Bonjour,
Ce que je n'ai pas trouvé dans ce post:
- la nature de la violence en prison.
Essentiellement des lynchages. Les bagarres d'homme à homme sont rares.
Cette violence est souvent ludique, sans réelle nécessité. En promenade, un gars est tout seul. Il a l'air faible. Ca donne faim aux hyènes. Il est appelé sous un motif anodin dans un endroit où la visibilité des matons est mauvaise ou nulle. Le meneur lui parle. Les autres prennent position autour de lui. Encerclement. Puis généralement: un coup de tête part, et c'est l'hallali.
On voit quelquefois, très rarement, de la violence commanditée de type "contrat".
C'est l"été. Un gars sommeille, allongé sur la table de ping-pong. Un autre, rémunéré à coup de shit, arrive par derrière: poum! Serviette+caillou et, le crâne ouvert, inconscient, la victime se voit offrir un séjour à l'hopital pénitentiaire du coin.
La serviette sur la tête, si possible dans les escaliers, est une méthode utilisée fréquement pour "bouler" un gars tout seul. Passée sur la tête comme une cagoule aveuglante, elle permet -outre l'aveuglement- d'effectuer une amenée au sol.
- Taulard Nuisibles et taulard pépères.
pas besoin d'avoir un mastère de statistiques appliquées ou une maitrise de psycho pour se rendre compte que la population carcérale la plus pénible, la plus nuisible est constituée majoritairement par les petits voyous condamnés à de petites peines, qui effectuent des aller-et-retour incessants en prison.
Les détenus condamnées à de longues peines demeurent les plus sociables, les plus courtois.
- Changement des rapports de force.
Il y eut peut-être un temps où l'autorité des structures mafieuses traditionnelles pesaient sur les prisons.
Aujourd'hui, - du moins dans les établissement que j'ai eu l'heur de fréquenter - le milieu est en net recul.
La force est entre les mains des jeunes de cité, nombreux, pleins de sève, de rage, combatifs, conflictuels, rêvant de devenir des Scarface à la française.
Même les voyous sérieux et dangereux hésitent à se confronter à ces bandes.
Les seuls qui s'imposent généralement à tous sont les "voyageurs", les gitans.
Groupés en éthnies, capables d'une grande violence, allant jusqu'au bout de leurs paroles, disposant de soutiens très fort à l'extérieur, ils demeurent puissants et efficaces. Ils sont aussi assez sociables pourvu que l'on interfère pas avec leurs sources de revenus au sein de la prison, et qu'on leur témoigne le respect du à tout un chacun. Dans certains établissement, ils sont utiles à l'administration pour "tenir" des étages et apporter un certain ordre.
- Délation omniprésente.
Les surveillants estiment à 90% la proportion de détenus qui usent de la délation, soit à des fins personnelles (pour de "meilleures relations avec l'administration"...) soit par pure envie de nuire. (lettre anonyme)
Un détenu qui peut racketter, dealer et se camer en toute impunité, en ayant son stock de fringues neuves et de cigarettes à vendre dans son placard, est aussi, généralement, celui qui balance le plus - ou le plus intelligemment - ses petits camarades.
Il est extrêmement difficile de s'opposer à des personnes qui asseyent leur pouvoir sur la collaboration avec l'administration.
- Grève de la faim.
La pire chose à faire. C'est aussi souvent le premier recours des détenus qui découvrent la prison et/ou estiment être là à tort. Les juges s'en foutent. Comme ils se foutent des taulards qui se coupent un doigt pour avoir une permission de sortie. La GDLF affaiblit le détenu physiquement et moralement et le livre en pature aux chacals.
Suggestion: muscu, muscu, muscu. C'est aussi bon pour le moral.
- "Conseils" pour le taulard débutant en maison d'arrêt:
* se faire vite cataloguer comme une personne hors-trafics, hors guéguerres, mais qui ne dénoncera jamais personne. Le refus de dénoncer, même ses ennemis, c'est parfois dur, c'est toujours ingrat, mais ça finit par payer un jour. Et puis, la chose à protéger plus que tout quand on est au fond des égouts, c'est le respect de soi-même. Que ton miroir t'aime, taulard! Et le reste ira.
* ne pas hésiter à marcher seul en promenade plutôt que de donner l'impression d'être un faible à la recherche d'un groupe protecteur. Ca finit aussi par payer.
* ne jamais insulter, humilier, fermer de portes de sortie à d'autres taulards.
* se battre au moins une fois, sans avoir de responsabilité dans la rixe, pour ne pas être catalogué "proie".
* rester courtois jusqu"'au moment exact où il faut frapper, frapper, frapper.
* toujours être distant. Amical mais distant.
* paraitre imprévisible.
* etre armé et que cela se sache sans que l'on ait a le dire soi meme.
* préferer des armes que les détenus n'ont pas l'habitude de voir ou d'utiliser.
* Se méfier de tout le monde.
* rester distant avec les surveillants.
* Ne rien donner, prêter à des lascards. Le test "de faiblesse" consistant à venir vous emprunter un peu de café. Puis le lendemain un peu plus de café et du sucre, et ainsi de suite, sur le chemin sinueux du racket.
* Si besoin d'un peu de chaleur humaine et féminine: un coup de lame de rasoir sur le bras et direction l'infirmerie où une gentille infirmière vous fera croire que vous êtes ailleurs, le temps de recoudre la plaie et de poser un pansement.
* Dans les douches, rester toujours prudent. Vous ne savez pas qui vous a dans le nez et c'est l'endroit idéal: 15 minutes enfermé dans une pièce avec 7 autres lascards. Prendre la douche la plus au fond, et toujours avoir une lame à portée de la main.
* prendre du muscle et du volume. Mega-Mass accessible via les bons de cantines.
* ne pas penser aux années qu'il reste à faire.
Conseil pour la vie en milieu ouvert (Centres de détention, centrale)
- Se reconnaitre
- Se regrouper
regroupement géographique au sein d'une même aile (zone ouverte de 13 à 20 détenus).
Cela se fait patiemment, à coup de mutations apparemment isolées. Jeu de chaises musicale. Veiller à ce que certains partent de l'aile pour que d'autre puisse y venir. Remplir une aile avec ceux qui sont avec vous et des éléments "neutres"/innofensifs.
- S'organiser.
Créer une sorte de conseil, de premier cercle regroupant les "actifs", ceux qui sont avec vous.
Donner à l'aile un fonctionnement le plus communautaire possible. Ecouter tous les avis.
Si possible, proscrire les trafics de drogue et le racket.
Protéger les faibles, même les pointeurs. Veiller à la justice au sein de l'aile. Ca paie toujours, un jour ou l'autre.
Rendre visible la cohésion de l'aile aux yeux de tous les autres batiments/étages/ailes.
Et puis rire. Rire, rire, rire, encore et encore, dès que possible, comme si on allait mourir le lendemain.
Bien à vous.