Cette rando n’était normalement pas programmée, c’était une date réservée parmi d’autres pour une sortie en groupe, j’avais simplement oublié de la barrer du calendrier familial. Tant mieux ? Je suis pari pour mon Jura, pas de programme établi. Météo pourrie de chez pourrie, je laisse la voiture à St-Cergues à la gare et pars sous une pluie diluvienne. Au moment de partir, je croise sur la route un skieur de fond lessivé et dégoûté. C’est la dernière personne que je verrai avant mon retour.
L’objectif, test du sac de couchage Defence4 et ma veste en coton ETA sous la pluie. Le temps n’était pas idéal pour tester la température de ce sac mais par contre les conditions d’humidité et de météo l’ont méchamment éprouvé. Faut dire que j’ai pas lésiné sur ce test en me mettant dans une gonfle pas possible pour voir ce qu’il avait dans le ventre.
Au programme, pluie, pluie, neige, pluie encore, grésille, forts vents, arbres éclatés, sentiers torrentiels, passages inondés, sleutch, débâcle, j'ai marché régulièrement dans de la flotte à hauteur des chevilles, parfois dans de la neige mouillée à mi-mollet, le tout sans raquettes, c'était pas la peine. De mémoire, je n'ai jamais été autant mouillé et reçu autant de flotte sur la tronche en si peu de temps et ce de façon totalement ininterrompue. Pendant la nuit, ma Titan Kettle s’est complètement remplie de flotte! Lors des "accalmies" qui m’ont permises de sortir mon téléphone pour faire quelques photos, j’étais presque déçu…
Mes chaussures Tibet GTX ont tenu le choc, ma veste en coton un peu moins, détrempée et cartonnée à moitié gelée elle a percé aux coudes et aux bretelles, pour les autres parties elle était saturée mais continuait à faire son office.
Le sac de couchage quand à lui? Je n’avais pas pris la couverture de survie épaisse car je craignais pour ma veste en coton alors j’ai pris le poncho à la place. Je ne l’ai jamais utilisé en mode poncho, grand fou que je suis. Fallait aller jusqu’au bout de la « gonfle ».
Bref, après 4h de marche dans ces conditions, et une heure de récolte de bois, j’ai monté le poncho en appui car je voulais quand même faire un feu pour avoir un « poil » de confort et griller mon entrecôte. Lors du montage, le vent a brutalement tourné m’envoyant des seyes d’eau chutant des millions d’aguilles de sapin avoisinant sur l’avant de la veste. Ca a dégouliné par l’intérieur de la capuche, j’étais trempé et gelé, je dis cela pour comprendre dans quelles conditions je me suis couché avec ce sac de couchage.
Je redescend de 200m à un autre emplacement plus propice, emballe le bois coupé et fendu dans le poncho et le porte par-dessus le sac. J’ai monté le poncho entre deux très gros arbres avec de nombreuses branches basses solide qui me protègeront de chutes éventuelles. Le feu a pris rapidement, bien préparé ce coup-ci, je l’ai allumé sous l’abri sur de grosses sections de bois, une fois bien pris et ayant bouffé de la fumée acre et rance, j’ai poussé l’ensemble à une distance raisonnable sous la pluie. Le feu me tient tout juste chaud en dehors du sac de couchage sans avoir à mettre ma couche bivouac +1 mais impossible de me sécher.
Je me couche tôt, et rentre tout habillé dans le sac de couchage pour voir comment il va réagir avec toute cette flotte infusée dans mes habits. J’ai rapidement eu chaud, le thermomètre indique un peu en dessous de zéro sous le tarp. Le vent tourbillonne et m’envoie du grésille dans tout les sens, sur le sac de couchage, par le trou du sac de couchage etc. Cela inonde les alvéoles du matelas. Au milieu de la nuit le tirant de capuche lâche ainsi que deux sardines, je le remarque assez tardivement car j’ai fini par m’endormir malgré tout, je prends donc de l’intempérie de plein fouet. Je sors deux sardines de mon sac et coince mon deuxième bâton dans la capuche, colmate avec ma veste et autres objets et tente en vain de me rendormir.
Au points de contact du bassin, l’humidité s’est accumulée à moins qu’elle aie réussi à se faire un chemin à travers la membrane. Mes pieds, bien que sensiblement en dehors du tarp sont secs, Je veux dire qu’en rentrant dans le sac, mes pantalons et mes pieds étaient trempés et tout est sec à présent, sauf au bassin. Ce qui a sauvé ma nuit c’est que le sac est chaud pour la température qu’il y’a eu et bien que l’humidité était totale et le vent turbulent, je n’ai jamais eu froid bien au contraire, c’était un mouillon « confortable » quoique limite dans la région des reins. C’est toujours utile d’avoir de la marge. J’ai donc dormi avec un collant et pantalon détrempés, un t-shirt technique, une couche laine/synthétique genre odlo et une bonne polaire.
Je tiens à préciser qu’en temps normal par cette météo annoncée, et en dehors de ce test, j’aurais monté mon abri plaqué au sol en « A » ou j’aurais pris un grand tarp. Je voulais en fait mettre tout ce bazar à rude épreuve et ça a plutôt bien réussi…
Conclusions, je ne sais pas comment se comporte ce sac dans le froid, mais en tout cas je lui voue une confiance remarquable pour les conditions de m***e que j’ai subie. Ce n’était pas de la tarte ! La veste ETA n’est pas faite pour ces conditions mais elle m’a néanmoins protégée compte tenu du fait que j’avais des habits synthétique les dégâts ont été sous contrôle. Mes souliers de marche on tenus le choc, des Lowa Tibet GTX avec des guêtres respirantes.
On se demande parfois pourquoi on se met dans de telles "gonfles"... Test oblige, mais surtout le plaisir d’être dehors, solitude totale, mais absolument totale dans un paysage démonté, rencontre avec un groupe de chevreuil, quelques oiseaux inattendus, découverte d'un sentier "spirituel" seront mes récompenses. Si on y va pas lorsqu'il fait mauvais alors on y va jamais! Y’a pas de mauvais temps, y’a que des mauvais équipements, à bon entendeur, salut !
J'ai mis les conclusions de l'utilisation de ce sac sur le fil sur les test du Def4:
http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,5501.0.htmlKai