Moi aussi, je sais ce que c'est.
Je ne me souviens pas de quand ça a commencé, la frontière est floue, mais ça fait longtemps. Heureusement, je crois que la fin arrive.
Pour résumer ma vie, je ne me suis jamais vraiment senti compris ou accepté.
Je connaissais et maîtrisais plusieurs sujets scientifiques en primaire. En CM1, je savais ce qu'était un atome. J'avais pensé au concept de voiture à hydrogène à ce moment là, par moi-même. J'ai toujours été fasciné par la science.
Le hic, c'est que j'étais donc l'opposé de tous mes camarades de classe, et donc leur énemi. Je ne garde presque aucun bon souvenir de mes moments à l'école, pareil au début du collège. Dans les petites classes, je mettais du temps à écrire, et le grand de la classe était de me dire tout le temps des slogans type "Allez l'escargot !". Mes récréations consistaient surtout à attendre la reprise des cours. Bref, je voyais chaque année comme l'égale de la précédente. "Vivement que l'année soit finie" alors qu'elle vient de commencer.
Au collège, ça a changé. En pire je crois.
J'étais dans un collège privé (raison de proximité), et je croyais vraiment que ça aurait pu s'améliorer (passage du publique au privé). A la violence psychologique s'est ajoutée la crainte de la violence physique.
Des rouleaux de scutch, des compas et autres outils volaient dans la classe pendant les cours. Les caids me menaçaient implicitement, en me rappellant tout le temps qu'ils étaient les plus forts.
C'était comme ça en sixième et en cinquième.
En quatrième, comme d'habitude, je voyais ça comme une année classique, mis à part ma rencontre avec quelques profs fort sympathiques qui m'ont bien aidés, rien que par leur façon d'être (tolérants et pédagogues).
Et puis Mathieu, un nouveau du collège, est venu me voir. Comme tout le monde lui disait que j'étais un "boloss", il est venu me demander si c'étazit effectivement le cas. Mon instinct fermé et solitaire et l'époque l'a envoyé pêtre, mais il est revenu.
Jamais je ne pourrais assez le remercier pour ça, il ne s'était pas arrêté à mon comportement superficiel , il voulait me connaitre un peu. Et, inconscient, je me suis dit que c'était quelqu'un de spécial, alors j'ai accepté. J'ai parlé, et du coup il m'a parlé. On s'est parlés. Il a appris à me connaître, et surtout, j'ai appris le connaître. Il m'a radicalement changé, en bien. Pour vous faire une idée, c'est quelqu'un qui se fiche de ce que les autres pensent : il pense par lui-même. Il sait quand être serieux, quand placer de l'humour, et il s'arrange tout le temps pour placer de l'humour dans les moments les plus sérieux. Avec lui, un drame devenait un problème.
Théo (quelqu'un qui m'acceptait avant, et qui m'appreciat après l'arrivée de Mathieu), Mathieu et moi-même, nous formions une sorte de trio indisociable, toujours à bosser ensemble, à rire ensemle, et à se défendre mutuellement.
On était amis. C'était une chose nouvelle pour moi, l'amitié. Et c'était vraiment génial. Finalement, toute la classe (à quelques exceptions près) me respectait.
On est restés deux ans ensemble, jusqu'à ce que l'orientation au lycée nous sépare, mais nous sommes encore en contact. On se revoit de temps en temps, et je ne sais toujours pas comment le remercier. J'ai une énorme dette envers lui. Grâce lui, je suis moi, et plus l'ombre de moi-même.
Arrivé au lycée, une sensation étrange m'envahissait. Je crois que c'était une sorte de terreur constante. J'avais perdu mes deux seuls amis, dans un monde hostile et inconnu. Il parait que ça se voyait de loin que j'étais traumatisé (c'est comme ça que je le resentais). Peu avant les vacances de la toussaint, j'ai enfin revu Mathieu, et je me suis senti libéré.
Je pouvais enfin reprendre ma vie, ma nouvelle vie.
Finalement, le changement d'établissement m'a offert un nouveau départ.
De nouvelles personnes qui ne me connaissaient, qui avaient donc une opinion de départ neutre, m'on acceptées, et finalement, tout le monde s'apprécie. (Je suis en seconde électrotechnique pour les curieux.)
Je sais que ça fait un gros pavé de texte, mais je me suis senti obligé de le faire. Déjà, j'espère avoir un peu contribué à la discussion, et surtout, c'est une des premières fois que j'en parles (2 psychologues ont essayés de me changer avant lui, aucun n'a réussi), et ça libère vachement.
Je me demande maintenant si je n'ai pas changé de sujet, car mon isolement venait surtout de mon caractère, le harcèlement est venu après.
Je dois aussi admettre que ce forum, de part sa simple existence, m'a bien aidé. Je le voyais comme une preuve que je n'étais pas qu'un fou associal. Je n'étais pas seul à penser comme ça, donc merci à vous !