Bonjour, je vais vous parler un peu de mon travail de terrain ici à Taiwan: j'ai écrit un mémoire il y a quelques années sur les aborigènes de Taiwan, plus spécifiquement du groupe nommé Amis, qui est l'un de la trentaine de peuples attesté à Taiwan.
J'ai passé plusieurs été chez eux pour assister aux "fêtes des moissons", qui n'ont plus que de moisson que le no puisque la culture du millet a été abandonnée il y a déja pas mal de temps.
Les Amis, comme plusieurs autres peuples de l'Est de Taiwan, forment une société a tendance matrilinéaire (tendance aujourd'hui estompée), et pratiquaient autrefois la culture sur brulis, la chasse et surtout la cueillette (c'était l'objet de mon mémoire, les Amis ayant une connaissance et une utilisation quasi systématique et encore d'actualité des plantes sauvages dans leur alimentation)
Les Amis sont organisés en classes d'âge, auquelles incombent des droits et des devoirs: exemple: à 15 ans, les garçons quittent la maison de leur mère et rejoignent le système des classes d'âge en logeant dans la "maison des hommes." ils apprenent alors à porter l'eau et servir leurs ainés avec les formes qui conviennent, à allumer un feu sous la pluie (200 jours de pluie par an ici) avec le bois gras qu'il faut, etc... Le plus dur est pour le deuxième niveau: 17-21 ans:ils apprennent alors à chasser, à faire un barrage sur la rivière pour avoir du poisson, ou dormir un minimum par exemple( tour de garde)
Autrefois, les jeunes dont je parlais partaient à la chasse aux têtes, pratique dont on ne saurait faire une analyse simpliste ou pragmatique. Cette chasse leur était INDISPENSABLE cosmologiquement puisqu'il considéraient que les principe vitaux contenus dans la tête étaient en nombre fini (donc qu'il fallait se les approprier chez les voisins) mais aussi que ces principes vitaux étaient le même principe que celui des plantes qui croissent ou du gibier qui prolifère: pas de tête, pas de récolte à venir donc. En même temps, ce principe vital était indispensables aux jeunes hommes pour acquérir leur fécondité: pas de tête, pas de paternité. Les tribus de groupes différents partageaient donc ce système de représentation, et les hommes chassaient les têtes des villages des autres groupes, tout en pratiquant certains échanges avec eux.
J'ai pu assister, lors de la fête des moissons, à un rituel particulier, ayant lieu tous les 3 ans. La fête des moissons est-ce que certains anthropologues appellent un "fait social total", c'est à dire qu'il s'agit pour la société de se renouveler dans son ensemble, d'un point de vue cosmologique. il s'agit de renouveler l'ordre de l'univer: nouvelle semailles, nouveaux "hommes" virils, nouveau contrat avec les âmes des ancêtres , bref , renouvellement du bail entre les hommes et les forces de la natures.
tous les 3 ans, on forme donc une nouvelle classe d'âge avec les nouveaux adolescents qui sont prêts. on leur choisit des "généraux" terme emprunté à la culture japonaise (les japonais ont occupés l'île 50 ans jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais être "général", c'est une somme de devoirs: aider les membres du groupe qui sont dans le besoins, payer pour les consommations, etc, il se doit d'être "intelligent" mais aussi "méchant" ou "mauvais" car cela est considéré comme une qualité pour protéger le groupe contre les attaques venues des autres villages. Les ainés qui forment la classe d'âge juste au dessus désignent donc d'office ces généraux, pendant les danses qui ryhtment la fête, la famille et les proches s'oppose alors et cela dégénère en bagarre générale (plusierus blessés à chaque fois). Bagarre inutile puisque cette décision est irrévocable, et, 30 mintutes après, tout est fini, les tensions appaisées (?) et on boit ensemble.
Autre particularité de leur organisation: durant la fete des moissons, les jeunes qui travaillent en ville, ou étudient, reviennent, on les initite donc aux pratiques techniques et sociales: construction de tour de guet, peche, chasse, danse, etc. Chaque soir, réunion générale ou la plus agée des classes s'exprime en premier (chacun des membres prend la parole et dit ce qui va, ca qui ne va pas). Puis la classe en dessos et ainsi de suite. Les plus jeunes se couchent donf en dernier. En bref: un système gérotoncratique ou l'expérience des ainés est privilégiée, mais qui aussi démocratique d'une certaine façon tout le moonde s'exprime, je dirais même plus que démocratique puisque ce n'est pas la majorité qui impose son avis mais plutot la majorité rassemblée autour de l'expérienc des anciens, avec en plus lavis de chacun qui est pris en compte.
J'en ai peut être trop dit et je m'en excuse, c'est toute ma passion, et c'est pour cela que j'habite ici.
mes conclusions: d'abord avant de parler de violence il faudrait reconnaître que nous parlons ici de NOTRE définition de la violence, et qu'il ne s'agit pas d'une définition universelle. D'autre part, les sociétés savent manipuler cette violence, dans le cadre de représentation symboliques, ces représentations symboliques étant indissociable de l'accès aux ressources de chaque groupe ethnique. La violence n'est dont ni une nécessité pour l'accès aux ressources, ni un marqueur identitaire. Bien sûr vous m'objecterai: une tête coupé, t'appelles pas ça de la violence?-oui, mais seulement si on se place à l'extérieur avec un système de représentaiton différent, pour eux, ils s'agit non pas de se bagarrer mais de permettre la vie: souvenez vous " point de mal, point de bien, seulement un bien contre un autre bien". Quant à la bonté, et bien arrivé un peu comme un cheveux sur la soupe lors de la fête des moissons, je fut bien accueilli (mon premier échange fut d'apprendre à servir l'alcool de millet aux ainés) et on m'intégra dans la classe qui correspondait à mon âge, on m'apprenait comment "vivre" quoi, cce qui constitue pour moi la meilleure définition de la "bonté".