Au terme croyance je préfère "monde perçu", "univers de sens", ou "matrice individuelle". Ca sonne barbare mais j'estime que c'est plus juste et précis, et évacue l'aspect mystique et un peu péjoratif du terme "croyances", qui au demeurant restent un des composants important de l'ensemble.
La matrice est ce qui enveloppe, ce qui sert de point d'appui, de point d'origine à tout un ensemble d'autres phénomènes qui partiront de cette base. Chaque individu perçoit le monde de manière singulière, et évolue dans un univers de sens accordé aux choses qui découle à la fois d'un contexte spacio temporel précis (son époque/sa société) et de son itinéraire de vie personnel (qu'il est extrêmement difficile de retracer fidèlement, même par l'individu lui même). Cet ensemble constitue la matrice individuelle qui servira de base à ses pensées, ses actions.
Concernant la survie même, 3 pistes selon moi :
La matrice individuelle comme moteur : Pour rebondir sur le post d'Arnaud, l'heuristique du jugement, avec tout ce qu'il a de subjectif et de potentiellement incorrect, permet d'amorcer et d'organiser l'action. La matrice individuelle (elle aussi subjective et potentiellement incorrect) est une des composantes principales du jugement d'une situation (les autres éléments relevant de l'objectif, température, topograhie, ressources disponibles etc...). Elle permet donc de simplifier, d'organiser et d'amorcer l'action. Au delà de l'amorce, elle peut s'avérer être un puissant moteur de cette action, notamment grâce aux croyances. Il faut croire dans le but poursuivi par une action, lui donner du sens, pour s'y investir. Si on rationalise chaque action, chaque jugement, si on l'objective et donc qu'on le déconstruit, alors il peut s'avérer difficile de s'investir dans quelque chose qui nous semblera sans grande valeur, relatif. On a besoin d'absolu pour avancer.
Je pense par exemple à l'action armée. Qui accepterait de risquer sa vie dans une mission aux contours flous si il ne croyait pas dans son pays, dans les valeurs de l'engagement, ou dans l'esprit de corps auquel il appartient. Rationnellement on se rends très vite compte de la bêtise de certaines de ces entreprises, et pourtant elles sont également vitales, dans leur ensemble, pour notre survie à tous.
Je pense également à une situation très dégradée au sein d'une communauté. On peut estimer que c'est rationnellement plus rentable de s'insérer dans un réseau d'entraide. On peut aussi estimer le contraire (il faut avouer que la figure mythique du lonely survivalist est assez tenace...). N'est il pas nécessaire de croire en une communauté d'appartenance humaine pour se dire que oui, aider son prochain quel qu'il soit, est un élément central de notre survie à tous ?
La matrice individuelle comme moyen d'empathie (à ne pas confondre avec sympathie) : Si on continue sur les dernières lignes du précédent paragraphe, alors la relation à l'autre est un élément central de la survie. Ici la conscience de sa propre matrice individuelle, dans ce qu'elle a de singulier, de très fort pour nous, et de subjectif et parfois erronée, peut faciliter la compréhension de la matrice individuelle de l'autre.
En SP notamment je crois que c'est un élément vraiment précieux. Etre capable de saisir l'univers de sens d'un BG. Autant pour cerner les signes avant coureur, s'exflitrer judicieusement, désescalader habilement, et si besoin cogner généreusement. Pas parce que la personne est mauvaise intrinsèquement, mais parce qu'on sait avec sérénité qu'on a plus le choix.
Je crois qu'on est d'autant plus efficace en SP qu'on a rien à prouver et personne à punir. Peut être que le séminaire Baston et Compassion de David en disait plus et mieux. En tout cas l'intitulé illustre bien mon propos.
De façon plus large, l'empathie est le fondement d'une vie en collectivité saine. Ca ne supprime pas les rapports conflictuels et violents, ça leur permet de rester sains et productifs.
La conscience de la matrice individuelle comme garde-fou : Croire est un moteur du meilleur comme du pire. Comme il a été dis, la croyance peut se transformer en dogme puis en terreur. Avoir conscience de sa matrice individuelle, dans toutes ses dimensions, c'est aussi avoir conscience que ce que l'on tient pour acquis et certain ne l'est peut être pas. C'est savoir identifier le moment où l'habitude confortable devient inadaptée, ou l'engagement devient obstination, ou le certain nécessite d'être revu. C'est pouvoir identifier sur quoi se construit ce qui est devenu inadapté/dangereux, et permet donc plus facilement (enfin c'est vite dit ça) de s'ajuster.
Les exemples sont légions, d'actions pleines de certitudes, improductives voir néfastes, qui sont construites à partir de matrices périmées ou inadaptées. Du FMI au jardinier du dimanche.
La conscience de cette matrice qui enserre l'esprit et l'action permet de récréer en permanence des nouvelles formes de perception et d'interprétation du monde. C'est donc un garde-fou contre la sclérose qui empêche le mouvement, le changement, et in fine l'énorme capacité d'adaptation dont l'humain sait faire preuve.
Problème : si z'avez tout suivi le troisième point rentre en confrontation avec le premier. Y a clairement un équilibre à trouver. Mais perso je sèche
