C’est marrant, mais le post qui a servi à lancer ce topic est en fait un beau paradoxe à lui tout seul :
« Disons m*rde à tous ceux qui nous catégorisent ! Vous voyez ceux dont je veux parler ? Ceux là, là ! Les Bisounours, tout roses avec un grand B … »
Comme exemple de catégorisation, ça se pose là…
De même, pour revenir sur le billet de David, avec un peu (beaucoup) de mauvaise foi intellectuelle, on pourrait se demander si finalement, ce qui le tarabuste le plus, ce n’est pas tant de voir des gens se faire fourrer une étiquette dans le cul, mais plutôt qu’on lui en mette une dans le sien. (Cf article « Les carnivores »)
Bref.
De ceci, je pense que tout le monde sera d’accord pour dégager au moins deux idées :
1) Nous catégorisons tout, tout le monde et tout le temps, même quand on voudrait justement dénoncer ça.
2) Personne n’aime être catégorisé.
La réalité est complexe. La personnalité humaine également. Avec sa part d’inconnu, d’imprévisible, d’incontrôlable, souvent source de peur et d’appréhension. Alors on se rassure. On se raccroche à des choses que l’on connait, que l’on maitrise déjà, et qui nous font nous sentir plus en contrôle de la situation.
Catégoriser, c’est dessiner un grossier croquis mental de quelque chose, ou de quelqu’un pour le faire coller à un concept déjà identifié, expérimenté, maitrisé.
Catégoriser, c’est donc simplifier, et c’est un exercice extrêmement salutaire. En nous permettant d’orienter notre réponse face à un phénomène inconnu, en le rapprochant tout d’abord de concepts connus, puis d’accélérer la réponse mise en œuvre via l’utilisation de tactiques déjà éprouvées dans le passé, ça a dû probablement éviter bien souvent en d’autres temps, à nos ancêtres de se retrouver en tartare au menu du prédateur local.
Mais catégoriser, ça a aussi des limites, et des effets pervers.
Parce que c’est voir quelqu’un à travers notre prisme tout personnel, dans un contexte bien précis, à un moment donné ; ça fait déjà beaucoup de variations, d’erreurs et d’approximations possibles.
En le faisant en plus correspondre à une ou plusieurs catégories simplistes pour nous permettre d’appréhender plus facilement la complexité d’une personnalité, et faciliter notre raisonnement et notre prise de décision, on renie forcément en même temps une partie de cette complexité qui fait l’humain, et plus généralement, le vivant. On lui enlève une part d’humanité. On le chosifie. Il devient un objet, que l’on peut ranger sur l’étagère mentale correspondante.
Personne n’aime être réduit à l’état d’objet. Donc personne n’aime être catégorisé. Même si personne ne peut s’empêcher de le faire pour les autres malgré tout.
Ce qui est par contre détestable et dangereux, c’est l’instrumentalisation de ce processus de catégorisation. Parce qu’en cantonnant un être humain à une poignée de qualificatifs, c’est du coup extrêmement facile d’occulter tout ce qui fait de lui un de nos semblables. Et de s’en servir pour tout justifier, même les pires atrocités :
« Eux c’est des rouges en slip qui mangent des patates, nous nous sommes des bleus en caleçon et nous mangeons des frites, nous n’avons absolument rien en commun, nous pouvons donc leur marcher sur la gueule l’esprit tranquille… »
En fait, catégoriser, ce n’est ni bien, ni mal, c’est juste un bon outil, dont l’utilisation est inévitable.
Gardons juste à l’esprit que c’est toujours subjectif. Toujours contextuel. Toujours partial. Jamais définitif. Jamais exhaustif. Et donc toujours injuste.
Mon gravier,
Meven