Ou comment la perte de mobilité vous met en danger !
Je ne sais pas si « connerie » est le mot qui convient car je n’ai pas vraiment fait le con, mais j’ai manqué de vigilance, d’attention.
Contexte : Petite ballade dimanche après-midi en forêt, seul ; dans un coin que je connaissais bien.
Il a plu la veille mais il faisait beau, le soleil était t au rendez-vous, il devait faire 8° C, et il y avait un vent assez présent. Je marche sur un parcour sportif aménagé, fréquenté par des joggeurs et les familles avec enfants. Une partie de foret bien balisé.
Ce jour-là, il n’y avait quasiment personne.
En fin de parcours le chemin a été défoncé par des 4X4. C’est un chemin de boue extrêmement humide. Je décide de passer sur le rebord du chemin plus sec. Un arbre situé sur ce rebord me contraint à mettre le pied dans la boue. Et là c’est le drame : ma cheville droite glisse, j’ entend un grand « crac » et je tombe par terre, dans la boue.
J’ai extrêmement mal : je regarde mon pied, il est gonflé et n’est plus dans l’axe de ma cheville. J’ai l’impression d’avoir un pied qui pendouille au bout de ma jambe.
Mon cerveau refuse cette situation quelques instants et j’essaye de me remettre debout. Erreur ! Je ne peux plus marcher et je retombe à terre. Là je comprends l’urgence de la situation. Je reste allongé sur place dans la boue. Je sors mon portable situé dans une pochette à ma ceinture, je compose le 18 en urgence en gueulant comme un putois. J’arrive à expliquer ma position, même si je suis au milieu de la foret. Les pompiers m’envoient un texto pour me geolocaliser mais cela ne fonctionne pas.
J’ai sur mon trousseau de clé accroché à ma ceinture un sifflet. Je le sort et siffle pour essayer d’attirer des gens vers moi.
Un couple de retraité avec leur petit fils, que j’avais croisé quelques minutes auparavant me voit et partent. Une dame âgé arrive vers moi tout doucement, s’arrête à 20 m de mois et me dit qu’elle pensait que le sifflet c’était un groupe d’enfant. Je lui dit que j’ai la jambe cassé et lui demande d’aller sur la route pour ramener les pompiers vers moi. Elle refuse et part.
Un joggeur croisé 15 minutes avant (j’avais pensé d’ailleurs que le mec était suicidaire de courir dans la boue..) arrive à mon niveau. Je lui demande d’aller sur la route pour ramener les pompiers jusqu’à moi. Il part sans s’approcher de moi.
Les pompiers me rappel. J’entends leur klaxon au loin. Je dis à la personne au bout du fil que j’ai un sifflet . C’est le seul moyen pour eux de venir à moi.
Coup de bol le joggeur a été à la rencontre des pompiers et je les aperçois au loin au bout du chemin. Je suis dans la boue humide depuis un quart d’heure. Mon corps tremble de froid.
Les pompiers me sorte des bois. Très pro et sympa. Je finis aux urgences avec une luxation de la cheville et une fracture de la malléole. Je suis opéré le lendemain. C’est parti pour deux mois d’arrêt de travail minimum.
Ce que je retiens de cette expérience :
- Le portable, un incontournable en cas d’urgence, Toujours l’avoir sur soi (pas dans le sac) et chargé. Mette en marche le mode géolocalisation avant le merdier c’est mieux !
- Le sifflet (un Fox 40) un très bon moyen pour se faire repérer.
- Le changement de situation brutale engendre une sorte de choc psychologique. Le cerveau doit rapidement se réadapter à une nouvelle situation. Dans mon cas il aura fallu que je me remette debout pour reprogrammer les paramètres du problème auquel j’été confronté et y apporter des solutions. Le fait d’avoir fait le stage « Les fondamentaux » avec le CEETS, de participer a ce forum, m’a aidé et m’a permis très vite d’avoir de bon réflexe.
Apres 3 jours de cet évènement je reste « véxé » au fond de moi de cet accident à la con ! Et je n’ai d’autre choix que de l’accepter et d’avancer pour guérir.
Ce qui m’a manqué :
- Une couverture de survie pour m’enrouler dedans. Cela m’aurait permis d’avoir moins froid et d’être plus facilement repérable.
- Même pour une ballade de 3h du dimanche prévenir quelqu’un ou l’on va. En cas de non-retour cela peut permettre de cibler les recherches.
- Même pour 3h avoir un peu de matos dans son sac, ce qui n’était pas mon cas. J’ai plein de matos, j’ai un EDC complet, ce jour-là j’avais seulement un shemag, une bouteille d’eau , un petit couteau, et le sifflet sur mon trousseau de clés. En forêt une petite scie m’aurait permis de couper une branche et de ma faire un canne pour rejoindre la route si besoin. Un peu de Duc tape m’aurait permis avec le shemag d’immobiliser un peu ma cheville.
- Privilégier de repartir le matériel dans ses poches. La clairement, j’étais sur le dos dans la boue. Il était difficile pour moi d’avoir accès à mes affaires dans mon sac. Vive les futals cargo !
- Les gens ont peur de porter assistance. J’ai été choqué de ce manque de solidarité envers une personne en danger !
- Merci le service public qui même en crise continue de fonctionner. Les pompiers étaient sur zone en 10 minutes. L’hôpital m’a pris en charge rapidement. Un chirurgien m’a remis la cheville dans l’axe dans l’heure. J’ai été opéré le lendemain matin.
On ne mesure pas la chance que l’on a d’avoir ce service. En discutant avec les uns et les autres ont perçoit que leurs moyens sont diminués, qu’il y a moins de personnel et que le service rendu tend parfois vers le minima. J’ai rencontré malgré tout ce contexte de réduction budgétaire des gens qui y croyait encore, engagé dans leur taf et avec un bon relationnel avec les patients. Jusqu’à quand ? Le service ou j’ai été opéré comptait 4 infirmières, elles sont passés à deux. Autant dire que ça speed !