Suite à
cette intervention, je réalise que ce truc absolument fondamental n'a jamais été touché du doigt sur le forum. Comme quoi, il reste encore des choses importantes à aborder, et non, on n'a pas tout dit

La pyramide de Bird & Germain a été proposée par des mecs éponymes qui ont fait des statistiques sur les accidents du travail. La pyramide est assez facilement transposable aux accidents de la route, accidents de montagne, accidents domestiques, attitude de victime face à un risque d'agression, etc... Les valeurs mesurées et estimées pourront varier assez amplement d'un milieu à l'autre, ou d'une activité à l'autre. Par exemple, le rapport néglicence/décès ne sera pas le même pour les gens qui travaillent avec des explosifs que pour ceux qui travaillent avec des marteaux

Cependant, malgré ces variations contextuelles dans les valeurs, le message important reste identique, et même s'il semble enfoncer une porte ouverte, l'intervention citée en intro montre qu'il peut encore être nécessaire ici. Ce message est : la quantité de décès et d'accidents graves est proportionnelle à la quantité de comportements à risque et de quasi-accidents (
near-miss).
C'est pourquoi, dans les endroits où la gestion du risque est prise au sérieux, on oblige les gens à contrôler mutuellement les comportements à risques les uns et des autres, voire souvent à les documenter en conservant l'anonymat des protagonistes. (l'intérêt n'étant pas de dénoncer qui que ce soit, mais de faire bénéficier tout le monde des erreurs commises par chacun).
De même, on oblige à documenter tous les quasi-accidents obervés. Un quasi-accident ou un comportement à risque pourra alors bénéficier du même travail d'analyse qu'un accident effectif, dans le but d'en réduire les occurences. Par rebond, on diminuera ainsi la probabilité d'un accident grave.

Pour illustrer le vocabulaire employé dans cette pyramide, on pourrait imaginer le scenario suivant.
Je reviens de la chasse avec un copain. On papote en rigolant sur les occasions manquées. Je tiens négligemment d'une main mon fusil encore chargé, en balayant de temps en temps la silhouette de mon pote avec les canons au gré des mouvements de la conversation. C'est un comportement à risque, l'étage du bas de la pyramide.
Dans certains cas, (je ne dis pas 1% comme le suggèrerait la pyramide car ce serait inexact, je reviens là-dessus plus bas), la queue de détente va être agrippée par un truc à ma ceinture, une boucle de ma veste ou un bidule protubérant dans une poche, et le coup va partir, mais pas au moment où le canon pointait vers mon pote. Ouf. On se sentira juste très cons et on n'en parlera surtout à personne, puisque tout va bien. C'est un quasi-accident, near-miss.
Dans certains cas, heureusement plus rares, le canon aura pointé vers ses bras et il sera gravement blessé par la décharge. Il ira à l'hosto, perdra peut-être un biceps, ne pourra plus travailler pareil, temporairement ou définitivement. "Lost Workday Cases".
Mais si ce n'est pas son jour, le fusil pointera sur son coeur au moment de la décharge. Fatality.
Recordable injury, ça, c'est si le pote m'en cogne une bien méritée dans le pif en voyant que je néglige sa sécurité

Voilà voilà.
Dans le scenario ci-dessus, je ne dis pas que le coup part dans 1% des cas, que le pote me cogne dans un cas sur mille ou crève la gueule ouverte dans un cas sur 300000, car mon scénario ne comprend qu'un seul comportement à risque. Or les analyses statistiques
macroscopiques des milieux à risques comptent les morts en propotion avec la totalité des comportements à risques, en nature et en occurences.
C'est un peu théorique tout ça, mais ce que ça enseigne, c'est de PARLER des erreurs commises ou des risques identifiés, de PARTAGER pour le BIEN COMMUN. Pas besoin d'avoir atteint les étages les plus graves de la pyramide pour que le sujet présente un intérêt. AU CONTRAIRE !
(en passant : je trouve que ce message, comme beaucoup d'autres, bénéficierait d'une catégorie "survie tout court", ou "gestion du risque", puisqu'il n'est pas spéficique à la nature ou à la ville, à la santé ou au SAR, ne parle pas de matos etc...)