Bonjour.
Préambule :ceci est le retex d'un accident de la route survenu en septembre 2012. J'avais écrit ce texte à l'époque pour vous faire partager mon expérience et mes questionnements. Je n'avais jamais pris le temps de le publier, par manque de temps et fainéantise. Puis je l'ai oublié. C'est l'appel à photo de Karto et un petit appel du pied de sa part qui me fait le publier tel quel. Petit retour dans le temps. Vous qui lisez ce texte, vous voilà revenu fin 2012, avant la fin du monde annoncée.

JJ : l'objectif du forum n'est pas obligatoirement de parler de la situation "extrême" de type traversée solo de l'arctique. C'est aussi, et surtout, parler de la survie banale du type : "je crève sur la route, je me gare dans un endroit protégé, je met les warnings, je met mon gilet avant de sortir par la porte de droite, je pose intelligemment mes deux triangles, j'ai une clef en croix efficace, et comme je me suis entrainé au préalable je peux changer mon pneu en 5 minutes plutôt que de devoir lire le mode d'emploi durant 15 minutes... et la roue de secours est gonflée."
C'est moins glamour et spectaculaire, cela amène certainement moins de trafic : mais statistiquement cela sauve plus de gens dans la vraie vie.
Bonjour,
je rebondis sur cette remarque pertinente de Did pour vous faire retex d'un accident de voiture que j'ai subi il y a deux mois. Rien d'extraordinaire, ni de grave mais comme tout évènement spécial, il a laissé des traces tant physiques que psychologiques. De fait, il a suscité en moi diverses réflexions que je souhaite partager avec vous.
les faitsUn jeudi après-midi, je suis parti comme d'habitude au travail en voiture. J'essaie toujours de partir un peu en avance, pour me garder de la marge et pouvoir rouler sereinement. Ceci me permet de respecter les limitations de vitesse. J'évite ainsi le stress d'un contrôle éventuel et je réduit ma consommation en roulant tranquillement. À mi-parcours, depuis le début de l'été, un rond-point est en construction sur une intersection particulièrement délicate et réputée accidentogène. Les usagers venant des deux voies transversales doivent faire preuve de beaucoup de vigilance pour s'engager sur la route prioritaire ou la traverser. En raison des travaux, les largeurs de voies ont été réduites et les véhicules se croisent de près.
Ce jour-là, j'arrive sur la portion de route précédent l'intersection. Elle est en descente et permet d'avoir une vision globale du secteur. Coup d'oeil général : pas de feux de travaux ce jour-là, une équipe de la DDE travaille sur la partie droite, un camion arrive de la voie de gauche et va s'arrêter. Un Renault Espace vient d'en face. La circulation est fluide. La zone est limitée à 50 km/heure. Je vais franchir l'intersection. Le camion s'est arrêté à gauche. Le conducteur de l'Espace et sa passagère regardent le camion arrêté. Pas de véhicule sur ma droite. Pour moi qui suis prioritaire, tout est ok, les voyants sont au vert... et passent instantanément au rouge vif ! Tout en continuant de regarder le camion et sans avoir mis son clignotant, le conducteur de l'Espace braque tranquillement sur sa gauche sans me voir (forcément) et percute l'avant gauche de ma voiture de plein fouet. Je n'ai absolument aucune échappatoire : pas le temps d'accélérer, trop tard pour freiner, impossible de dégager à droite. Je suis à peine à 50, le choc n'est pas violent mais les airbags frontaux se déclenchent. Ma voiture est projetée sur le côté droit du carrefour. Ma roue gauche a été enfoncée. Je n'ai plus le contrôle de la direction. Je ne peux rien faire à part écraser la pédale de frein. Je m'arrête en dehors de la zone de circulation, à 20 cm de la bordure du futur rond-point. La scène ne dure que quelques secondes, mais je la vis avec une intensité extraordinaire dans tous ses détails.
Le Renault Espace reste bloqué au milieu de la route mais son conducteur réussit à redémarrer et garer son véhicule sur le côté.
Pan dans la gueule !Non, pas de l'autre conducteur ! Dans la mienne ! La première conséquence que je retire de cet accident est une grande claque psychologique. Je suis un mec prudent, limite trop prudent au point d'emmerder régulièrement les autres conducteurs parce que je roule lentement sur les petites routes piégeuses. J'anticipe au maximum en regardant loin en avant, en détectant les risques éventuels et les moyens d'y parer. Bref, je suis un conducteur moyen, normal, ordinaire. Mais ce jour-là, j'ai vécu une situation où je ne pouvais littéralement rien faire, rien prévoir, excepté gérer l'accident. Le gars regardait de l'autre côté, il n'avait pas mis son clignotant, n'avait pas ralenti : pour moi, il continuait tout droit et ne faisait que regarder le camion sur sa droite pour s'assurer qu'il s'était bien arrêté. Il me dira plus tard que le camion lui avait fait peur. Rien ne laissait logiquement présager que le conducteur allait tourner, sauf à devenir paranoïaque chaque fois qu'on croise un véhicule à une intersection. En plus, j'avais repéré l'Espace au moins 100 mètres avant qu'il n'arrive sur le carrefour et mon véhicule était tout aussi visible.
En clair : on est parfois au mauvais endroit au mauvais moment. Je le savais déjà mais ce jour-là, je l'ai vécu. Et ça fait mal. Être prudent ne suffit pas pas. Il faut aussi avoir la baraka pour ne pas avoir d'accident ou en limiter les conséquences.
La semaine dernière, je suis parti de nouveau au boulot en empruntant une autre route. J'avais un truc à poser en chemin. C'est une petite route montagneuse, bien sinueuse. À la sortie d'un tournant, en descente, je vois une voiture garée sur le côté droit, immobile, tous feux éteints, personne à bord manifestement. La lunette arrière est minuscule et je ne vois que les appuie-têtes dans l'habitacle. Au moment où je vais arriver à sa hauteur en débordant bien sur sa gauche par précaution, je vois avec horreur la voiture qui commence à se déplacer pour s'engager sur la route. Sans clignotant. Pas le temps de freiner. Je ne peux que déboiter un peu plus, klaxonner et prier. Je passe par miracle sans me faire refaire tout le côté droit de ma nouvelle voiture, ou pire encore, me faire pousser dans le trou. J'aperçois au passage le conducteur, un papy de petite taille. Que pouvais-je faire ? Que devais-je faire pour anticiper ? Dois-je maintenant klaxonner chaque fois que j'arrive à hauteur d'un véhicule en stationnement, y compris en ville ? Des fois qu'il y ait quelqu'un à bord, qu'il veuille démarrer, qu'il ne m'ait pas vu, qu'il soit du genre distrait. Prendre ses précautions est une chose, mais quand rien n'indique que ça craint, où fixer la limite ?
Je me suis arrêté 30 mètres devant le conducteur qui était resté cloué sur place, en continuant de klaxonner pour soulager mes nerfs. Je voulais aller voir le type, pas pour le frapper, mais pour lui gueuler dessus la première règle qu'on apprend à l'auto-école : "RÉTRO-CLIGNOTANT, BORDEL !" Mais je sentais bien que le gars était abasourdi par son erreur et que c'était un exhutoire débile. Et si je lui causais une crise cardiaque en l'effrayant ? Je suis reparti. La poussée d'adrénaline a été terrible. Je pensais rétroactivement aux conséquences d'un second accident : séquelles physiques supplémentaires éventuelles, nouvelle prise de tête avec les assurances, faire réparer la voiture ou la re-changer. J'en avais marre de ces prises de tête. Je venais juste d'en sortir. J'ai eu besoin de tout le trajet pour me calmer. Cette fois, j'ai eu la baraka. Cette fois, mais la prochaine ?
Depuis, j'ai beaucoup, beaucoup de mal psychologiquement : j'ai du mal à croiser un véhicule sur une route étroite, mes voyants passent au rouge dès que je vois une voiture à une intersection, même arrêtée. Je m'aperçois que je lève instinctivement le pied sans aucune nécessité au moindre petit truc sur ma route. J'ai peur et ça me fait chier. Comment faire à part continuer de rouler tous les jours en me disant : c'est la vie, tu fais de ton mieux mais tu ne peux pas tout maîtriser ? C'est juste l'histoire de toutes les vies.
Et le matos dans tout ça ?Le gilet fluo obligatoire
Personne ne l'a mis après l'accident. Je n'y ai absolument pas pensé ! peut-être parce que nous nous sommes rapidement retrouvés sur le côté de l'intersection, en dehors de la circulation, qu'il faisait jour et que nous étions bien visibles. Les seuls qui portaient leur gilet, c'étaient les gars de la DDE qui bossaient sur place, sont venus aux nouvelles et ont aidé l'autre conducteur à dégager son pare-choc explosé au milieu de la route.
Le téléphone portable
L'outil de survie N°1 ! Si tu n'as pas de mobile pour te dépanner sur la route, t'es foutu. Le mien était accroché au tableau de bord, sous les aérateurs centraux, grâce à un système aimanté. Très pratique au quotidien si j'ai besoin du GPS ou pour téléphoner avec l'oreillette. Mais dans l'accident, il a volé dans l'habitacle ! J'ai bien mis deux minutes à le retrouver au pied du siège passager, caché par les airbags. Un téléphone noir sur une moquette noire, même en plein jour, ça le fait pas.
Où faut-il le ranger pour concilier usage raisonné au volant et sécurité en cas d'accident ?
Dans la poche, on est sûr de le retrouver mais si on est bloqué dans sa voiture, il n'est pas certain de pouvoir l'en sortir commodément. J'ai résolu le problème en fixant maintenant mon mobile au pare-soleil avec deux grandes rondelles de chambre à air glissées autour. Le mobile est utilisable en voiture et restera en place en cas de choc raisonnable (*). Je le mets en place et le retire en quelques secondes. En cas d'urgence, y compris en mode chimpanzé, je peux le récupérer juste en tirant dessus.
Par sécurité, je garde un second mobile éteint rangé dans l'accoudoir de la voiture. Ce mobile est muni d'une carte prépayée B&Y*u. Le crédit est valable un an et il suffit de passer une communication voix, sms ou data pour prolonger sa validité d'autant. L'idéal comme solution de secours. À raison de 10 centimes la minute, un crédit de 15€ assure 2H30 de communication. De quoi voir venir.
Un téléphone chargé, c'est bien ! Comme par hasard, je suis parti en voiture avec mon mobile à moitié chargé, ou déchargé. Entre les appels à l'assistance, au boulot, à ma famille, j'ai fini à l'extrême limite de son autonomie et encore, en coupant les connexions internet. La solution du chargeur de voiture ne sera pas satisfaisante dans ce cas s'il a fallu évacuer d'urgence le véhicule, ou s'il est en mauvais état. Ce n'est pas forcément une bonne idée que de tenter de remettre le contact sur un véhicule accidenté.
Étanche, c'est mieux ! Juste après mon accident, le ciel s'est soudainement voilé et un orage s'est déclenché : nous avons dû nous réfugier dans la voiture de l'autre conducteur, mais si elle avait été inaccessible ? Par exemple, si les véhicules sont bloqués au milieu de la circulation, ou couchés dans un fossé, il est impossible de s'y réfugier. Disposer d'un mobile étanche est certainement un bonne idée. Je n'ai d'ailleurs pas manqué de noter que mon dépanneur était muni d'un Samsung Solid B2100, bien connu de ce forum.
Lors de l'impact, mon mobile a souffert du choc. Je n'arrivais pas à téléphoner en passant par ma liste de contact ! Il fallait que je fasse "modifier le contact" pour afficher son numéro, ce qui me permettait d'appeler. Ce n'était pas un effet chimpanzé car le souci a perduré après l'accident, m'obligeant à flasher le firmware. Si jamais on se retrouve démuni de son matos, connaître par coeur les numéros de téléphone utile pour appeler d'un autre mobile peut s'évérer nécessaire. Ou alors prévoir un mémo papier à conserver sur soi. Redondant, plus fiable que la mémoire, mais pouvant être perdu, abimé ou oublié.
Il ne fait pas toujours beau ou jour en cas d'accident !
Comme dit précédemment, il s'est mis à pleuvoir violemment peu après l'accident. On s'est pris brièvement un gros orage et une méchante radée, le genre de pluie qui vous détrempe le slip en 30 secondes. J'avais pris soin depuis des mois de stocker dans le coffre 4 rain-cut de couleur rouge pour en équiper si nécessaire mes passagers habituels : un en taille S pour ma fille, un M pour mon fils et deux XL/XXL pour un autre passager et moi, sans compter l'exemplaire que je transporte habituellement dans mon petit sac à dos D4 (EDC). J'ai aussi un parapluie et pour faire bonne mesure, j'ai ajouté depuis mon tarp D4 pour pouvoir nous réfugier dessous si nécessaire, par exemple pour téléphoner à l'assistance sans détremper sa carte grise ou ses papiers d'assurance. Comme quand on fait le point avec sa carte à l'abri sous son poncho.

Parfois, il fait très chaud !
Lors d'une panne survenue brutalement en ville en plein été il y a quelques années (35° à l'ombre), je me suis retrouvé garé en plein soleil le long d'un boulevard à forte circulation. Je ne me voyais pas téléphoner sur le trottoir avec mes papiers d'assurance à la main (pas pratique, pas très sûr, trop bruyant). Je me suis donc réfugié dans ma voiture toutes vitres fermées pour appeler. En même pas une demi-heure, j'étais déjà liquéfié. J'ai été très content d'avoir une bouteille de flotte remplie à ras bord avec moi pour me désaltérer en attendant la dépanneuse. J'ai toujours une Nalgene traitée au Micropur dans le coffre et je prends carrément la poche à eau de 4 litres en été par précaution.
Appeler les secours et la gendarmerie ? Le dilemmeJuste après l'impact, quand la voiture s'est immobilisée, j'ai compris que je n'avais pas de blessure. Je ne sentais absolument rien. Je suis sorti de ma voiture comme un diable d'une boite et je courais comme un lapin. L'autre conducteur et sa femme n'avaient rien non plus. Nous ne nous sommes donc préoccupés que des aspects matériels de l'accident. Personnellement, je ne songeais qu'à une chose : prévenir mon responsable que je serais en retard, appeler le site où je me rendais, trouver une dépanneuse et récupérer une voiture de remplacement pour aller bosser ! Cela tournait à l'obsession. Mon fils m'ayant téléphoné par hasard en sortant du collège où sa mère l'avait récupérée, j'ai pu les avertir et les rassurer et me concentrer sur ma MISSION. J'écoutais à peine l'autre conducteur, je ne pensais qu'à me débarrasser de ces formalités qui ne faisaient que me retarder. Ce n'est qu'une fois arrivé au garage où la dépanneuse a déposé ma voiture que j'ai réalisé mon état. La mère de mes enfants est passée me chercher et c'est là qu'elle m'a dit : "tu es sûr que ça va ? Non mais, tu as vu ta tête ?" La poussée d'adrénaline engendrée par l'accident était retombée. Je lui ai demandé de me déposer à mon travail et c'est alors que la fatigue m'est tombée dessus et que les douleurs sont apparues dans le cou. J'avais subi le coup du lapin sur un choc transversal. Bilan : une entorse cervicale. Pas méchant mais handicapant et sans doute problématique dans les années à venir. J'ai encore à ce jour des séances de kiné et la simple posture prolongé devant mon écran d'ordinateur pendant que je rédige ce texte me donne des douleurs cervicales difficilement supportables. Je suis à peu près certains que l'autre conducteur et sa femme ont dû "déguster" par la suite.
On m'a demandé après coup pourquoi les secours et la gendarmerie n'avaient pas été prévenus. Fallait-il le faire dans la mesure où personne ne souffrait à ce moment et que la circulation n'était pas entravée ? Je me vois mal faire déplacer pour rien les pompiers dans un tel cas. Comment suspecter un problème éventuel alors que manifestement tout va bien ? Les forces de l'ordre et les secours se déplacent-ils dans une telle situation ?
Concernant la gendarmerie, le seule chose qui m'a fait regretter sa non-intervention est le fait que le conducteur n'a pas subi de contrôle d'alcolémie. C'était un retraité (65 ans ?) en pleine possession de ses moyens mais son erreur est tout bonnement impardonnable ! Sur le moment, comme son attitude était tout à fait normale, je n'ai pas une seconde songé qu'il avait peut-être consommé de l'alcool. Dans la mesure où sa responsabilité a été totalement reconnue, cela ne m'a pas posé de préjudice mais cela me gêne d'avoir peut-être raté une occasion de faire sanctionner une personne potentiellement dangereuse.
Il y a sur ce forum des professionnels des secours et des forces de l'ordre. Tous conseils, suggestions et éclaircissements sur la question seront les bienvenus .
La survie c'est aussi une affaire de paperasse !C'est très con, mais j'ai complètement oublié de faire une photocopie de mon constat avant de l'envoyer à mon assurance. L'autre conducteur avait reconnu instantanément ses torts, j'avais blindé la rédaction du constat, le télé-conseiller de l'assurance qui a ouvert mon dossier m'a dit clairement que compte tenu des éléments déclarés, ma responsabilité n'était pas engagée. J'ai donc zappé ce petit détail. Oui, moi, l'auteur de l'article sur le back-up des documents sur ce forum. Sauf que... la sécurité sociale et ma mutuelle m'ont demandé de remplir des formulaires avec le nom du tiers responsable et de fournir une copie dudit constat... J'ai simplement transmis les coordonnées de la personne traitant en charge mon dossier à l'assurance et c'est passé. Mais si vous voulez vous épargner des soucis et des prises de tête, pensez-y.
Le code alphabétique international, tu potasseras avec profitQuand vous appelez votre assistance, vous vous retrouvez au bord d'une route à devoir fournir votre numéro de sociétaire, votre nom, votre adresse. Les voitures et les camions passent à proximité et votre interlocuteur ne comprend rien et vous non plus. Il faut TOUT ÉPELER. A comme Antoine, M comme maman, etc. Sauf qu'avec le stress, je me suis retrouvé comme un imbécile à chercher des exemples parlants. B comme... euh... Bébé ? Ah non, m*rde, ça ressemble à Dédé... Alors... euh... Bébert ? Non, c'est nul... Bref, gros pédalage dans la semoule. Et puis d'un coup, le code que j'avais appris il y a une éternité m'est revenu en mémoire et j'ai commencé à débiter : B comme Bravo, A comme Alpha, I comme India, etc. La télé-conseillère en a même rigolé !
(*) Sachant qu'en cas de choc important, si le téléphone gicle, le conducteur ne sera probablement pas en état de manipuler un téléphone...