Salut Kimie,
J'ai bien aimé ton post, je le trouve assez riche en informations et en réflexions, je souhaiterais donc participer.
Je crois qu'il y a un mot qui résume à peu près le problématique complexe que tu évoques : éducation.
Pour le cas des 3 gamines qui minaudent, cela me fait réfléchir à plusieurs choses :
- d'abord, ce qui aurait été considéré comme anodin voire comique (et devrait se solder par une remise en place en bon et due forme) en France dans les années 80 (donc il n'y a finalement pas SI longtemps), comme précisément ce genre de situation, ne passerait plus aujourd'hui, pourquoi ? parce qu'aujourd'hui, celui qui se piquerait à rentrer un peu trop dans le jeu des gamines risquerait fortement de se voir assigner suite à une plainte pour harcèlement (c'est arrivé à une connaissance professionnelle, un gars bien mais un peu déconneur et pas méfiant, suite à un "jeu" de sms etc... entre lui et une gamine mineure, et ça finit en plainte).
Et c'est là qu'est d'abord et surtout la cause de cette gêne des trentenaires, outre le côté mal venu du comportement.
C'est le paradoxe de notre société moderne : d'un côté on judiciarise plus ou moins tout et n'importe quoi (par peur, facilité, cupidité...) de l'autre on se réclame de la liberté des mœurs et d'une certaine transgression (courant de pensée remontant aux années fin 60-début 70). Le fond et les causes profondes sont pour moi éminemment de l'ordre de ce qu'il n'est pas autorisé de discuter sur le forum (politique et religieux), je me comprend.
Ensuite les filles de 13 ans (ou 14, ou 16) sont à un âge où elles sont bombardées d'images (TV, pub, ciné, musique) de modèles provoquant et où par ailleurs elles cherchent les limites, se testent, se lancent des défis et parfois justement "transgressent" plus ou moins certains tabous (la barrière de l'âge par exemple).
Un gamine de 15 ans trouvera par exemple classe de s'habiller comme sa chanteuse de variété préférée (qui elle s'habille ainsi pour vendre son image)- la recherche d'un modèle auquel s'identifier -, ou pour faire comme les copines (le côté grégaire de cette période de la vie), alors que la tenue sera indécente et inappropriée en de nombreuses circonstances, et portera dangereusement à confusion.
Patrick avait d'ailleurs posté un fil "tenues de nos gamines" à ce sujet.
L’hyper-sexualisation d'un public très jeune est aussi une réalité.
Au delà du côté transgressif de ce genre d'attitude, cela peut aussi s'expliquer par le manque d'éducation, la grossièreté, ou encore l'innocence extrême, parfois l'absence de barrière morale ou encore la malice et le vice (se lancer le défis de mettre quelqu'un dans l'embarras, voire provoquer des "clash"), ne nous leurrons pas.
Se revendiquer "propriétaire de son corps" c'est bien, mais cela implique aussi le côté "je fais ce que je veux avec, sans tenir compte des convenances et des risques".
"On est le
gardien de son corps et de sa santé mentale."
L'alcool et la banalisation de l'ivresse (mode du binge drinking), ainsi que celle des produits illicites n'arrangent pas les choses.
Cela m'évoque aussi ce que F Dolto appelait "incestuel", qui n'est pas la transgression de l'inceste, mais appartient à la même nébuleuse, toutefois de gravité moindre (et de plus grande banalité).
Par exemple, l'exemple cité dans le texte était celui d'une mère de 40 ans et de sa fille de 20 ans qui sortaient en discothèque pour courir les hommes, quelquefois le même homme et se le partager le même soir...
Ou même des gens qui regarderont un film X en famille...
Cela veut dire en fait un floutage et une porosité des barrières générationnelles, familiales et sociales (chose que j'avais aussi constaté dans mon travail avec des lycéens, qui perdent plus ou moins cette notion : tutoiement du prof, sujets intimes abordés nonchalamment envers les éducateurs qui tolèrent cette attitude).
C'est je crois la rencontre entre une idéologie "libérée" qui traverse les mentalités depuis 30 ans, et paradoxalement une société de plus en plus procédurière et normative, qui ne font pas bon ménage.
Je crois qu'il faut expliquer les choses telles qu'elles sont au enfants et ados, en allant au fond du problème, en général (pas pas toujours) cela fonctionne.
L'impulsivité, l'imprudence (et parfois l'arrogance et la grossièreté) qui caractérisent certains ados ne fait pas bon ménage avec les règles élémentaires de sécu perso, en clair on ne répond pas
"va te faire enc..." (typique des soirées qui finissent en fait divers, ou au moins en très grosse frayeur) à un type qui demande une clope à minuit (même si il est "moche et con") quand on rentre d'une soirée habillée en mini jupe...et on ne surenchérit pas...
Plus généralement :
J'ai une personne proche qui n'a pas su, ou pu, éduquer ses gamins en leur donnant une compréhension et une autonomie, pour cette personne tout se résume en cas de problème (réel ou anticipé) à "combien coûte la solution ?"
Insécurité au collège ? --> combien coûte le collège privé ?
Tags sur mon mur ? --> combien coûte un lotissement avec barrière et gardien ?
Attentat ? --> combien coûte la meilleure arme à porter sur soi ?
Cette approche mécaniste et simpliste (mais au combien fréquente) n'induit pas une prise d'autonomie par les enfants, surtout dans un contexte économique où l'argent ne tombe pas facilement.
Je crois que cela veut surtout dire s'occuper des enfants, et peu de gens finalement après leur journée de travail veulent encore consentir à parler avec les gamins.
Pour en revenir à l'auteur du message sur les gamines de 13 ans, le simple fait que ses fils aient 30 ans implique que la personne doit avoir au moins entre 50 et 60 ans, donc un certains recul (mais toutefois cela "mignon").
Il est difficile je pense de trouver le juste milieu entre la surprotection et le laisser aller, tout dépend du contexte (ou habite t'on ?) de l'époque, de la personnalité même du gamin bref, c'est du cas par cas aussi.
Je crois que c'est d'abord la mentalité et même les non dits des parents qui transparaissent sur les enfants : habitudes, vision du monde, anxiété, et que ceux là doivent d'abord souvent faire un travail sur eux même (ce qui est rarement fait je pense).
Après, ben faut éduquer parfois à contre courant de l'air du temps...
Des habitudes et des principes doivent être expliqués, non comme un ensemble de règles mais comme des principes pour vivre plus longtemps et en bonne santé.
Lorsque je parle avec des ados je prend souvent l'exemple suivant :
Imaginons une fille de 18 ans (pas de voiture) qui est invitée en ville pour une soirée dans le studio d'une copine (étudiante) dans un autre coin de la ville, la soirée se termine vers 2h du matin...
- Est ce raisonnable de rentrer à pied, à 2 grammes, en traversant le parc pour gagner du temps le tout en jupe et talons ?
- Est ce un peu mieux de se changer avant (affaires dans un sac) en appliquant un minimum de précautions (méfiance, contournement éventuel d'un lieu à risque, attitude non verbale) ?
- Est ce encore mieux d'appliquer les principes juste avant et de rentrer plus vite ? (Vélo)
- Faire appel à un taxi ? (exceptionnellement)
- s'arranger chez la copine avec un matelas auto gonflant et une couverture, pour rentrer le lendemain matin ?
Cela peut être l'objet d'une discussion passionnante entre parents/éducateurs et enfants. Leurs expliquer en quoi cela les rend justement autonomes.
La plupart des gamins trop imprudents, avec des mauvaises habitudes, des mauvaises manières etc, avaient des parents soit qui leur ressemblaient (vivant au pays de oui-oui) soit plus rarement trop rigides mais en même temps ignorants des dangers et risques.
Encore faut il que cela soit possible.