous moquez pas de ce que je considère comme ma plus grande expérience de survie, parce que j'ai eu pour de vrai l'impression que je pouvais mourir. Considérez que vous autre grands baroudeurs m'avez déjà appris plein de choses et que ça ne m'arrivera plus ou du moins pas aussi bêtement.

à vous maintenant si vous voulez et merci de m'avoir lu jusqu'au bout

R. dit le chanceux
« Modifié: 02 septembre 2010 à 23:33:41 par Raydock »

17 février 2008 à 14:06:20
Réponse #1

Olcos


Des conneries en montagne, je pense qu'on en a tous fait (moi en tou cas). T'as pas été bléssé et c'est cool, et t'as appris de ton erreur, c'est tout bénéf  :up:

Tu as refait des sorties nature, ou tu es retourné dans ta jungle urbaine pour y rester au chaud ?  ;)
"Le chien apprend à l'enfant la fidélité, la persévérance... et l'obligation de tourner trois fois sur lui-même avant de se coucher."

Robert Benchley

17 février 2008 à 16:13:04
Réponse #2

guillaume


Je crois que tu as tiré pas mal de bonnes leçons de cette expérience et ça c'est bien (notamment le minimum de matos, savoir où l'on va, prévenir, etc, etc.).
Mais personnellement, sachant que j'étais perdu, je me serai arrêté pour la nuit (d'où l'importance du matos) pour éviter d'avoir à marcher de nuit, surtout en montagne: t'as vite fait de faire le grand saut en franchissant une barre rocheuse :o.

a+

17 février 2008 à 18:52:08
Réponse #3

Nävis


Merci pour le récit.
Super expérience pour apprendre effectivement. Mais d'une façon ou d'une auutre, on commence tous par une première fois qui fait réfléchir.
Comme Olcos, j'espère que cela ne t'as pas détourné du droit chemin. ;)


17 février 2008 à 21:41:16
Réponse #4

LOOPING


Salut Raydock

merci pour ton témoignage. Il est vraiment important et pourra servir pour analyse.

Tu peux dire sans probleme que tu sais de quoi tu parle.  :up:

18 février 2008 à 09:02:13
Réponse #5

Diesel


Tu t'en es tiré, c'est l'essentiel. :up:

On apprend de ses erreurs, là tu as sans doute fait un grand bond dans la prise de conscience des risques. Et si ça peut te consoler, beaucoup de gens ont d'abord du vivre des trucs comme ça avant de se poser les bonnes questions. ;D
ça te servira pour la suite si tu ne l'oublies pas trop vite.  ;)

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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