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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Une traque, modèle du genre  (Lu 3844 fois)

13 juillet 2013 à 18:10:41
Lu 3844 fois

Corin


Salut,

Il y a 15 jours, en allant rejoindre David sur un stage niveau 3, j'avais profité d'une remise à niveau involontaire en recherche de trace ou traque.
2 points m'avaient marqué de leur pertinence, en plus de l'observation au ras du sol:
1. Se mettre dans la peau de celui qu'on traque.
2. Prendre le temps de s'imprégner de l'environnement.

N'étant pas chasseur, les occasions de mise en pratique risquaient d'être rares. Et pourtant..,

Mardi, je suis allé aux champignons. Après les pluies de ce mois de juin, les quelques jours de soleil de ce début juillet étaient propices à la pousse des girolles.

Me voilà parti, tôt le matin, dans une petite forêt périgourdine à la recherche des précieuses chanterelles. Il fait frais, j'ai emporté un bonnet. Pour autant, après une demi-heure de marche, il ne m'est plus nécessaire et m'encombre. Je le prends à la main.

Je passe par des ronciers, emprunte des chemins improbables, découvre des clairières. Bref, je furète et je ramasse bien quelques girolles.

J'étais tout à ma satisfaction d'avoir trouvé des champignons dans un endroit que je ne connais pas, en rentrant à ma voiture, quand je fais un constat dramatique: j'ai perdu mon bonnet.

Ce bonnet ne vaut rien. Pour 3€, on trouve le même en surplus.
Bien sûr, pour moi, il est un souvenir d'une mission en Bosnie, lié à un camarade disparu, et un compagnon de plus de 15 ans. Pourtant, je ne le prends pas toujours. Il est en synthétique alors que j'en ai de bien plus efficaces en laine.

Je me suis donc fait, à regret, à l'idée de sa perte.

Et puis, tout à l'heure, désœuvré à cette heure où le soleil de plomb ramollit toute volonté, je décide d'essayer de retrouver mon bonnet en recherchant ma trace dans cette forêt.
J'allais donc traquer un animal que je connais bien, a priori: moi.

Je repars, dans la forêt, à l'endroit où je pense ne plus y avoir fait attention, au moment où j'ai traversé des ronciers.

Je retrouve la mémoire des lieux: là deux troncs couchés, là une marque de peinture faite par les forestiers.
De mon passage, il ne reste rien. J'avance et cherche par où j'ai fait ma trace.

J'observe et finis par trouver des ronces cassées et plus loin de l'herbe couchée par un pied. C'est là que je suis passé. Au milieu des herbes droites ou arrondies, une ronce à angle droit ou des herbes aplaties, ça finit par sauter aux yeux.

Je chemine ainsi de place en place. Parfois, je rebrousse chemin. J'y suis depuis une heure quand j'arrive sur la fin de mon parcours.

Je passe ce qui était le dernier roncier franchi quand je débouche dans une partie plus forestière.

J'avance mais je n'ai plus guère d'espoir tant j'étais convaincu de l'avoir lâché en franchissant un roncier.

Face à moi un abatis. J'avance en sa direction quand je me dis: "je cherchais des champignons, je ne suis pas passé par là". Je regarde à droite. Une petite sente herbacée se dessine. Elle ne me rappelle rien et il n'y a aucune trace.
Pour autant, c'est le plus logique.

Je m'engage et, soudain, contre toute attente, je tombe sur mon bonnet dans l'herbe.

Moralité:
1. Se mettre dans la tête de celui qu'on traque.
2. Observer en utilisant un regard rasant.
3. prendre le temps d'observer longuement l'environnement et se laisser guider par la logique du terrain.

J'en ajoute un dernier:
4.Ne pas se décourager.

A+

PS: on peut aussi profiter de n'importe quelle occasion pour tester des techniques ou matériels ;)
« Modifié: 13 juillet 2013 à 18:43:22 par Corin »

15 juillet 2013 à 11:32:01
Réponse #1

Aerazur


Très belle illustration, une belle expérience, presque initiatique: ton bonnet a décidé de t'apporter un brin plus de connaissance de toi.

Au delà, une chose aussi à ne jamais négliger: notre odorat... un peu cultivé, il sait être redoutablement utile... ;)

15 juillet 2013 à 11:51:18
Réponse #2

lambda


Merci à toi Corin, pour ce retour plein d'enseignement! :)

juste pour appuyer, plus spécifiquement, par une petite illustration le point 1. " se mettre dans la peau de celui qu'on traque"...

Un peu en filigramme de ton expérience. Il m'est arrivée d'appliquer cette façon de penser dans le cas suivant.

En septembre dernier, en Laponie, je m'en vais rejoindre la cabane de mon ami en partant d'Inari, et en voulant m'exercer à la "marche à l'azimuth"... du "tout droit quoi à la boussole" quoi, à travers taiga, marais et champs de grosses caillasses... entre 12 et 15 km à vol d'oiseau.
Je devais ramener de la viande de renne achetée par lui chez un éleveur à sa cabane.
A un moment donné, passage à gué d'un gros ruisseau. J'en profite pour faire une pause casse croute.
Je repars et arrive un peu plus tard chez mon ami, serein, près à prendre le kawa...
Pas fatigué, le sac léger sur les épaules... pour raison que j'avais paumé les 5 ou 6 kg de barbaque sur le trajet...  >:(

Là j'ai appliqué cette façon de penser, à savoir que me connaissant au moins un minimum  ;#, je me sais méticuleux et systématique quand je fais mon sac, mais en même temps extrêmement étourdi par nature...
- pour quelle raison aurais-je bien pu perdre un gros paquet pareil sans m'en rendre compte, sachant que tout était "arrimé/blindé dans mon sac" au départ...
- pour la simple raison qu'a à un moment donné tout a été "désarrimé/déblindé" dans mon sac...
- quand cela a ti'il pu le plus probablement se produire? quand j'ai fait mon unique pause casse croute au bord du gros ruisseau cité plus haut.

Du coup je suis retouné au ruisseau mais plus en amont de mon lieu de passage, et ai descendu ledit ruisseau sur la rive ou j'ai fait ma pause, jusqu'à logiquement buter les pieds dans mon paquet de barbaque qui n'attendait que moi....  :)

De l'importance pour moi aussi de ton point 1. , définitivement... applicable en traque ou simple recherche logique, ce qui est plutôt le cas dans mon exemple...

à+,
Merci,
Lambda

"I want to live in a society where people are intoxicated with the joy of making things." William S. Coperthwaite

01 août 2013 à 13:48:17
Réponse #3

ljl


Cela me rapelle la traque que font certaines tribus d'afrique ou le chasseur se met dans la peau de l'animal qu il chasse en imitant a sa facon les mouvements de l'animal. Les San (ou bushmen) je crois.

01 août 2013 à 18:29:08
Réponse #4

camoléon


Salut,

Citer
Moralité:
1. Se mettre dans la tête de celui qu'on traque.
2. Observer en utilisant un regard rasant.
3. prendre le temps d'observer longuement l'environnement et se laisser guider par la logique du terrain.

J'en ajoute un dernier:
4.Ne pas se décourager.


Je parlerais que des animaux, bien que cela peut être transposable, dans une certaine mesure, à l'homme

Point n 1 "Se mettre dans la tête de celui qu'on traque" :
 
-Connaitre ses habitudes diurnes ou nocturnes.
-Savoir ce qu'il mange et comment il mange.
-Savoir ce qu'il à besoin, ce qu'il cherche.
-Connaitre ses prédateurs (si le prédateur est dans le coin, souvent sa proie l'est aussi).
-Connaitre si possible son genre (mâle ou femelle), son âge, ce qui peut influencer son comportement suivant les saisons (rut, femelle grosse, cherche de la nourriture pour sa portée ou cherche à protéger sa progéniture...)
-Connaitre son état de santé (bléssé, fatigué...) Les empreintes et les signes peuvent nous aider à le déterminer.
-Conséquence de plusieurs de ces facteurs, déterminer son état d'esprit (panique, peur, hargneux...)
-Connaitre son langage corporel et ses signaux d'alertes (différents cris, position de la tête, des oreilles, de la queue...), ses ruses.

Point 2:" Observer en utilisant un regard rasant".

Qu'entends tu par là? S'allonger le nez dans la poussiére ou apprendre à regarder "à travers les choses" plutôt que les choses elles mêmes ?


mes deux cailloux,


Camo.

 ;)

"Pour vivre heureux (et vieux), marchons invisible et silencieux"

"Le courage est le juste milieu entre la peur et l'audace"

"Je marche au pas de Loup"

05 août 2013 à 23:00:35
Réponse #5

corbak


C'est ça le nez dans la poussière, il est rare de laisser des traces en hauteur.  ;)

06 août 2013 à 12:12:11
Réponse #6

camoléon


Citer
C'est ça le nez dans la poussière, il est rare de laisser des traces en hauteur.  ;)

sur, sauf des branches cassées, des touffes de poils etc... ;)
"Pour vivre heureux (et vieux), marchons invisible et silencieux"

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06 août 2013 à 14:51:29
Réponse #7

corbak


Carrément, malgré tout on est bien obligé de coller sa gueule par terre quand ces indices la manquent, parce que les traces bien visible dans la boue, la neige, ou le sable mouillé ou touffe de poil et branche cassé... ben c'est pas noël tous les jours hein  ;#



06 août 2013 à 15:31:22
Réponse #8

camoléon


Citer
Carrément, malgré tout on est bien obligé de coller sa gueule par terre quand ces indices la manquent, parce que les traces bien visible dans la boue, la neige, ou le sable mouillé ou touffe de poil et branche cassé... ben c'est pas noël tous les jours hein  ;#


Tout à fait.Reste aussi les crottes, faut faire gaffe ou on colle sa tête à ce moment là, bien que ça peut aider pour déterminer l' ancienneté du passage ( consistance, chaleur, odeur, aspect...)  ;#

Les touffes de poils dans les branches ou les barbelées, c'est pas si rare par chez moi.
Évidemment, si par chez toi, c'est surtout de la pierre et de la rocaille, là chapeau, c'est hard.
C'est là ou bien connaître son milieu est important, on part plus souvent sur des hypothèses que des certitudes dans ce genre de milieu.

 ;)



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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

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