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Auteur Sujet: Premiers secours ... secourir c'est rester simple et rationnel  (Lu 2907 fois)

14 novembre 2013 à 19:19:00
Lu 2907 fois

paquito


Je me permets d'ouvrir ce topic pour ouvrir une réflexion qui me semble nécessaire.

Après lecture du post « Contenant particulier trousse de soin ; besoin d'aide », j'ai été amené à repenser aux nombreux posts, discussion autour de la notion de secours d'urgence et de soins en rando/voyage etc …

Je pense que nombreux s'engagent sur une pente glissante et en voulant bien faire, ils s'équipent de trop de matériels qui les détournent de l'essentiel: faire le lien entre l'accident et les secours sans s'y substituer, pouvoir atteindre une structure de soin.

Dans mon service (un SMUR) notre réflexion est à l'allègement, le retour à l'essentiel: ne garder que ce qui est utile pour la stabilisation en vue d'atteindre le CHU, pas plus pas moins, le plus grave est de perdre du temps. Combattre la peur du manque, l'inquiétude de la situation se présentant une fois sur 10 000.

Alors que c'est mon job, que je doute, me questionne toujours sur mes pratiques, je lis beaucoup de certitudes de personnes ayant une approche plus que partielle cherchant à multiplier les moyens d'agir, d'obtenir des paramètres compliqués qui n'ont aucun intérêt dans les premières minutes.

Au quotidien je constate cela: que de gestes inutiles pratiqués pour se rassurer sans que l'indispensable ne soit fait voire pire: l'inutile, le stress, le manque de lucidité ont empêché les gestes de survie, souvent les premiers gestes d'une équipe SMUR sont des compléments aux gestes de survie non effectues: poser un garrot, ajuster un compressif, corriger les actes d'une équipe déjà en place (ventilation, compressions …) puis l'équipe reprend son rôle propre.

Quelques exemples:
- le patient qui est passé en arrêt car sous O² et perf il n'a pas été aspiré sur une inhalation lors d'une intervention dans un sevice de médecine, personne ne comprenant la baisse de la SpO² (et pourtant il était monitoré ...), libérer les voies aériennes fut le premier acte,
-  un massage cardiaque sur un arrêt avec une artère humérale sectionnée, la première chose que j'ai fait fut de poser un garrot simplement avec une sangle arrachée au MID,
- des pansements compressifs fait de pansements absorbants: un non sens
- Mettre des antiseptiques sur une plaie non brossé, non nettoyée au savon, c'est aberrant: on ne désinfecte que ce qui est propre ...

Bref.

Je pense que sur un forum grand public, il faut rester prudent et bien catégoriser nos interlocuteurs, à qui on s'adresse (- secouriste civil, - secouriste professionnels et entrainés type pompiers, croix-rouge, - paramédical - paramédical entrainé et protocolisé, - médical, - médecin urgentiste ou réanimateur)  afin de leurs donner les bons réflexes:

- qu'est ce que je suis capable et que je veux faire (en gros quel est mon niveau d'exercice),
- quels sont les besoins réel en attendant les secours ou pour rejoindre une structure de soin,
- à partir de là, de quoi j'ai besoin pour enfin constituer ma trousse de secours
- quelles sont mes contraintes (à pied/véhicule), le niveau des soins dans le pays

Comme je l'écris l'important n'est pas ce que j'emporte mais ce que je veux, je sais faire alors je m'équipe en conséquence.

Enfin, suite à ce constat, j'ai écris une liste qui résume ma pratique, elle s'adresse à tous (hormis les médecins spécialisés plus qualifiés que moi) et couvre selon moi énormément de choses: trousse_secours_perso.pdf ou alors voir en bas du post en pièce jointe.
bien souvent je prends beaucoup moins: esemple, en france point de perf, de collier cervical ou de coniotomie, la structure de secours est assez dense et suffisante.

Cela reflète mes habitudes et ma pratique, à chacun de construire la sienne.

Il faut rester simple, pragmatique, se servir de la clinique (oublier les artifices), bien connaître ses gestes de base (gérer une plaie, une fracture, stopper une hémorragie, la RCP et le malaise), rester humble et ne fermer aucune porte dans son éventail des hypothèses sur une situation de secours.

Je ne veux donner de leçon à personne, juste redescendre un débat qui se technicise et s'intellectualise trop alors que nous oublions que ce sont des gestes simples qui sauvent.

Merci de m'avoir lu.
« Modifié: 15 novembre 2013 à 02:49:26 par paquito »

14 novembre 2013 à 20:02:24
Réponse #1

fry


Sur le précédent fil ayant engendré celui-ci, Anke s'est excusé d'avoir déclenché selon lui la " dérive " et le débat qui s'en est suivi.

Je pense au contraire que c'est une bonne chose, car on a pu constater qu'il en fallait très peu pour que certains se " lâchent " ( une simple étincelle concernant une trousse lourde et beaucoup se sont projetés dans toutes sortes d'hypothèses de prise en charge et d'utilisation de matériel ou de techniques diverses et variées ).

Je préfère qu'ils l'abordent ici et aient l'occasion d'en discuter, plutôt que d'en équiper leur trousse et d'agir sans en avoir parlé à personne.

Pour rappel il ne s'agit pas que de bon sens. En France un citoyen peut être condamné pour non assistance à personne en péril car il a une obligation de moyen proportionnelle à ses compétences ( s'il estime ne rien savoir faire, il peut se contenter de prévenir les secours par téléphone et il aura déjà rempli son rôle de secours à la personne ).

Mais à l'inverse, tenter des manœuvres inappropriée peut vous mettre sur la sellette aux yeux de la loi ( pour la raison simple qu'elles peuvent nuire à la victime ).

Pour rappel très grossier et global:

* Citoyen lambda non formé au secourisme:

- Vous pouvez vous contenter d'appeler les secours. Si vous avez la forte suspicion qu'une personne est en arrêt cardio-respiratoire, vous pouvez tenter un massage cardiaque même si vous en ignorez toute les modalités. Vous pouvez utiliser un DSA ( défibrillateur semi-automatique ) si par chance il y en a un dans les parages, même sans la moindre formation préalable.
 
- La première chose à faire est de composer le 15 dans la moindre situation anormale ou au moindre doute sur une situation de détresse. Le médecin régulateur vous conseillera sur la marche à suivre, tout ce qu'il vous fera entreprendre par téléphone sera sous sa responsabilité.

* Secouriste ( PSC1... ):

- Vous êtes en droit d'appliquer toutes les techniques que l'on vous a enseigné. Mais attention:

Article 122.7 du Code Pénal:

    "N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace."


- Vous ne pouvez pas:

~ Perfuser un malade.

~ Entreprendre des gestes de sauvetage n'étant pas dans les recommandations et de manière inadaptée ( garrot par exemple... il est possible d'en mettre si vous êtes formé, si ça se passe bien tant mieux, si ça se passe mal vous êtes facilement attaquable au vue de l'article 122.7 d'autant que ce geste n'est plus enseigné sur les formations de base. ).

~ Décider de l'arrêt d'une réanimation de votre propre initiative dans la mesure où elle a été engagée ( on peut facilement retomber sur la non-assistante à personne en péril même si les circonstances sont défavorables de manière évidente, car vous n'êtes pas médecin et n'avez pas la qualification légale pour en juger ).

~ Administrer le moindre médicament ( sauf aider le patient à prendre son propre médicament à sa demande, en lui mettant dans la main, et sauf l'oxygène médical pour les secouristes agissant dans le cadre de leur organisme référent et équipés en conséquence, donc pas en civil ).

* Professionnel para-médical:

- Vous êtes en droit d'appliquer toutes les mesures enseignées en secourisme.

- Les gestes ne se réalisant que sous prescription médicale, le restent dans un contexte urgent même si vous savez parfaitement les exécuter ( perfuser un malade et lui administrer un soluté, administrer un médicament quel qu'il soit de votre propre initiative ). Si vous prenez l'initiative de le faire et que ça tourne mal, vous serez seul.

Les avoir en sa possession peut être utile encore une fois en cas d'accès très difficile / long aux équipes de secours, et avec l'aval du médecin régulateur au téléphone ( qui fera office de prescription médicale par délégation, toutes les conversations sont enregistrées ).

12 janvier 2014 à 17:28:18
Réponse #2

Spip


@Paquito. David conseillait la lecture de the checklist manifesto. Je l'ai lu et je pense que si tu ne l'as pas lu, tu devrais, car il te plaira.

14 janvier 2014 à 13:39:50
Réponse #3

paquito


@Paquito. David conseillait la lecture de the checklist manifesto. Je l'ai lu et je pense que si tu ne l'as pas lu, tu devrais, car il te plaira.

ça a l'air interressant mais je ne le trouve que en anglais ...  :'(

15 janvier 2014 à 02:45:36
Réponse #4

Spip


C'est bien possible. Je l'ai lu en VO. Néanmoins, même si tu sais lire un texte relativement simple en anglais, ça devrait passer. Je n'ai pas eu l'impression que le style était difficile à lire.

Il existe une conf ted aussi : http://www.ted.com/talks/atul_gawande_how_do_we_heal_medicine.html

15 janvier 2014 à 10:00:17
Réponse #5

fry


C'est très américain comme vidéo... une pensée générale partagée par a peu près tous, mais tournée en one-man show avec quelques chiffres choc et des infographies.

Ce que dit ce monsieur n'a rien d'extra-ordinaire ou avant-gardiste, et d'autres équipes que les américains prennent les devants et améliorent leurs pratiques à travers le monde. Les SAMU en sont un exemple, avec des améliorations de chiffres notamment sur les traumatisés et sur les infarctus, que les américains n'ont pas encore rattrapés de par leur filière paramedics.

Pour son histoire des check-list, c'est depuis longtemps devenu la règle dans le milieu français de la réanimation et des urgences.

En réanimation, on s'est aussi mis en contact avec des pilotes et spécialiste de l'aéronautique pour mettre en place des check-list type sur toutes les situations surtout les plus à risque. La prise en charge d'un traumatisé sévère ou d'un état de choc sont hyper-protocolisées, et même si l'expérience du médecin et ses connaissances permettent d'articuler au mieux la prise en charge et de rajouter le détail ou le virage qui va vraiment débloquer la situation, quasiment tout ce qu'on fait sur des patients graves est protocolisé.

C'est le même principe à minima pour les premiers secours, tout doit être ultra-protocolisé car il s'agit de faire pratiquer le maximum de personnes n'ayant peu ou pas de formation médicale, des gestes qui vont sécuriser le maximum de victimes selon le plus large éventail de situations rencontrées.

16 janvier 2014 à 02:24:51
Réponse #6

Spip


C'est très américain comme vidéo... une pensée générale partagée par a peu près tous, mais tournée en one-man show avec quelques chiffres choc et des infographies.

Oui, c'est le principe des conférences TED. Les TEDx le sont un peu moins, mais l'idée subsiste toujours.

Ce que dit ce monsieur n'a rien d'extra-ordinaire ou avant-gardiste, et d'autres équipes que les américains prennent les devants et améliorent leurs pratiques à travers le monde. Les SAMU en sont un exemple, avec des améliorations de chiffres notamment sur les traumatisés et sur les infarctus, que les américains n'ont pas encore rattrapés de par leur filière paramedics.

Pour son histoire des check-list, c'est depuis longtemps devenu la règle dans le milieu français de la réanimation et des urgences.

Oui et je me fiche bien de qui a fait ça en premier, ce qui est intéressant, c'est l'idée.
Néanmoins, si tu as un témoignage francophone, je serai preneur aussi :)

C'est le même principe à minima pour les premiers secours, tout doit être ultra-protocolisé car il s'agit de faire pratiquer le maximum de personnes n'ayant peu ou pas de formation médicale, des gestes qui vont sécuriser le maximum de victimes selon le plus large éventail de situations rencontrées.
Tout à fait.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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