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Auteur Sujet: Désescalade verbale : le piège abscons  (Lu 3274 fois)

21 mai 2012 à 13:27:50
Lu 3274 fois

Géo


Bonjour à tous,


Il y a quelques temps me suis amusé à relire les posts de la section « Survie Urbaine » et je me suis notamment attardé sur celui concernant la désescalade verbale (un post de David).

http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,5065.0.html

A la première page de ce post, David mentionne l’importance de fixer une limite à la diplomatie pour ne pas se laisser bouffer par l’interlocuteur.

Je souhaiterais rebondir dessus car ça me semble important et parce que j’ai pu trouver un peu de théorie en lisant le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (Joule et Beauvois, 2008) qui pourra faire l’objet d’un résumé quand je l’aurai fini et si cela s’avère intéressant. Pour les auteurs, ce phénomène se nomme le piège abscons :


Les pièges abscons :

1.   L’individu (nous) a décidé de s’engager dans un processus de dépense (en argent, en temps, en énergie) pour atteindre un but donné.
2.   Que l’individu en soit conscient ou non, l’atteinte du but n’est pas certaine.
3.   La situation est telle que l’individu peut avoir l’impression que chaque dépense le rapproche du but.
4.   Le processus se poursuit jusqu’à ce que l’individu décide activement de l’interrompre.
5.   L’individu n’a pas fixé au départ, de limites à ses investissements.

Dans le bouquin les auteurs s’attardent sur des situations banales du quotidien mais je pense qu’on peut y transposer dans le cadre qui nous concerne, en partant d’une situation où on aurait à engager une désescalade, c’est-à-dire une altercation :

1.   Le processus de dépense peut être en temps et en énergie certes, mais aussi d’une certaine manière en incertitude ou en risque encourus pour atteindre l’objectif qui est de ne pas aller jusqu’au combat. Et c’est un acte volontaire de notre part (cf. Post de David).
2.   On est plus ou moins conscient que la réussite du processus n’est pas certaine car elle est déterminée par la volonté et la capacité des deux camps à calmer le jeu (cf. début du post de David, le JACA).
3.   Idem, on peut fort bien penser que chaque pas vers l’autre nous rapproche d’une issue favorable. Cela nous fait miroiter que l’altercation va tourner  vers un dénouement heureux plutôt que vers une bagarre.

On retombe alors sur ce que disait le Manitou qui semble douter de notre capacité à ce moment là, d’interrompre le processus (point 4) et qui préconise donc de SE fixer une limite claire qui servait d’alarme et qui nous dirait :  « change d’outil  pour gérer la suite des évènements » parce que la diplomatie ne fonctionne plus.



Voila, tout ça pour mettre en avant cette phrase qui me semblait importante et qui n’a pas été beaucoup développée, et pour mettre un nom dessus.


Au passage, peut-on l’appliquer au « savoir faire demi tour » dans un contexte de survie en milieu naturel ?

A+!




21 mai 2012 à 15:37:54
Réponse #1

moss


je pense que la rando, comme tu l'indiques à la fin, est un des meilleurs exemples : je ne renonce pas alors que le temps devient incertain, parce que j'ai presque atteint le but, j'ai fait le plus dur, je me suis pas autant fait suer pour pas atteindre le superbe point de vue qu'on m'a tant vanté, etc...

on retrouve le piège abscons dans plein de domaines, et un en particulier que je connais bien c'est la gestion de projet. Et j'y suis confronté sur un projet auquel je participe : on a mis beaucoup de moyens humains et financiers pour atteindre un certain but. On se fait balader par un sous traitant qui nous assure tous les 4 semaines que c'est presque bon, qu'il ne reste plus que quelques bugs à régler, etc...
Au final, comme le chef de projet n'a pas su réagir on a pris 1 an de retard, et ce n'est toujours pas fini. Il existe pourtant des mesures simples :
- fixer dès le début des marges claires
- fixer des deadlines fortes : si le but n'est pas atteint à telle date, on arrête les frais quoi qu'il arrive : c'est pas toujours évident à faire admettre, mais l'argent perdu dans ce cas là est souvent inférieur aux pertes générées par un projet qui traine pendant des mois
- ne pas laisser dériver le projet : le découper en étapes claires et s'y tenir

au fond, ces mesures peuvent aussi s'appliquer lors d'une sortie, le problème c'est aussi le comportement en groupe : comment faire admettre qu'une limite est dépassée et qu'il faut savoir faire demi tour ? à mon avis, c'est la responsabilité du leader, pour autant qu'il soit clairement identifié...

cdt
« Modifié: 21 mai 2012 à 15:52:08 par yersinia »
« Nous sommes dans la m*rde, mais ce n'est pas une raison pour la remuer.  »
Marcel Bigeard

« La fin de l’espoir est le commencement de la mort.  »
Charles de Gaulle

21 mai 2012 à 15:57:20
Réponse #2

Géo


comment faire admettre qu'une limite est dépassée et qu'il faut savoir faire demi tour ?

C'est ou ça devrait être le rôle du ou des leader(s) à mon avis (le plus expérimenté, le responsable de sortie en fait) mais ça l'important c'est que tout devrait avoir été débattu en amont de la sortie, ou définit unilatéralement dans le cas de la désescalade..on retombe ici sur certaines questions déjà débattues par ailleurs il me semble...

Dans le cadre du management de projet je comprends et connais tout à fait :)

21 mai 2012 à 16:07:17
Réponse #3

moss


j'ai lu un article très intéressant qui relate l'histoire d'un groupe d'alpinistes chevronnés dont une partie est morte dans une avalanche. apparemment le leadership était mal défini, et surtout quand l'un d'entres eux a demandé quoi faire, personne n'a osé s'imposer.
une des conclusions que je retiens, c'est que quand on demande l'avis d'un groupe, il faut demander à chacun de s'exprimer à tour de rôle, sinon personne n'ose prendre la parole, voire donner un avis contraire.

c'est un comportement que j'ai rencontré très souvent en réunion, et c'est vrai que ça aide pas mal d'imposer un tour de table

cdt
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