Je poserais plutôt cette question:
la technologie doit-elle influer sur les codes sociaux, ou les codes sociaux doivent-ils guider notre usage de la technologie?
Salut Azur et les autres!
Le fait est que les "codes sociaux", ce qui n'est rien d'autre que les produits de l'interpénétration des systèmes culturels (les "cultures" au sens d'objet autonomes et délimitables n'existent pas, et encore moins une seule et même culture "mondialisé" voir Appadurai 2001, Bergson 1934, Clastres 1972, Deleuze et Guattari 1980 pour ne cité que les 4 premières lettres de l'alphabet entre autres) - la nécessité de se distinguer de "l'autre"- autant à l'échelle de l'individu que du pays, du continents et même du monde entier et la technologie, tout comme les processus évolutifs d'ordre technologiques et matérielles, sont inscrit dans des processus de rétroactions permanents et sont dépendantes des cadres spatio-temporelles dans lesquels elles évoluent (Leroi-Gourhan 1945).
C'est donc à partir d'un besoin culturel, comme la nécessité de communiquer un certains type de données par exemple( dans un ensemble fluctuant de règles prédéterminées par les interactions interculturelles dont ce besoin de communication est issu), que des réseaux de communications spécifiques sont imaginés et mis en oeuvre. Ces réseaux produisent à leurs tours par leurs usages de nouvelles manières de penser, qui rétroactivement permettent de conceptualiser de nouveaux modes de diffusion etc....
Il n'y a donc pas deux choses séparées qui sont les manifestations culturelles des individus et leurs manifestations technologiques mais une seule et unique même dynamique que l'on pourrait appeler évolution horizontale (dans le sens ou il n'y à pas de concurrences évolutives avec des "mieux" et des "moins bien" mais juste des différents).
Elle varie selon les espaces/temps dans lesquels des individus ou groupes d'individus développent, généralement de manière simultanés et multiples en fonctions des besoins et aspirations produits précédemment, des artefacts et les mode de pensées qui en découlent et vis versa.
Les évolutions sociales et technologiques ne vont pas l'une sans l'autre et s'influencent dans une sorte de continuum.
Mais revenons à nos moutons, le texte de David.
À mon humble avis,le peuple n'est pas dans une phase de réapropriation de sa liberté. (Ah ben c'est facile de dire ça mais encore faut t'il dire pourquoi.

)
Je m'explique donc:
Bien au contraire, les dynamiques que j'observe aujourd'hui de la part d'une majorité des personnes qui se mettent dans une plus ou moins grande mesure en "marge" de la société dans laquelle ils vivent ne procèdent selon moi non pas d'une réappropriation mais d'une distanciation avec l'organe politique. On n'est pas dans une volonté d'un pouvoir citoyen mais plutôt dans l'optique d'une expérimentation de la "société sans état" pour reprendre Clastres (1972).
Ce que ces individus cherchent, ce n'est pas la réapropriation de leurs liberté mais l'expérimentation de l'autonomie personnelle. Cela n'est pas de la liberté mais de l'indépendance. et l'indépendance se construit à l'intérieur d'un système de règles, toujours castratrices des libertés individuelles.
De même, l'idée que :
"
Le monde est désormais open source. Le monde est désormais « bottom up ». L’avenir de l’humanité commencera tout en bas de la pyramide, et il poussera en cercles bienveillants sous la structure. Me semble contestable dans le sens ou:
1) Le monde n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais "open source" tant que l'échelle économique sera le référent. les gars qui développent du "open source" en tirent directement et indirectement des bénéfices matériels et du prestige qui influence notablement leur existence et celle des autres. Le boss de Linux par exemple, possède aujourd'hui une influence considérable et par conséquence un pouvoir décisionnel important au sein du monde qu'il à créé comme du monde de l'informatique en général. Et il en vit plutôt bien.
2) Deplus une bonne part des fameux "5%" de part leurs qualités sont bien souvent au minimum au milieu de la pyramide en terme de pouvoir absolu (n'incluant pas la part économique mais plutôt intellectuelle et active) il ne sont pas la base mais une sorte de "méta-sommet" invisible parallèles à "l'officiel". Mais en même temps comme on ne sait pas de quelle pyramide il est question ici, je me gourre peut être totalement. l'idée c'est que les 5% ne bêlent pas avec le reste du troupeau, ils sifflotent au milieu l'air de rien et par contagion d'autres ce mettent à siffloter. pour schématiser hein!
3)Il me semble aussi que la base de la pyramide hiérarchique à toujours le même effet d'inertie sur les changement d'une société, ce n'est pas les 5 % qui changent le monde, ils lui permettent juste de fonctionner en fonction des aspirations des autres et tant qu'elles ne vont pas à l'encontre des siennes. En tentant de la faire aller dans les directions qu'ils jugent les plus raisonnables mais sans en attendre rien au final (le fameux "faire et laisser braire" de Fred Perrin il me semble). Et d'une manière générale cette base n'a jamais agi de manière solidaire et durable autrement que pour satisfaire ses propres besoins à l'échelle individuelle, dans de brefs moments de convergence d'intérêts créant une dynamique de groupe à court terme. C'est là où Hakim Bey et sa TAZ à eu du flair, la zone d'autonomie est par essence temporaire car elle produit des interactions et par là même perd cette autonomie.
{digression}Ça fait pas mal d'années que je mène un travail sur la façon dont la marginalité vis a vis d'une société et des règles qui la régissent est une illusion sociale. Elle en fait partie intégrante, nécessaire pour pouvoir justement définir une société et la délimiter par rapport aux autres. En d'autres termes, la marge fait parti de l'ensemble et ne s'en détache pas, bien au contraire, elle en est le produit et la preuve de son existence.
j'avais d'ailleurs en mon temps produit un texte pas très bien acceuilli non plus, l'idée était en gros que les free party et le système faussement répressif mis en place autour à partir d'un certain développement du phénomène était une stratégie politique d'inclusion et de contrôle de ces populations en créant et entretenant une marge qui agissait comme soupape vis à vis de la société européenne et de ses notions de propriété et de maitrise de sa propre destinée et de son appréhension du monde. L'illusion d'une liberté pour mieux faire partie de l'ensemble.{fin de la digression}
De fait, je ne pense pas qu'il y ai un "basculement" brutal mais plutôt une lente modification des façons de percevoir les choses et d'agir en fonction, très différentes d'un lieu à l'autre et pas à la même vitesse en fonction des carcans moraux (produits des (non)interactions culturelles à l'échelles des individus et des sociétés de par le monde).
Ce n'est pas parce que les gouvernements perdent une part de leurs champs d'activité, en l'occurrence, principalement le social et l'économique, qu'ils ne restent pas pour autant dans une positions très forte au niveau de la politique internationale géo-stratégique par exemple.
Les actuelles crises ukrainienne et Palestinienne montre bien qu'aujourd'hui, les gouvernements ont plus que jamais les moyens et la nécessité pour maintenir un équilibre de faire ce qu'ils veulent/peuvent dans leurs coin sans que les populations n'est la moindre possibilités d'influencer réellement leurs décisions. (mais là on rentre dans le politique donc je m'arrêterai ici pour ce point, qui veut en discuter, fait un MP, SVP)
Je rejoins l'idée émise plus haut par Manengus il me semble, que les gouvernements sont bien au courant de la lente séparation entre eux et le peuple qu'ils représentent et qu'il essayent justement de le faire participer à certains débats. Après je me souviens aussi de Socrate et de sa démonstration du grand problème de l'affect dans la prise de décision concernant l'ensemble d'un groupe humain, particulièrement quand il y'a une part de morale dans le processus. Je ne suis pas du tout personnellement pour une démocratie totale pour cette raison.
La prise de décision en société face au niveau de complexité de notre monde est une douce illusion dans le sens où les domaines d'expertises nécessaires pour de nombreuses activités générées par le progrès technologique mais aussi les contraintes géographiques et matérielles rend caduc la possibilité d'une appréhension des enjeux pour tout et à toutes les échelles par tout un chacun.
Au final, plus que de la réappropriation je vois de la négation de la structure globale et un franc désir de réduire les échelles à un niveau d'appréhension personnel.
Beaucoup s'écartent, seuls ou en groupes, plus qu'ils se réaproprient leurs mondes politiques, dans un désir d'avoir (l'illusion d')une maitrise de leur devenir/destin alors qu'au final l'état reste le garant de leur sécurité à travers le contrat social qui perdure. Et à mon sens c'est cela l'aspect important de la vie en groupe.
Ce que je veux dire c'est que planter des légumes et récupérer son eau, être autonome en énergie c'est très bien, mais cela n'a de sens que dans le cadre d'une garantie de la pérennité de la démarche et donc de l'assurance d'avoir un système législatif et militaire capable de défendre cela, sur lequel on possède une influence suffisante. Sinon on se retrouve comme à certains moment du féodalisme avec la loi du plus fort et de la peur dominant les codes moraux et législatif et les rendants inopérants.
Avoir un fusil (j'ai bien compris que c'était une image hein!) c'est bien pour ce défendre, y compris de son état, ou avoir une possibilité de prédation supplémentaire pour subsister. Mais c'est aussi un moyen de pression sur l'autre pour le forcer à nous donner ce que l'on convoite et qu'il possède. Donc soi tout le monde en possède soi personne. Ce qui dans les 2 cas est une utopie. D'où le besoin d'un instrument politique qui ne soit pas l'objet de ses affects et intérêts individuels mais guidé par l'idée du bien commun et du compromis possédant la force tout comme le soutien nécessaire pour appliquer ses décisions quand elles sont outrepassées. Une sorte d'ONU+OTAN qui marcherai pour de vrai.
Pour moi, penser que la brèche ouverte par les difficultés grandissantes des différents systèmes de pensées humain à cohabiter ne peut pas passer par un simple dispositif technologique d'échange, mais par la teneur de ses échanges.
En d'autres termes, internet ne change rien au problème de maitrise du destin des individus par eux-même. Bien au contraire, c'est sans doute une des plus grosses barrières, car il en donne l'illusion a travers la masse d'information auquel il donne accès, sans discernement.
Ce qui est important n'est pas le protocole d'échange, mais ce qui est échangé, c'est ce que les humains en font qui est décisif. Et la distanciation ainsi que la profusion et l'incertitude de la validité des données en transit ne facilite pas vraiment un climat de confiance et de partage réel. La qualité de la transmission des données dépend du rapport signal/bruit et quand le signal vogue "librement" il est soumis a des systèmes d'appréhension totalement différents et qui pour une même donnée produisent des interprétations divergentes voir en opposition franche. Je pense par exemple au débat suscité a travers le monde sur le mariage homosexuel, chacun en fonction de sa grille de lecture y a vu des choses très différentes. L'incompréhension mutuelles due à ces grilles de lectures a produit un véritable affrontement idéologique voir physique, où tout un chacun à campé sur ces positions en mélangeant les notions de parenté, de famille, de nation, de croyances spirituelles et de reconnaissance civile de l'union consentie de 2 êtres et sans s'interroger vraiment sur les valeurs données a ces concepts par ceux avec qui il était en opposition. Il y avait les "pour" et les "contre" et pas de dialogue, mais un formidable élan d'interprétation de bout de paroles ou de concept des uns et des autres aboutissant à cette fameuse théorie du genre (avec ses partisans et ses dénigreurs) qui n'existe tout simplement...pas!
Il me semble donc que plus qu'un processus de réappropriation c'est un processus de dissension et d'intolérance par le repli communautaire face aux autres modes de vie que celui que l'on juge bon qui s'engage en ce début de 21 ème siècle.
Mais je me trompe peut-être.... j'espère...
A+!