Il y a également dans tes questionnements la sacro-sainte question du : "enseigner quelques bases à un(e) néophyte rapidement/ sous contrainte de temps", qui se heurte ensuite inévitablement à "mais il/elle a peur de taper/ faire mal, ..."
On en revient donc à :
- soit je continue de respecter la contrainte de temps, et alors comment puis-jé désinhiber rapidement mon élève ?
ou
- soit je ne respecte plus la contrainte de temps, et j'en passe beaucoup à enseigner les coups/ techniques choisies, jusqu'ç ce qu'à force de répétitions l'inhigition disparaisse petit à petit.
On pourrait discuter des heures sur le "bon" choix à faire, mais ça ne t'aiderait sans doute pas. De même que derière ces questions se cachent des ressorts psychologiques sur lesquels je n'ai pas de background théorique (Serge peut-être ?), mais qui pour moi se résument ainsi :
- dans l'option 1, il va falloir créer une rupture rapide et donc sans doute brutale pour que la prise de conscience ait lieu. Et ca peut bien se passer comme mal se passer : on peut très bien désinhiber quelqu'un qui va de fait être plus à l'aise pour frapper et se défendre, comme se retrouver avec quelqu'un d'encore plus inhiber, qui aura eu peur, et qu'on aura encore plus de mal à faire travailler,
- dans l'option 2, qui est celle que pratique les cours d'arts martiaux et de sports de combat, on sait que le fait d'être "à l'aise" dépend de la fréquence de l'entrainement, mais aussi que tout le monde n'arrive pas à se lâcher. Sur x débutants arrivés en Septembre, on aura toujours un nombre y de gens qui en fin d'année ne seront toujours pas très éfficaces, ou bercés d'illusions, etc...
Aucune des 2 méthodes n'est donc sûre à 100%, cependant la seconde ne demandant pas de chocs émotionnels particuliers, elle me semble moins risquée. Mais demande du temps. Ce que tu n'as pas forcément.
Mon constat perso, suite à des stages pour débutant(e)s n'ayant jamais pratiqué, et qui ne pratiqueront sans doute plus : contrainte de temps forte, "obligation" d'arriver à un certain résultat.
1er jour : Tout le monde a du mal à frapper, même les mecs. la situation s'améliore pour les mecs quand on passe au pao, qui se retrouve traité comme un mannequin de fête foraine : à fond, mais sans technique. Ca désinhibe, mais ca ne sera pas forcément efficace. Pour les filles, environ 1/3 se lâchent sur les paos, les autres continuent de "ne pas oser".
2ème jour : on passe aux exercices de corps-à-corps et de sol, donc à des techniques bien pourries pour faire reprendre la distance et pouvoir placer une frappe : mordre, pincer, tirer les cheveux, mettre les doigts dans les yeux, etc... Bizarrement, alors que c'est bien plus "crade" que les coups de loin, tout le monde adore, et les filles en premier. Ca leur semble même "fun", pour certaine c'est même amusant. Et je constate qu'après ce type d'exercice, elles ont beaucoup moins de mal à lâcher des frappes.
Depuis, j'ai inversé l'enseignement : je commence par les techniques pourries à courte distance, et je passe ensuite au travail de frappe.
Mes explications à ce constat :
- frapper à distance, c'est l'archétype du combat de mec : c'est John Wayne ou Mike Tyson. C'est donc très inhibant pour une fille, qui y voit "un truc de mec" donc par définition, une chose qu'elles ne sauront pas faire
- frapper de loin, c'est aussi un imaginaire d'agression de mec : le combat rituel de coq, le "sort si tu es un homme". Là encore, pas nécéssairement le genre de situation dont une fille pense qu'elle sera victime,
- enfin, frapper du poing, ce n'est pas un truc culturel de filles, elles ne se bagarrent tout simplement pas comme ça naturellement,
vs
- le corps-à-corps, c'est un peu le genre d'agression qu'imagine les filles. le gars collant, qui vient quémander un 06, un bisou, passe son bras autour des épaules, etc... C'est donc plus probable pour elles,
- les techniques de démerde applicable au corps-à-corps sont plus naturelles pour les filles, ça leur vient sans effort, et ça les libère : elles se rendent compte qu'elles peuvent être efficaces avec leurs armes à elles,
Enfin, je trouve que finalement, il est plus facile de mettre une fille sous un stress relatif en démarrant par le corps-à-corps : elles n'aiment tout simplement pas ça, mais en même temps elles n'intellectualisent pas le truc. Y a un gars collant qui sont sur elles, elles ne vont penser qu'à s'en sortir (instinct animal). A contrario, en scénario d'agression démarrant de loin, soient elles prennent trop de recul en intellectualisant, et elles s'en sortent en rigolant, genre "non mais t'es mon pote, j'y crois pas", soit elles visualisent complètement le truc, et risquent de s'éffondrer en pleurs "je sais que tu es un pote, mais ça me paralyse tellement que je pense que je ne saurais rien faire, je suis nulle, je ne saurais jamais me défendre".
Bref, pour résumer : si tu es sous contrainte de temps, peut-être faut il envisager une autre pédagogie que celle consisitant à démarrer par de la défense à mi-distance à l'aide de coups frappés. Il est peut-être plus rentable de ne répondre à la question "comment enseigner les coups à une fille qui a du mal à se lâcher ?" par "en lui faisant faire d'abord autre chose" !
My 2 cents,
Djé