partage d'une expérience enrichissante, parceque la richesse de la forêt et de la vie, c'est ceux qui la vivent vraiment...
En ce début de matinée dominicale, je traverse le quartier avec mon fils, sac photo et matos dans le dos, afin de rejoindre les bois voisins.
Je tombe nez à nez avec Charles, octogénaire sympathique bavard et démerdard, mémoire vivante du coin.
Il habite seul dans sa vielle bicoque, à sa façon, au milieu de ses poules, lapins, chats et de tout son bric à brac et se fiche bien du « qu'en dira t'on » des « honnêtes gens » qui l'entourent.
En rentrant du boulot, je le vois souvent, mains dans les poches devant chez lui ou s’affairant dans sa cour. Un petit bonjour, un signe ou une poignée de main, quelques minutes de bavardages partagé, ayant souvent pour sujet ses souvenirs d'enfants du quartier ou les animaux, les siens et ceux de la forêt, suffisent à le rendre heureux, et réciproquement.
Ce matin là, pour la première fois depuis depuis que j'ai emménagé dans le coin, nous faisons route ensemble pour la forêt.
Charles, pas rancunier envers ces chapardeurs, à décidé de faire un cadeau aux renards : Il nous montre la dépouille d' un énorme lapin mort prématurément, provenant de ses clapiers.
Il connaît les mœurs et les cachettes de ces sympathiques « bandits roux » et décide de partager son savoir avec nous.
Sans trop de surprise, vu l'heure avancée, nous ne les verrons pas aujourd'hui, mais je retiens les emplacements et ses conseils pour un prochain affût.
Son « offrande » déposée, nous continuons notre route dans les sous-bois sombres et Charles semble heureux d'avoir de la compagnie attentive. Pêle-mêle, j'apprends qu'il à été bûcheron pendant quinze ans dans le coin, comment la forêt à fait survivre plus d'une famille du quartier pendant la guerre. Bien qu'ayant tout gamin posé des collets lors de cette période, il peste contre ceux qui déciment sans discernement ni retenue, ni honte, les petits habitant des taillis. Il prélevait juste ce qu'il avait besoin, et jamais avec du poison, pas comme maintenant. Il me montre aussi ses coins à champignons, mais comme les animaux, ils sont bien plus rares qu'avant et il hésite parfois à les consommer « par rapport à la pollution ».
Il me parle aussi de ses petits accrochages avec les gardes forestiers, comment il est parfois tombé, selon ses propres propos, « sur des cons », qu'ils l'on tracassé parce qu’il voulait ramasser un arbuste mort afin de se faire un manche ou parcequ'il fauchait de l'herbe sur les talus et bords de routes, pour ses lapins. Des embêtements, pas pour l'herbe, mais parce qu’il utilisait une faucille, qui allait sûrement se transformer en arme de destruction massive dans les mains d'un sanguinaire prédateur octogénaire comme lui.
Nous nous séparons après plusieurs poignées de main et un « toi mon gars, je t'aime bien », qui me va droit au cœur. Je le regarde repartir sur la route et la foret me semble tout un coup encore plus riche et mes contemporains qui joggent en fluo autour de moi, les yeux dans le vague et écouteurs sur les oreilles, dans leur bulle, sans rien voir ni entendre du vivant, encore plus fantomatiques.
Ouaip, plus tard, j'aimerais bien être un vieux comme lui, aussi riche d'expériences et de sagesse.
