Salut!
Merci pour ces posts passionnants et superbement bien écrit, j'aime ce forum

je vais essayer modestement d'éclaircir un point qui à mon avis le mérite. (je prends le message de Karto mais Bomby et Ulf disent à peu près la même chose)
(...)
Si mon impression est vraie, la lutte contre l'existence de catégories serait perdue d'avance, et si bien même elle gagnait, son utilité resterait à prouver.
Je pense que sur ce point vous n'avez pas bien compris ce que voulais dire David. Une des bases du regard anthropologique sur le monde c'est de prêter attention non pas aux grandes catégories (le travail de la sociologie) mais aux individus et petits groupes pour décrire les mécanismes d'une société dans son ensemble.
Par conséquence l'ethnologue et l'anthropologue cherchent toujours à fuir les catégorisations généralisantes pour se concentrer sur le particulier. Pas pour se la jouer rebelle, mais parce que l'expérience de terrain nous montre qu'en réalité un même élément culturel quel qu'il soit est toujours vécu de manière sensiblement différente par chacun et que, par conséquent les catégorisations en grands ensembles des individus n'existent pas en tant que réalité mais comme supports idéologiques.
C'est cette relation intrinsèque entre catégorisation et idéologie qui en fait par exemple son efficacité relative en tant qu'outil de mapping géopolitique puisque par essence, un tel raisonnement dépend en premier lieu d'une idéologie qui elle détermine la vision des choses obtenues.
Dans ces conditions, les notions de culture ou de tradition sont remise en questions en tant que réalités effectives pour décrire les humains. Elles tendent à être remplacées par des notions plus flexibles comme celles de multiculturalité, pluriculturalité puis transculturalité en tant que processus dynamique par exemple.
Pour autant, même dans ces conditions, on n'échappe pas à une certaine catégorisation des individus, en les classant par fonctions sociales par exemple. Il ne s'agit donc pas de supprimer l'existence des catégories, ce qui, comme vous l'avez démontré, n'est ni vraiment possible, ni utile.
Ce qu'il convient de faire c'est d'
en limiter au maximum l'usage et de toujours s'intéresser d'avantage aux conditions d'émergences de celles-ci, en donnant toujours plus d'attention aux cas particuliers qu'aux grands ensembles. Et en gardant à l'oeil la raison pour laquelle on catégorise, qui est de différencier et donc de séparer les humains entre eux.
La catégorisations d'ensembles dépend toujours de critères arbitraires remplis d'idées préconçues et de schématisation d'ensemble plus complexes dans la réalité. La conséquence étant que, si on n'y prête pas assez attention, on en arrive vite à classer le "différend" dans une échelle de valeurs verticale plutôt qu'horizontale.
Et là, les ennuis commencent...
Ce qui est avant tout problématique et dangereux ,c'est donc les conditions d'émergences des catégorisations. Car plus les catégories sont larges, plus elles impliquent une inexactitude et l'adhésion à une idéologie plutôt que la construction d'une pensée personnelle et critique.
A+!