Pas de polémique mais ceux qui ont un avis différent de celui de la majorité ont également le droit de s'exprimer 
Ci-dessous un article publié aujourd'hui par Bernard Lugan, l'un des plus grands africanistes français vivant, et qui apparait très rarement dans les médias. On rappellera aussi, comme l'a fait aujourd'hui Le Monde diplomatique sur sa page Facebook, qu'Amnesty international avait refusé de l'adopter comme prisonnier politique car il avait toujours refusé de renoncer à la violence comme moyen de lutte. Et, en effet, la situation en Afrique du sud est beaucoup plus complexe que celle de la « nation arc-en-ciel » que les médias français nous vantent sans retenue.
Nelson Mandela : l’icône et le néant, Bernard Lugan, 6 décembre 2013 :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2013/12/nelson-mandela-licone-et-le-neant.html
Quand le concert d'unanimité est trop important, les avis dissonants sont toujours bienvenus, ici comme ailleurs.
Aucun problème là-dessus.
Et comme on est bien parti pour bouffer de la "mandelamania" jusqu'à l’écœurement pendant quelques jours, et subir dans les médias un gros gloubi-boulga de pathos émotionnel sans nuances, c'est peut-être pas plus mal de prendre déjà un peu de recul ici.
Il n'empêche que les arguments que tu avances ne sont pas de nature à nous empêcher d'admirer la figure qu'a été Nelson Mandela ni de lui rendre hommage.
Que Mandela ait été à une époque un partisan, voire un acteur, de la lutte armée, oui, c'est pour moi un fait.
J'ai même personnellement fait partie il y a bien longtemps de ceux qui ne s'offusquaient pas de le voir en prison.
Mais c'est un autre fait qu'il a su à un moment crucial renoncer à cette lutte armée, renoncer à la vengeance violente et poser des gestes forts de réconciliation.
C'est très précisément à mes yeux ce qui fait tout son mérite.
Personnellement encore, j'aime bien lire les analyses de Bernard Lugan. Il est souvent considéré comme un analyste controversé, et on lui reproche souvent son positionnement politique à la droite de la droite. A mes yeux, ce n'est pas forcément de nature à disqualifier ses thèses et analyses, dont le mérite propre peut tenir ou non, indifféremment des opinions prêtées à leur auteur. Il me semble cependant qu'à force d'être couvert d'opprobre voire censuré pour des raisons politiques (ses thèses ne cessant de heurter une certaine bien-pensance post-coloniale dominante dans les médias), il a développé un art consommé sinon un goût excessif du contre-pied.
La tribune que tu cites, pour intéressante qu'elle soit, me semble illustrer ce travers.
On pourra donc également se reporter à ce court article de Philippe Chapleau
ici, sur le sujet des nuances à apporter au bilan de Mandela.
Chapleau, qui écrit pour Ouest France, dont le positionnement est quelque peu différent de celui de la revue "l'Afrique Réelle" de Bernard Lugan, peut difficilement être suspecté des mêmes travers que ceux qu'on prête facilement à ce dernier.
L'analyse de Chapleau ne recoupe pas totalement celle de Lugan, ne l'invalide pas forcément d'ailleurs, mais est en tout cas globalement plus mesurée.
Que la situation de l'Afrique du Sud fût et demeure compliquée et difficile est une évidence. Que la vie politique et personnelle de Mandela n'ait pas été une réussite en tous poins en est une autre. Que la soupe que les principaux médias commencent à nous servir à son sujet s'apprête à ignorer largement cette complexité de la réalité en est une troisième.
Mais, encore une fois, ceci ne nous empêche pas d'admirer et de rendre hommage à Mandela pour ce qu'il a fait de bien, qui est malheureusement rare en politique, et que vraisemblablement fort peu auraient été capables de faire.
Cordialement,
Bomby