Salut Wol,
Je peux te parler de mon travail en le replaçant dans ton questionnement, mais après, c’est un peu délicat pour moi de rester objectif... Bon, je vais essayer de faire de mon mieux et de t’éclairer.

Concernant la littérature francophone, je suis arrivé aux mêmes conclusions que toi. Je ne veux descendre personne, mais j’ai lu avec horreur des passages tellement mauvais de sommités françaises qui essayaient de parler de psychologie dans un cadre de la SP, que je n’ai même pas osé les mettre dans ma bibliographie à côté de mecs comme Grossman, Dimitri, Siddle, ou Ledoux. Après, je n’ai pas TOUT lu en français ; mais il faut reconnaître que nous ne sommes pas gâtés, et que le nom ou le parcours professionnel d’auteurs parfois très connus, n’en amènent pas moins à des résultats régulièrement navrants. La plupart du temps, comme tu les soulignes, la question psychologique est simplement survolée, et conduit à des conseils inutilisables et à du « remplissage ».

Au départ, c’est en m’arrachant moi-même les cheveux de la tête que j’ai commencé à chercher à titre personnel, et pour le groupe avec lequel je m’entraînais, des informations de qualité, pour simplement essayer de comprendre. Très vite, j’ai du me rabattre sur la littérature anglo-saxonne qui était très ouverte, et très en avance dans ce domaine. Les anglo-saxons ont établi bien avant nous le point de soudure entre les données scientifiques et les données de terrain, et en ont tiré des modèles pratiques pour les combattants. Je pense que la mécanique est en marche en France, mais on en est seulement au début…
Avec mon travail, j’ai précisément essayé de combler un manque dans le champ de la connaissance francophone. Si un équivalent à neurocombat existe en Français, je n’en ai pas connaissance. D’ailleurs au passage, j’en profite pour signaler que le nom « neurocombat » n’a rien à voir avec Neurone Défense Système, que ne n’ai découvert qu’après avoir choisi neurocombat, déposé mes manuscrits, et acheté mon nom de domaine. Je tire l’idée de Neuromancien (Gibson), et du morceau Neurodancer du groupe Belge Front 242.
- qui développeraient de manière détaillée les états et comportements psychologiques de l'agresseur et de l'agressé,
- qui décriraient la négociation et la désescalade verbale,
- qui traiteraient des mécanisme du passage de l'altercation à l'agression,
- qui aborderaient aussi le moment où l'on bascule soit même dans l'acte violent en choisissant soit la frappe préventive, soit d'attendre le premier geste hostile pour se défendre dans le cadre de la légitime défense.
Les points que tu listes
correspondent très exactement à mon angle d’approches des livres 1 et 2, et je conduis toujours à des exercices pratiques et à une utilisation "de terrain" des données analysées et synthétisées.
* Le
livre 1 est « introspectif », si tu veux = qu’est ce qui se passera en moi au moment de la violence ?
* Le
livre 2 situe le défenseur dans le contexte violent : interaction avec l’individu violent, communication durant la violence, proxémique, langage corporel, sémantique, analyse stratégique de la situation violente, etc.….
Tous ces aspects sont imbriqués de manière quasiment inextricable, ce qui oblige à utiliser des modèles pour les mettre à plat. Les modèles peuvent sembler compliqués, voir fumeux, mais contrairement aux apparences, ils permettent d’extraire des dénominateurs communs. Sans ces dénominateurs communs, on est contraint de reposer sur des procédures (des recettes). Avec ces dénominateurs communs, on opère à partir de principes, qui sont utilisables dans toutes les situations.
On ne peut pas échapper à un moment donné à un passage théorique un peu lourd, mais il conduit à une assimilation « totale », et à la spontanéité. C’est le même paradoxe qu’avec les études de médecine, où les gars se tapent un BAC + 8 pour se permettre de devenir spontanés dans des situations de crises affectées de variables multiples. La violence est quelque chose de très similaire. Le raccourci choisi est bien trop souvent de se rabattre sur les tactiques physiques, qui ont leur importance certes, mais qui ne constituent qu’une faible fraction du problème global. L’ordre où j’ai décidé de sortir mes bouquins a ce sens : les tactiques physiques ne commencent à arriver qu’en troisième position chronologiquement.
En somme, j'ai essayé d'écrire les livres que j'aurais aimé avoir sous la main, sans devoir me taper 15 000 pages dont 14 000 en anglais!