Salut,
Pour ceux que ça intéresserait, voici un petit compte-rendu d’un stage effectué récemment avec Robert Paturel, invité le 6 janvier dernier par le club de SD « Défenses Tactiques » de Rennes, animé par mon ami Fred Faudemer. Ce club est notamment affilié à l’ADAC, et propose régulièrement des stages intéressants en région rennaise.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas « Patu », voir son site officiel :
http://www.robertpaturel.com. D’abord, le cadre : un stage intitulé « Boxe de Rue-Négociation », sur une seule journée (9-12H et 14-17H), dans un très grand dojo (sol tatami) à proximité de Rennes. Il fallait en effet un grand espace pour pouvoir accueillir un grand nombre de participants (une centaine). Le public était composé pour une bonne part de membres du club Défenses Tactiques, mais des représentants d’un certain nombre d’autres écoles ADAC de la région plus ou moins proches avaient fait le déplacement, ainsi que des écoles et/ou instructeurs d’autres systèmes… Au final beaucoup de monde, trop de mon point de vue personnel, malgré les aspects également positifs de ce nombre, et donc un stage plus orienté vers la découverte de techniques et de principes que vers du travail d’enregistrement et de mémorisation à travers des exercices plus engagés.
La matinée a été consacrée à la présentation de techniques successives de boxe de rue, sur des situations d’attaques à main nue, les principes importants étant plutôt exposés à l’occasion de la présentation des techniques qu’en eux-mêmes. On travaille à mains nues, avec contrôle, puis sur la fin on fait un peu de travail avec des gants pour certaines applications, toujours en contrôle cependant. Globalement, une bonne insistance sur la nécessité de sortir de l’axe de l’attaque, de privilégier la fuite, de jouer des déplacements et regarder autour de soi, notamment face à plusieurs agresseurs.
Après la pause déjeuner, on reprend tranquillement avec une « causerie » sur la peur, le stress, la gestion du stress. Des notions de mon point de vue assez basiques mais exposées simplement et sans stress… Disons une pédagogie assez simple mais très claire, en douceur et distillée avec humour…
Ensuite, et jusqu’à la fin, on travaille des réactions contre couteau, après naturellement un rappel consistant sur le fait que la meilleure option reste la fuite et qu’à défaut, tant que seuls des biens matériels sont en jeu et non pas l’intégrité d’une personne, le mieux est de se laisser dépouiller. En partant ensuite du simple pour aboutir à du plus (trop ?) compliqué…
Une appréciation critique plus personnelle (très personnelle, même), maintenant…
D’un côté, ce qui m’a moins plu ou moins convaincu:
• Le ratio participants/encadrement trop léger (mais avec un tel nombre de participants, difficile de faire autrement).
• Une sélection des techniques présentées forcément arbitraire, et dont la cohérence ne m’a pas paru évidente ; peut-être le discours de Robert n’était-il pas assez explicite sur l’intérêt respectif de telle technique par rapport à une autre et sur les priorités dans l’exécution des (brefs) enchaînements proposés.
• Parmi ces techniques, un certain nombre tirant (à mon humble avis) « trop dans les coins », un peu compliquées et/ou plus adaptées à un public de professionnels de la sécurité ou de policiers appelés à contrôler l’agresseur, ou bien encore (autre direction) plus appréciables par un public « d’instructeurs-chercheurs » dans une optique « échange de best-of »…
• Dans ces dernières optiques à mon avis et en particulier, le fait de faire travailler à tous les participants indifféremment des techniques de désarmement sur couteau dans lesquelles une main vient retirer le couteau quand l’autre contrôle la main armée - mais je dois avouer ici un biais important : à ce jour aucune technique de désarmement sur couteau de ce type ne m’a jamais convaincu et, par ailleurs, l’idée même du désarmement me semble à réserver aux professionnels et forces de l’ordre (et encore !).
• L’absence de tout travail sur cible permettant au moins à un moment de lâcher les frappes.
D’un autre côté, ce que j’ai plus particulièrement apprécié :
• Une priorité donnée dans l’ordre de l’apprentissage aux défenses exécutées en se désaxant avec mouvement d’emblée vers une direction de fuite.
• Une claire mise en garde contre le fait d’aller au sol et des principes simples mais sûrs sur la gestion de la distance.
• Un travail spécifique certes pas révolutionnaire mais assez intéressant et pour moi relativement original sur la conservation d’une vision globale, non focalisée, de l’agresseur…
• La présentation d’exercices permettant de « driller » des formes de corps adaptées et par conséquent de construire certains gestes et postures réflexes intéressants, tant face à un agresseur à mains nues que face à un couteau (exercices qui m’ont paru ressembler à des exercices genre mains collées, « à faire à la maison »).
• Bien que je ne raffole pas (comme dit ci-dessus) de ce genre de techniques, la présentation d’une technique de désarmement sur couteau simple dans son principe, qui m’a paru pouvoir être une option intéressante dans certaines situations particulières (genre pseudo-grappling bordélique à très courte-distance une fois qu’on a agrippé la main armée): retourner la lame contre l’adversaire en la « raffûtant » en allers-retours contre sa jambe, jusqu’à ce que ça tombe.
• La personnalité de l’instructeur : très sympa, accessible, ne se la jouant pas, ne cherchant pas à impressionner qui que ce soit, ne dénigrant aucune autre école, encourageant très explicitement et de façon récurrente à l’ouverture d’esprit.
• Du coup également, l’ambiance très sereine et ouverte d’esprit, qui régnait pendant le stage, avec notamment la participation d’éminents représentants d’autres systèmes, par exemple Guy Mennereau, de l’ANSD (un local de l’étape certes), ou encore David de l’ACDS Loire-Atlantique qui avait fait le déplacement, et probablement d’autres que je n’ai pas identifiés.
Au final, un vrai bon séminaire, dont on ressort avec les hématomes et courbatures habituels, et auquel il aurait pu à mon sens manquer une partie spécifique de travail sous stress. Mais pour ceux qui ont par ailleurs ce genre de travail dans leur cursus normal ça ne me semble pas vraiment un problème et je pense même que, dans ce cas, participer à un séminaire de ce genre où on travaille sérieusement, où on apprend, mais où l’instructeur ne se départit jamais de son sourire paisible et où la bonne humeur reste de mise est sans doute plutôt équilibrant…
Ceci dit, même avec un sourire serein, l’excellent Robert reste particulièrement crédible… Tout le monde ne pourrait pas forcément en dire autant…
Cordialement,
Bomby
PS : Bien qu’il s’agisse d’un CR de stage, s’agissant en l’occurrence d’un stage qui n’avait pas été annoncé sur le forum, ça me semble plus pertinent de poster ça ici, en Survie urbaine, dans la section spécialisée plutôt que dans la rubriques projets et stages…