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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Évitement ou réaction ?  (Lu 2311 fois)

13 juillet 2014 à 18:34:52
Lu 2311 fois

Copper Jack


Salut.
Je reprends l'intitulé d'un veux fil (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,5812) sur lequel je voulais rebondir. Puisque la date de péremption est dépassée à un tel point qu'un nouveau sous-forum plus adapté s'est ouvert depuis, j'ai décidé de lancer un nouveau fil  ;D (espérons que ce choix soit adapté)

Je cite David, qui à mon sens a résumé le fil :
Posté par DavidManise

Salut :)

Je dois dire que je trouve tout ça très intéressant.  Comme j'avais trouvé intéressante aussi, Patrick, tes propos sur "toutes ces petites lâchetés" qu'on se permet trop souvent au quotidien, face au patron, à sa femme, à ses gosses, peu importe à qui...  Ça m'avait bien fait gamberger.

Perso, je suis plutôt grande gueule et "dominant" de nature et j'ai plutôt des efforts à faire pour ne pas aggresser les gens.  Dans la cour d'école, la loi c'était moi ;D --mais bon...  le principe s'applique aussi bien à moi, parce qu'il m'arrive malgré tout souvent de choisir la facilité et de préférer plier plutôt que de devoir engager un combat qui n'en vaut peut-être pas la peine...

C'est là que c'est difficile, je trouve.  Parce qu'évidemment il existe des situations où il vaut mieux une petite lâcheté...  ou plutôt une attitude "diplomatique", qui est un choix délibéré (un peu comme la repli stratégique n'est pas identique à la fuite).

Je pense qu'un truc qui est très, très, très important pour ne pas devenir une victime, et pour être en mesure d'agir dans une situation chaude, c'est de déterminer précisément son "périmètre de sécurité".  La zone dans laquelle on refuse que quelqu'un mette le pied.  Dans une confrontation qui escalade, il y a toujours cette foutue "zone grise" où on sent la m*rde et où on sait qu'elle n'est pas loin (dixit Perrin), mais où l'aggresseur n'a pas encore clairement dépassé les bornes en nous forçant à nous défendre.  À un moment, c'est à nous de trancher, de décider précisément où est la limite à ne pas franchir.  Cette limite, évidemment, est quelque chose de personnel...  mais je pense qu'il est très bon de connaître cette zone "sensible".  De tracer clairement sa frontière, et de la défendre, coûte que coûte.  Si on ne fait pas ça, on subit, et c'est l'aggresseur qui mène le bal.

J'ai souvent eu à faire à des gens qui sentaient très bien les "zones grises" des gens, comme ça.  Un patron, notamment, qui avait tendance à humilier certains employés qui, apparemment, avaient l'habitude d'attendre le truc absolument intolérable avant de réagir.  Ben le mec leur faisait subir tout sauf ça...  humiliations, chantage, pression...  et les autres fermaient leur gueule et enduraient.  Peur de la confrontation.  Peur de devoir prendre l'initiative...  Des victimes.

Moi, je savais clairement ce que j'étais prêt à faire et à ne pas faire, et ce que je choisissais d'accepter de subir... et pas.  Juste le fait de savoir ça avec précision avait quelque chose de rassurant.  C'était déjà prévu dans ma tête : s'il va jusque LÀ, c'est une déclaration de guerre, et ça va lui péter à la gueule. 

Ben le gars était tellement gentil avec moi que c'en était presque gênant...  Il sentait que j'étais prêt à lui tenir tête...  parce que dans les faits c'était vrai.  J'étais prêt à aller jusqu'au bout.  Il n'avait pas de zone grise à exploiter.  C'était clairement blanc jusque là, et noir plus loin...  et il est toujours resté dans le blanc.  Ces mecs là savent qu'il vaut mieux ne pas mettre le pied dans la zone noire pour ne pas déclencher une réaction violente chez les gens.  Ils cherchent des proies, pas la baston.

Psychologie de bottine, vous me direz...  mais ça marche pour moi.

Ciao ;)

David
Je résume (en caricaturant un peu sans doute) : il faut établir une ligne rouge que les gens que l'on fréquente quotidiennement ne doivent pas dépasser d'un pouce sans provoquer une réaction violente. Cette démarche empêche les prédateurs de bureau d'évoluer dans la "zone grise" entre le légitime et l'inacceptable.

Personnellement, cela fait quelques années que j'applique cet enseignement. Cela a, l'un dans l'autre, assez bien marché : on me danse sur les pieds, j'avertis, je tape, l'entourage prend note.

Seulement, j'ai dû fréquenter (souvent) des zozos d'un genre particulier, qui ne comprenaient absolument pas le concept de "limite à ne pas dépasser". Comme ça reste nébuleux, je vais illustrer par un exemple concret : mon camarade de chambre du début de l'année scolaire.

Je vais en faire un bref portrait, entièrement basé sur ce qu'il m'a dit texto. Pas de psycho de comptoir donc.
Le gars était doté d'un gros cerveau, et d'un manque total d'éthique qui lui ont permis de s'en sortir émotionnellement durant ses années lycée par la manipulation (malgré une famille des moins sympathiques).
En arrivant en prépa, où la pression et la promiscuité sont bien plus élevées et donc les gens plus soudés (là j'interprète), il s'est retrouvé tout seul.
Il l'a (très) mal vécu et son estime de soi s'est dégradé en flèche.
Ça, c'était l'année dernière. Il m'a demandé de le coacher pour devenir un humain vaguement sociable, j'ai accepté. J'avais pas lu les petits caractères en bas du contrat qui disaient que je devrais partager une chambre avec lui cette année.

Il avait diagnostiqué que ses problèmes dans les rapports aux autres venaient de son attitude, et essayait sincèrement de s'améliorer. Seulement, lorsqu'il :
-Parlait tout seul lorsque nous travaillions
-Battait la mesure
-Faisait claquer des feuilles (jamais compris la technique)
-Écrivait au volume sonore où moi je parle
-Refusait d'aérer la pièce de 10m2 que nous partagions. Et de se laver.
-Réglait le chauffage au maximum. Toujours. Au. Maximum.
-Allumait la lumière à 1h du matin
-Claquait les portes à 1h du matin
-Se déplaçait de manière "agressive" (je ne sais pas comment le dire autrement)
-Avait une attitude ouvertement condescendante (et notamment appelait tout le monde "mon petit")
-Insultait les gens au moindre désaccord (spécialement moi, question de proximité) [pour donner une illustration, il a un jour traité de "nègre" un type de ma connaissance. Un noir bien sûr. Le gars était supposé comprendre tout seul que le "nègre" dont il était question était un écrivain travaillant sous le nom d'autres personnes]
-Le cas échéant, griffait, frappait, crachait au visage son haleine qu'il savait putride
-Parlait pendant des heures entières de délires sexuellement pervers que je ne partagerais pas ici (sauf si quelqu'un est intéressé  ;D )
Et tout cela de manière EXTRÊMEMENT récurrente.

Il ne comprenait pas qu'il franchissait une limite. Pire : il ne comprenait pas qu'il était en dehors de son bon droit. Pire : il ne comprenait pas que c'était désagréable.
Je me suis concentré sur l'essentiel, et ai passé plusieurs mois à essayer de lui expliquer 1) que dormir avec une lumière violente dans le visage, et à côté d'un type qui tambourine sur sa table en chantant et en griffonnant nerveusement, c'était délicat; 2) qu'un sommeil de cinq heures par nuit n'est pas suffisant pour le tout venant, surtout couplé à un travail quotidien de ~10h
Il n'a tout simplement pas compris. Je suis sérieux.

Face à quelqu'un qui ne comprend tout simplement pas qu'il est en train de dépasser les limites, et qui n'a visiblement pas la capacité de comprendre, une réaction violente m'a semblé inutile. Elle était même contre-productive dans le cas que je décris, puisqu'elle aurait été considérée comme une agression et aurait poussé le gars à déchaîner son véritable potentiel de nuisance.
Je tiens à ajouter que ce type réagissait à toute "pression" de manière physiquement violente, de telle manière à ce qu'il soit impossible de faire cesser l'agression sans se soumettre à son diktat du moment, ou devenir soi-même très violent. Cette dernière option, au vu de son gabarit et de son passé médical (connus de tous), l'aurait probablement envoyé directement à la morgue...

Le choix que j'ai fait, et que je recommande à quiconque dans cette situation, est celui de la fuite. J'ai été me plaindre à maman... pardon, au responsable de l'internat, qui m'a permis de changer de chambre. J'ai passé les derniers mois de l'année à cohabiter avec un gars que je tenais pour un blanc-bec, qui me tenait pour un taré, mais qui comprenait les tenants et les aboutissants de la Destruction Mutuelle Assurée, et avec qui j'ai cohabité dans une paix immaculée et constructive.

Heureusement, un tel gus a rarement quelque chose qui se rapproche d'un ami ou d'un soutien. Le fait d'avoir sous le coude une trentaine de personne - dont des surveillants - prêtes à témoigner sur l'honneur que ce type était un sociopathe invivable, un pervers et un incendiaire de mouches m'a considérablement rassuré dans ma démarche... vu que j'avais déjà changé de chambre l'année dernière pour des raisons similaires  ;D

(un dernier point : tout le monde n'est pas comme ça en prépa... J'ai été très malchanceux une fois, et très embobiné la deuxième)

14 juillet 2014 à 01:23:07
Réponse #1

Tompouss


J'ai connu plus ou moins le même scénario en internat, j'ai tenu plus d'un an avant que ça parte en live et je me suis fait jeter, sans un tante à proximité suffisament sympa pour m'accueillir je disais adieu à mes études, la meilleure stratégie dans ces cas là aurait été l'évitement mais c'était impossible à moins de changer de lycée.

Dans ma vie professionnelle je suis le premier vers qui on se tourne pour un coup de main, et je dis jamais non tant que j'ai un merci en retour mais on sait aussi qu'il vaut mieux pas me faire chier, la ligne à ne pas franchir est claire et je n'hésite pas à rentrer dans le lard verbalement avec quiconque la franchit, mais c'est plus par survie, étant de presque 10ans plus jeune que la moyenne d'âge des gens de ma fonction, si je ne m'impose pas soit par ma tenacité et un travail de qualité soit en étant celui qui crie le plus fort on me prend pour un lapin de 6 semaines. Ça m'a d'ailleurs valu un chouette objectif en entretiens annuel  ;#

Tout ça pour dire que l'évitement est pas toujours possible à long terme avec des personnes que l'on côtoie de manière régulière.
 
Everybody swears that they are solid, but ice is solid too... until you put some heat on it.

14 juillet 2014 à 10:30:39
Réponse #2

Copper Jack


Je suis d'accord avec toi.
Tu détaille peu ton exemple, mais j'ai l'impression que les deux histoires diffèrent sur un point : mon ancien co-chambre ne savait pas qu'il était gênant.
Donc toute stratégie d'intimidation verbale ou assimilé était inutile, puisqu'il ne pouvait/voulait pas comprendre ce que j'attendais de lui..

Ce que je tiens à souligner, c'est que c'est cela même qui m'a permis de l'éviter  :) : si les choses étaient parties en live, il y aurait tant de voix pour s'élever contre lui que c'est pas moi qui me serais fait jeter.

14 juillet 2014 à 11:51:47
Réponse #3

Tompouss


Oui mon cas c'était de l'intimidation/harcèlement perpétré par plusieurs personnes qui devant l'absence de réactions de ma part mettaient à chaque fois la barre un peu plus haut (jeter un seau d'eau froide sur la tronche pendant la nuit, pisser dans mes fringues....)

Je ne suis intervenu physiquement que lorsqu'eux l'ont fait pour limiter la casse mais dans le bahut où j'étais j'étais une bête noire tant parmis les élève que l'encadrement parce que je me permettait de dire ce que je pensais tout simplement et parce que dixit "on aime pas ta gueule et tes manières" avec les années quand j'y repense j'en ris  ;D

Le pire c'est qu'une fois que je n'étais plus en internat il fallait continuer à aller en cours et les croiser chaque jour, mais après mon pétage de plomb on me laissait seul dans mon coin sans me faire chier donc ça allait  ::)

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« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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