Les ours, les dormeurs et les palourdes
En Amérique du Nord (notamment) la grande faune sauvage ‘’s’urbanise’’ aussi. De tout temps le sympathique raton-laveur (le racoon) s’est installé en milieu urbain, le coyote fait parfois de même mais la nouveauté, depuis une à deux décennies, c’est que la grande faune, n’hésite plus à défaut d’y installer ses quartiers, à le visiter de jour comme de nuit. Et pas seulement dans les villes d’Alaska mais aussi un peu partout oû leur habitat naturel, la forêt, n’est pas loin.
Tout récemment, une video montrait un ours noir s’abreuvant dans la piscine d’une demeure urbaine du Massachussetts avant d’aller renifler, tapoter d’un coup de patte le pied du propriétaire endormi sur une chaise-longue. A son réveil en sursaut l’ours sursaute lui aussi et détale… Pas trop loin d’ailleurs puisqu’on le voit encore évoluer à quelques mètres.
Les biologistes nord américains anglophones utilisent le terme de ‘’habituated’’ pour parler de ces animaux pour qui l’environnement humain devient familier.
Video: ouvrir ou saisir...
Bear (gently) wakes up man sleeping by swimming pool .
Cette réaction de surprise de l’animal n’est pas sans rappeler celle que je rapporte dans un message précédent et cette actualité m’a ramené en mémoire une anecdote que j ‘appellerai :
Ours, palourdes et dormeurs….
... ce pourrait être le titre d’un fable de La Fontaine mais ce n’est que le récit ordinaire d’un paisible rencontre de la vie sauvage
La vie dans ‘’le bois’’ avait, parmi ses exigences, la patience. Lorsqu’un rendez-vous avait été fixé avec l’hélicoptère ou l’hydravion il fallait souvent savoir … attendre. Au pic de la saison d’été on devait parfois en partager l’usage et il y avait les imprévus, les urgences médicales de toutes sortes, l’épine fichée dans l’œil…, les accidents de tronçonneuse ou de hache maniées par des bras pas toujours expérimentés à l’heure de faire le feu pour le petit-déjeuner comme cela m’est arrivé, l’élingue d‘un transport forestier qui claque et entame la chair comme un coup de sabre et même une attaque d’ours sur un camp etc...
Donc ce jour là sur la côte du Pacifique Nord-Ouest, nous avons atteint, assez en avance, le point de rendez-vous avec l’hydravion. C’est une belle journée d’été. La plage n’est pas de sable mais de galets, çà n’est certes pas les mers du Sud mais- chose assez rare- le ciel est si bleu et la température si confortable que c’est presque çà. Ce n’est pas très large non plus mais entre la ligne d’arbres et l’océan même à marée haute ce qui est le cas, il y a suffisamment de place pour se promener, admirer les bois flottés et faire une sieste.
Il y a plein de bois flotté…..
C’est intéressant le bois flotté, le ‘driftwood’. Abrasé, sculpté par le frottement des galets et du sable, finement poli par l’eau et patiné par le soleil, il acquiert des formes étranges et un ‘mimétisme’ étonnant, un peu comme les sédiments sculptés par le vent et les orages du désert du Sud Ouest américain . On peut y trouver une source d’inspiration infinie, les formes étranges semblant évoluer au gré de l’humeur et de l’imagination……Cela fait penser à Giuseppe Arcimboldo et à ses végétaux ou à Rorschach et à ses tâches d’encre. Un photographe devrait choisir le ‘mimétisme‘ des natures mortes pour thème d’une étude si ce n’est déjà fait. Il y a là un bel album en puissance. Ceci étant dit, le driftwood est déjà pour l’artiste une originale matière première
Le driftwood peut aussi acquérir un toucher incomparablement doux et nous…. à cet instant c’est plutôt ce que nous cherchions, un beau tronc bien lisse pour nous y adosser et y faire une petite sieste le sac à dos servant d’oreiller. Il est vrai qu’à certaines périodes, l’activité non-stop pouvait engendrer un niveau de fatigue latent de sorte que chaque occasion était bonne pour récupérer, pour ‘poser le corps’. Bref… en l’occurrence nous nous endormons sur la plage en toute sérénité sachant que l’approche de l’hydravion Beaver ne manquera pas de nous réveiller. Mais le Beaver est en retard, très en retard et notre sieste se prolonge…. Et la marée baisse. Nous ne nous en rendons pas compte tout se suite parce que… nous dormons. Mais d’autres ont leur horloge interne bien réglée pour qui marée basse signifie délices de palourdes et autres coquillages tout comme la saison du saumon signifie bombance… et ceux là sortent du bois, c’est le cas de le dire.. Lorsque malgré tout nous nous réveillons ils sont là, une paire à moins de vingt mètres, les autres éparpillés plus loin, occupés à fouiller la vase et à savourer leur gourmandise: les palourdes……Ils ne font pas attention à nous, tout comme les ours qui fouillent dans les poubelles à l’écart des camps de logging et cependant, là où ils vivent, ils ne doivent pas avoir souvent rencontré l’homme. Ce voisinage paisible, serein dure un court instant et puis nous nous levons doucement et nous éloignons gentiment vers l’autre extrémité de la crique.