Se demander quoi faire, c'est un peu vouloir conjurer la malchance et croire qu'on est pas fragiles et dépendants de la chance et/ou du destin (rayez les mentions inutiles).
Il y a 3 niveaux.
Le niveau micro, individuel, où on peut faire du mieux qu'on peut et c'est pour ça qu'on est tous là. C'est bien. Ca ne sera jamais suffisant contre le mauvais endroit au mauvais moment quand tous les voyants étaient au vert deux secondes auparavant. Et je ne sais pas (plus) à quel point l'entraînement peut modifier la nature des gens (je crois qu'il y a des gens difficiles à faire mourir et les autres. Je ne suis pas certaine d'être dans la bonne catégorie).
Le niveau macro, l'Etat, les politiques menées et les décisions prises ont, en l'occurrence, beaucoup plus d'influence sur notre qualité de vie et notre vie tout court. C'est pourquoi il faut s'engager. Ne serait-ce qu'à relayer de l'info fiable et à lire et réfléchir (en passant, si vous ne le connaissez pas déjà, allez voir le parfois agaçant mais toujours excellent blog d'Abou Djaffar, food for thoughts inside :
http://aboudjaffar.blog.lemonde.fr/ ). Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, histoire de rappeler que le niveau macro, ça peut avoir une certaine influence sur les chances de survie des individus.
Et puis l'éternel oublié du niveau médian. Le point 7 de David : la coopération et la construction d'un projet commun. C'est dur quand le niveau du dessus fait nawak, franchement. Avant, je faisais de l'analyse politique, je voyais bien qu'il se faisait des conneries. Mais maintenant que je fais du social, le vivre, c'est autre chose. Ca me fait hurler tous les jours. A ce propos, d'ailleurs, il ne faut pas des guerriers ET des éducs ou des médecins. Les gens qui bossent dans le social SONT des guerriers : ils maintiennent (artificiellement ?) une paix sociale très précaire.
Bref, je n'ajoute rien et je m'égare. Nice a été pour moi le coup de trop. Je ne hiérarchise plus rien. Je n'aurais certainement pas évité le camion, pas évité le Vel d'Hiv, pas su me cacher sur la plage à Abidjan, pas eu de réflexe salvateur au Bataclan...
Ce soir, à l'encontre de tout ce que je peux lire sur ce forum depuis des années, et qui m'a sauvé la mise des dizaines de fois, j'ai l'impression qu'il n'y a rien à faire. Qu'on découvre juste que, comme le reste du monde, les Kényans de Garissa, les Turcs d'hier, les Palestiniens ou les Sud-Soudanais, on est juste de tout petits grains de poussière.