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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Alors comme ça, la stratégie n'existe pas ?  (Lu 8400 fois)

03 avril 2012 à 23:07:33
Lu 8400 fois

Bomby


Bon, je me lance...

Ça fait quelques jours que le Gros Manitou a pondu ça sur son blog : http://www.davidmanise.com/la-strategie-nexiste-pas/...

Ou, copié ici par commodité :

Citer
La stratégie n’existe pas.  Elle n’est qu’une position qui permet de coordonner des tactiques.  Sans une parfaite connaissance des possibilités et contraintes tactiques, et une capacité à laisser faire, le stratège n’est qu’un goulot d’étranglement inutile.

En général je n'ai rien contre la fast-food (for thought, at least) mais là, je ne pige toujours pas précisément le message...

Tu peux expliquer un peu ton idée, David ?

Je subodore que derrière ce condensé à mon avis trop lapidaire se cachent des points intéressants qui méritent d'être un peu plus développés...

Cordialement,

Bomby

03 avril 2012 à 23:28:52
Réponse #1

Leif



03 avril 2012 à 23:49:19
Réponse #2

Dalz


Je me posais la même question... Et si tout l'art du stratège (que d'autres appelleront leader et d'autres carnivore) n'était autre que justement de laisser l'autonomie au autre, mais je donner simplement une direction, un but commun (que certes ont pourrait définir démocratiquement et autre, mais c'est pas le problème).
Alors certes sur l'exemple que Manitou donnait la dernière fois aux NU là oui, le stratège ça fout la m*rde, mais c'est pas nécessairement le seul moyen de penser le rôle du stratège, rien qu'en relisant Machiavel on s'en rend vite compte...

04 avril 2012 à 00:19:25
Réponse #3

BULLYSSON


Comme le dit ironiquement le grand philosophe Hannibal Smith "j'adore qu'un plan se déroule sans accroc"... autrement dit ça n'arrive pas, un plan sans accroc.

Sun Tzu dans l'art de la guerre insiste sur la nécessité de comprendre plutôt que d'apprendre, d'anticiper plutôt que prévoir, et d'envisager TOUTES les éventualités.

Bref si la stratégie consiste en un plan unique d'action, elle est vouée à l'échec.
Une seule loi dans ce Monde :
http://youtu.be/41Q21B7ap9M

04 avril 2012 à 09:46:20
Réponse #4

Karto


Oui mais de là à dire qu'elle n'existe pas...

Même un des plus grands stragèges de l'histoire occidentale a bien dit "aucun plan ne résiste à la confrontation avec l'ennemi". Mais ce gars n'a jamais dit qu'il ne fallait pas de plan !

David fait une méchante faute de logique là, remarquant qu'une mauvaise stratégie est néfaste, il saute à la conclusion que la stratégie est inutile. Ou alors il voulait dire un truc trop profond qu'aucun de nous n'a compris  ;D

04 avril 2012 à 09:51:56
Réponse #5

Raiderscout


La stratégie est dans son sens premier « la conduite de la guerre ». Les stratèges sont en quelque sorte les penseurs de la Guerre, alors que les tacticiens sont plutôt ceux de l’action. 2 niveaux différents de conception de la politique et de la conduite de l’état ou de la guerre, ou de la paix, puisqu’il semble que par nature cette dernière ne puisse jamais être considérée comme un acquis.

Comme BOMBY je m’interroge sur le sens de cette assertion lapidaire et j’ai hâte de voir ou cela peux nous mener, ou si derrière cela ne se cache pas une idée brillante.

Ce que j’entrevoie c’est que ce serait la base, c'est-à-dire les chefs tactiques sur le terrain qui, par la somme de leurs actions, définiraient la conduite de la stratégie ? 

Que le stratège tienne compte des résultats et de la situation particulière, à l’instant T et sur un point donné, pour réorienter les actions, cela est concevable au moins, souhaitable au mieux. Qu’il ne décide qu’en fonction de ses subordonnées et de leurs actions…

Un exemple parmi d’autres de la nécessité de définir une stratégie (cadre général des actions) avant de construire des tactiques (espace temps limité) :
Un des principaux facteurs de succès d’un groupe en action, c’est sa capacité à se coordonner. Les mesures de coordinations ne peuvent être toutes obtenues par consensus, il faut aussi décider c'est-à-dire renoncer et imposer. C’est le chef - entité reconnue par ses compétences et/ou légitimement- qui tranche et décide. Le chef stratégique coordonne les actions des chefs tactiques, qui eux mènent les batailles.

Au sein d’un petit groupe, il se détachera toujours un leader qui, pour sa position sociale et/ou ses compétences et capacités, sera reconnu par la majorité sans être forcément institutionnalisé. Même si le consensus peut être plus facile à obtenir,  car les acteurs sont moins nombreux et la capacité à communiquer plus grande (proximité, langue, appartenance à un même cercle ethnique, culturelle, moral, religieux, familial, etc.), il n’en demeure pas moins qu’il se détachera toujours un « chef ». Ce dernier sera le décideur stratégique et coordonnera les actions tactiques de ses petits « Co-». Allez cherchez du bois pour le feu, construire un abri, chercher de l’eau et de la nourriture ; qui défend quoi et à quel moment aussi…

Je constate que là ou le chef à été absent, laissant la place à la « démocratie absolue » qui ne retient les décisions que si elles sont prise à l’unanimité, ou comme le sujet semble l’indique, là ou il y a plusieurs petits chefs sans autorité de tutelle, il y a fracture et désagrégement comme sur le naufrage de la Méduse, un exemple parmi d’autres. Inversement, là ou une autorité à su coordonner différentes actions tactiques, les chances de survies et de réussites ont été optimisé. L’œuvre de SCOTT, avec les expéditions du Discovery et Terra Nova entre autres, est très intéressante de ce point de vue. Il se tient à une stratégie générale pour définir ses choix tactiques, et cela sur la majeure partie de sa « carrière ». 

Christophe.
"Be Prepared !"

04 avril 2012 à 09:54:21
Réponse #6

Bomby


Oui mais de là à dire qu'elle n'existe pas...

Même un des plus grands stragèges de l'histoire occidentale a bien dit "aucun plan ne résiste à la confrontation avec l'ennemi". Mais ce gars n'a jamais dit qu'il ne fallait pas de plan !

David fait une méchante faute de logique là, remarquant qu'une mauvaise stratégie est néfaste, il saute à la conclusion que la stratégie est inutile. Ou alors il voulait dire un truc trop profond qu'aucun de nous n'a compris  ;D

Il me semble que l'idée était probablement plus de dire qu'on ne pouvait être un bon stratège sans expérience concrète de la tactique, d'une part, et, d'autre part, que la bonne mise en œuvre d'une stratégie suppose de laisser une autonomie à la fois claire et suffisante au plan tactique...

Mais en effet, de là à conclure que la stratégie n'existe pas, en omettant au passage ce qu'il est désormais convenu d'appeler le niveau opératif, il y a à mon avis plus qu'un pas... Plutôt un fossé, voire un précipice...

Bon, ceci dit, l'exégèse Manisienne, c'est bien, mais si le Grand Gourou consentait à nous expliquer le fond de sa pensée, ce serait certainement mieux...

Cordialement,

Bomby

04 avril 2012 à 09:58:49
Réponse #7

Karto


l'exégèse Manisienne

Je me disais la même chose. On ne doit pas avoir l'air reluisants, vus par les touristes de passage.
Cela dit, c'est toi qui as commencé ;)

04 avril 2012 à 10:07:25
Réponse #8

Kilbith


Citer
La stratégie n’existe pas.  Elle n’est qu’une position qui permet de coordonner des tactiques.  Sans une parfaite connaissance des possibilités et contraintes tactiques, et une capacité à laisser faire, le stratège n’est qu’un goulot d’étranglement inutile.

Personnellement (et à l'heure ou j'écris ces lignes pour être conforme au non-A) j'y vois seulement une affirmation allant dans le sens du décentralisme par rapport au centralisme. L'idée générale étant de penser que ceux "qui sont sur le terrain" ayant une vue plus exacte du problème sont plus à même de le résoudre...

C'est discutable.


Mais ce courant de pensée est actuellement majoritaire depuis le 2GM que ce soit dans la pensée militaire ou dans la pensée managériale. On trouve même de fort argument chez Herbert Simon qui dans sa théorie de la prise de décision met l'accent sur la rationalité limitée.

Citation de:  extrait du wiki anglais sur bounded rationality
Simon suggests that economic agents employ the use of heuristics to make decisions rather than a strict rigid rule of optimization. They do this because of the complexity of the situation, and their inability to process and compute the expected utility of every alternative action. Deliberation costs might be high and there are often other concurrent economic activities also requiring decisions.

L'idée étant que du fait de la phase initiale d'intelligence de la prise de décision, "intelligence gathering" :



La décentralisation permettrait aux acteurs une prise de décision plus efficace car collant aux "réalités du terrain".


Mais l'exégèse étant un exercice difficile.... :D 
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

04 avril 2012 à 11:04:51
Réponse #9

VieuxMora


Pour ajouter mon grain de sel

Tel que posé, la stratégie et la tactique sembleraient être en concurrence. C'est paradoxal.
La complémentarité des deux a été mise en avant dans les arguments développés ci-dessus.

Mon point de vue*:

Ce qui me semble important c'est d'introduire le facteur temps dans la boucle ODDA
Sur le terrain, le temps se compte en secondes, en minutes.

Par contre dans la dimension stratégique, la prise en compte des effets à court terme doit être doublée par une vision des conséquences à long terme.  (jour, semaine, mois et plus.)

Idéalement les décisions prises par les échelons stratégiques devraient être de validation, de type go no-go à court terme.
Et d'orientation quand le temps le permet.

La communication entre autre est un facteur clé.

*(basé sur l'observation de plusieurs centaines de simulations de travail en équipe avec des configurations de coopération entre équipes terrain, équipe support à distance, supervision opérationnelle des deux + un boss qui coiffe le tout. Ceci en 3 ou 4 étapes successives sur plusieurs jours, avec échanges des rôles, afin de faire émerger par les debriefings les bonnes pratiques. )
 

04 avril 2012 à 11:13:15
Réponse #10

Kilbith


La communication entre autre est un facteur clé.


Tu fais allusion à la Théorie des couts de transaction de Williamson? : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_co%C3%BBts_de_transaction

Car la communication à un "cout" qu'il convient d'optimiser. C'est d'ailleurs un des moteurs des "l'externalisation" des fonctions dans les systèmes humaines, mais aussi de la décentralisation de la prise de décision.

 ;)
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

04 avril 2012 à 11:22:11
Réponse #11

VieuxMora


Merci du lien, je découvre.

Je fais allusion à la capacité à communiquer clairement, rapidement, et en hiérarchisant les priorités et en maîtrisant les couches physiques (utilisation du matériel, fréquences selon zones) qui sont autant de contraintes à prendre en compte.

Un mot de plus sur le contexte physique: plusieurs salles avec retour son et video et un simulateur à 3 degrés de liberté.
Des missions préparées en 2h , déroulées en +/- 1h, débriefées en 3H, des équipes de 5+5+2+1.
Un régisseur et 3 observateur.

04 avril 2012 à 11:27:27
Réponse #12

Kilbith


Un mot de plus sur le contexte physique: plusieurs salles avec retour son et video et un simulateur à 3 degrés de liberté.
Des missions préparées en 2h , déroulées en +/- 1h, débriefées en 3H, des équipes de 5+5+2+1.

Je rere-renvoi sur les articles de Th. Picq (désolé pour ceux qui ont déjà parcouru ces références lors de mes interventions précédentes).

Article initial : http://www.reims-ms.fr/agrh/docs/actes-agrh/pdf-des-actes/2008hervouet-melkonian-picq.pdf

Ce que tu dis fait allusion au slide final de la communication : http://www.google.fr/search?q=thieery+picq+force+sp%C3%A9ciale&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

On lira avec profit :
Vashdi, D., Bamberger, P., Erez, M. et A. Weiss-Meilik (2007), Briefing-Debriefing: Using a
Reflexive Organizational Learning Model from the Military to Enhance the Performance of
Surgical Teams, Human Resource Management 46 : 1, 115-142.

Ron, N., Lipshitz, R. et M. Popper (2006), How Organizations Learn: Post-flight Reviews in
an F-16 Squadron, Organization Studies 27 : 8, 1069-1089.

« Modifié: 04 avril 2012 à 12:13:23 par Kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

04 avril 2012 à 12:04:07
Réponse #13

DavidManise


;#

J'avais hâte que quelqu'un soulève ce truc.  J'avoue que je commençais un peu à désespérer.  Merci Bomby :)

Ce que je tentais de faire passer, c'est un glissement de paradigme.  Un changement de modèle mental.

La stratégie n'a de sens et d'utilité que parce qu'elle permet de coordonner largement les actions de gens sur le terrain, pour que globalement la masse active, qui est au contact du réel, soit plus efficiente / efficace.  La stratégie, en fait, n'a de sens que dans un modèle hiérarchique pyramidal, où la base applique la volonté d'une tête, en gros.

Dans le modèle centralisé traditionnel, où la stratégie est centrale, où elle est valorisée, toute action de terrain doit être commandée par le centre.  Et toute initiative d'en bas doit être validée par la tête.  Ce modèle est super efficace tant que tout va bien, tant que les infos qui remontent vers le centre ne sont pas trop denses et trop nombreuses.  Puis, arrivé à un certain niveau de saturation, toute la machine se bloque parce que la tête met trop de temps à prendre et émettre ses décisions.

C'est l'effet "goulot d'étranglement".  

Et face au moindre imprévu, c'est pratiquement toujours ce qui se passe.  Et les "exécutants" se retrouvent forcés de subir un fort paradoxe : agir de leur propre initiative (au risque de se faire sanctionner ensuite), ou attendre bêtement les ordres ou les infos manquantes (ce qui aura des conséquences tactiques et donc stratégiques, forcément)...  

Arrivé à ce moment de saturation, le centre doit déléguer son pouvoir de décision.  Il doit réellement faire confiance.  Il doit, en fait, changer de modèle organisationnel instantanément, et autoriser la tactique à prendre le pas sur la stratégie, pendant une sorte de parenthèse qu'on pourrait appeler "le contact avec le monde réel" :)

Bref, dans les faits, et sauf si tout va comme prévu (ce qui est exceptionnel), il y a toujours un moment où soit tout foire, soit les tacticiens règlent les problèmes causés par le manque de capacité de traitement d'infos des stratèges.

Est-ce un reproche ?  

Non.  

La capacité de traitement de l'info d'un être humain, même le plus brillantissime général, est limitée.  

Moralité ?  La stratégie est comme l'utopie.  C'est super beau, sur papier.  On aime tous tendre vers ça, et ça donne uen direction générale, mais dans les faits on n'y arrive jamais, et on bricole toujours des solutions de sauvetage in extremis au niveau tactique.

C'est partout pareil.  Dans toutes les organisations hiérarchiques.  Alors pourquoi ne pas l'assumer, tout simplement, et juste déléguer d'entrée de jeu, en fixant des objectifs larges, une limite gauche, une limite droite, et laisser les gens bosser ?

Pourquoi conserver l'idée de stratégie puisque, concrètement, elle est toujours inexacte, à côté de la plaque, irréalisable ?  

En fait il s'agit bien plus de sauvegarder le statut d'individus que d'arriver à remplir des objectifs.  

Ca y est.  J'ai foutu mon bon gros pavé dans la mare... ;)

A + :)

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

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04 avril 2012 à 12:33:12
Réponse #14

Karto


J'ai l'impression que tu confonds stratégie et centralisation tactique.

Déléguer un pouvoir de décision local c'est bien (et souvent nécessaire), mais laisser chaque élément agir dans son intérêt propre va rarement dans le sens de l'intérêt général. La délégation de pouvoir devrait aussi aller de pair avec des directives évolutives sur la manière de l'utiliser ! Ce que toi tu aimes à appeler "le code génétique", qu'il faut propager ! C'est CA, la manière d'implémenter la stratégie.

Bon maintenant le Did m'a filé un super article que j'ai déjà imprimé, que je vais digérer en même temps que mon saumon poêlé, et après ça je reviendrai encore 4 fois plus malin pour désenbourber ton soit-disant pavé ;)
« Modifié: 04 avril 2012 à 12:42:50 par Karto »

04 avril 2012 à 12:54:15
Réponse #15

DavidManise


J'ai l'impression que tu confonds stratégie et centralisation tactique.

Non, justement.  Je dis que c'est trop souvent la même chose dans les organisations ;)

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

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04 avril 2012 à 13:26:31
Réponse #16

Euburon


A mon sens, David confond la stratégie avec le commandement par mission (mission command), où le chef donne des ordres détaillés pour la phase courante, que les subordonnés exécutent ensuite, avant de recevoir les ordres pour la phase suivante. Les limites de cette manière de faire dans un environnement chaotique sont apparues durant le premier conflit mondial. Que font les soldats lorsque leur chef est hors combat ?

Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.

Les disputes entre les tenants des deux écoles, en particulier aux USA dans les années quatre-vingts, ont fait l'objet de nombreux articles. En substance, le choix entre les deux visions dépend surtout de la culture des armées et de celle de l'État: dans une dictature, on n'encourage généralement pas l'indépendance et l'initiative. L'Auftragstaktik n'est pas un laisser faire. Elle nécessite une profonde symbiose entre les chefs et leurs subordonnés.

Sur la stratégie maintenant: La réponse (courte) à David est une citation apocryphe de Sun Tzu: "La stratégie sans tactique est la route la plus lente vers la victoire; la tactique sans stratégie est le fracas annonciateur de la défaite".

Mes 2 centimes

Euburon
« L'impossible n'est pas forcément le contraire du possible ; ou bien alors, puisque l'opposé du possible, c'est assurément le réel, nous serons amenés à définir le réel comme l'impossible » Jacques Lacan

04 avril 2012 à 15:18:03
Réponse #17

DavidManise


Euburon,

Merci pour ce brillant condensé des deux écoles dominantes de la chose.  J'ai rarement lu un truc aussi juste qui contienne aussi peu de mots.  Respect :akhbar:

Sur la stratégie maintenant: La réponse (courte) à David est une citation apocryphe de Sun Tzu: "La stratégie sans tactique est la route la plus lente vers la victoire; la tactique sans stratégie est le fracas annonciateur de la défaite".

Pour moi, une troisième voie existe.  Et il s'agit de l'intelligence collective, qui émerge de l'intéraction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque... 

Certains me diront que je casse les c*u!lles avec mon leitmotiv, mais j'assume :)

L'intelligence collective, décentralisée, et anarchique est anxiogène pour nous parce qu'elle est associée à des images de délitement, de bordel, d'un truc incontrôlé.  Alors qu'en fait GLOBALEMENT ça marche souvent tout aussi efficace qu'un truc bien organisé (si l'algorythme est bien conçu).

La différence majeure avec la version allemande du commandement est la distribution réelle du pouvoir, de la prise de décision, et donc de fait la possibilité de scissions, voire d'antagonismes sur un plan plus général.  Mais le coût de fonctionnement est tellement réduit (voir le coût transactionnel énoncé par Did plus haut) qu'il faut une scission vraiment majeure pour que le bilan soit négatif par rapport à un commandement centralisé.  Et la robustesse / résilience d'un tel système est telle qu'il continuera à fonctionner même complètement éclaté.  Pourra renaître et "repousser" à partir d'une infime fraction restante, etc.

Il existe néanmoins des conditions pour que ça fonctionne un tant soi peu :

1) pas d'enjeux relationnels ou de pouvoir à maintenir ;
2) une formation des acteurs suffisamment ressemblante, d'un bout à l'autre du système, pour qu'on puisse encore trouver une parenté entre tout ça ;
3) un moyen pour que l'information circule...

etc :)

Ciao ;)

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

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04 avril 2012 à 15:49:07
Réponse #18

Kilbith


Bon, il me semble qu'il faut préciser quelques points... ;D

Citer
Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.

Le problème, c'est que dans une vision systémique on doit tenir compte de nombreux facteurs. En premier lieu la qualité de la Main d'Oeuvre disponible.
Les allemands ont été les premiers à mettre au point des écoles de guerre pour leurs officiers avec de nombreux exercices de simulation "Kriegspiel". Ils possédaient donc à l'entrée en guerre un corps d'officier bien formé capable de prendre des initiatives sur le terrain.

A cela s'ajoute, le caractère nettement décentralisé de l'Etat Allemand. L'Allemagne, en tant qu'Etat centralisé, n'existe que depuis la fin de la Guerre de 1870. Nous français avons tendance à l'oublier car nous confondons souvent allemands et "pruskos" depuis cet époque. Les allemands sont culturellement plus dans la négociation, ne disait-on pas des "querelles d'allemands" pour désigner des discussions et querelles sans fins. 

La tradition française est (très) différente. Que ce soit pour des raisons historico culturelle ou pour des raisons objectives, nous avions un commandement centralisé et un fort gout pour la planification. Parce qu'il y a des avantages à la centralisation. Par exemple, les français sont les inventeurs d'une règle organisationnelle de base que l'on pense souvent, à tort, universelle ou naturelle : une seule ligne hiérarchique avec un chef unique (voir : Henri Fayol).

Si on reprend les choix français qui ont été opérés en 1940 (puisque tu parles de blitzkrieg). Ils étaient justifiés quand on fait une analyse fine. Il s'avère que dans les circonstances de l'époque, ils se sont avérés désastreux. On peut y voir les effets de "L'Auftragstaktik" (désobéissance de Guderian) ou du Sort qui, au final, décide des batailles.

Citer
Pour moi, une troisième voie existe.  Et il s'agit de l'intelligence collective, qui émerge de l'intéraction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque...
C'est la tendance actuelle du management des hommes. Essentiellement pour des raisons d'efficience. Mais cela suppose de nombreuses conditions :

- Une Main d'Oeuvre de qualité bien formée. Elle doit être capable d'accomplir plusieurs tâches et être capable de prendre des décisions pertinentes.
- Une certaine homogénéité culturelle. Elle favorise la communication et surtout le partage des objectifs. Cela ne veut pas dire obligatoirement une homogénéité culturelle ou ethnique. Dans les entreprises, surtout les grandes qui doivent faire coexister différents groupes humains, on parle de "culture organisationnelle".
- Des objectifs clairs auxquelles
- L'adhésion de la MO à ces objectifs
- La motivation de la MO pour atteindre ces objectifs.

C'est seulement lorsque les individus, formés, partagent des buts communs et comprennent les objectifs fixés qu'ils peuvent s'ajuster mutuellement sans qu'il y ait besoin d'entrer dans les détails de réalisation (ce qui s'oppose totalement à l'Organisation Scientifique Travail /Taylorisme). On doit donc alors, sur un projet, surtout communiquer sur le quoi et le pourquoi plus que sur le comment. Ceci dit, il faut toujours assurer l'organisation du projet, ce qui implique le soucis de l'ordonnancement et des détails.

Dans la pratique ces conditions sont rarement réunis.  ;)
« Modifié: 04 avril 2012 à 16:27:21 par Kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

04 avril 2012 à 18:08:16
Réponse #19

DavidManise


Dans la pratique, il n'y a pas de système parfait.  Mais il y a beaucoup de systèmes inadaptés ;#

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Mon PATREON -
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06 avril 2012 à 22:44:51
Réponse #20

Oim


Est-ce que l'eau qui coule des montagnes a pour stratégie d'arriver à la mer ou est-ce que chaque goutte s'adapte tactiquement aux réalités changeantes des terrains rencontrés pour y parvenir?

Oim (qui en se relisant se trouve lui-même un peu énigmatique mais bon c'est ce que ça m'a inspiré sur le moment....)
" The trouble with the world is that the stupid are cocksure and the intelligent are full of doubt. "  GrandMaster B.R.
"tous les survivalistes ne sont pas paranoiaques, mais b*rdel j'ai l'impression que tous les paranoiaques deviennent survivalistes..." Le taulier

06 avril 2012 à 22:58:21
Réponse #21

François


"Faire remonter l'information" :) C'est le rêve impossible des managers incompétents. De ceux qui ne comprennent pas le job de ceux qui travaillent sur le terrain et qui n'ont pas de langage commun avec eux. Les autres, ils vont la chercher l'information.
Et ce n'est pas suffisant pour élaborer et mettre en oeuvre une stratégie. Il faut être conscient que chaque individu et chaque groupe a ses stratégies personnelles. Et que la stratégie d'un niveau de regroupement ne peut fonctionner que si elle trouve des correspondances dans les stratégies propres des entités et des individus qui le composent. Et réciproquement, un individu ou un groupe ne peut pas suivre une stratégie qui ne trouve pas sa place dans la stratégie globale.
Espérer le meilleur, prévoir le pire.

07 avril 2012 à 00:36:40
Réponse #22

Webstter


Juste une petite question. Y a un truc qui me chiffonne. Mais je pense que c'est juste une incompréhension de ma part.

Qu'en est il de la stratégie au niveau Tactique, tout en bas de l'échelle hiérarchique.
Suite à la réflexion en instantanée du groupe de base (les tacticiens), ils élaborent eux aussi une stratégie avant d'avancer, non ?

Webst'.

07 avril 2012 à 05:11:20
Réponse #23

azur


A mon sens, David confond la stratégie avec le commandement par mission (mission command), où le chef donne des ordres détaillés pour la phase courante, que les subordonnés exécutent ensuite, avant de recevoir les ordres pour la phase suivante. Les limites de cette manière de faire dans un environnement chaotique sont apparues durant le premier conflit mondial. Que font les soldats lorsque leur chef est hors combat ?

Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.

Les disputes entre les tenants des deux écoles, en particulier aux USA dans les années quatre-vingts, ont fait l'objet de nombreux articles. En substance, le choix entre les deux visions dépend surtout de la culture des armées et de celle de l'État: dans une dictature, on n'encourage généralement pas l'indépendance et l'initiative. L'Auftragstaktik n'est pas un laisser faire. Elle nécessite une profonde symbiose entre les chefs et leurs subordonnés.

Fait paradoxal, la situation a maintenant bien changé puisque les allemands (et les anglo-saxons en général) ont abandonné cet esprit d'initiative et, au contraire, planifient tout dans les moindres détails, avec une précision et une efficacité impressionnante, mais une capacité de réaction proche du néant. L'influence de l'OTAN dans ce domaine n'a pas aidé.
En revanche, l'armée française a largement développé l'approche "par mission" en y ajoutant une chose inconnue du monde OTANnien: l'esprit de la mission, appelé dans le vocabulaire militaire effet majeur, distinct de la mission elle-même, mais dont la réalisation est un facteur clé de la réussite de la mission.


Deux exemples, réels, que je tiens de personnes les ayants vécu:

1: les pilotes de l’école franco-allemande de pilotage du Tigre doivent de rendre du Luc-en-Provence aux camps de Champagne pour un exercice. Planification de l'itinéraire comme on sait le faire dans les forces aériennes et décollage. Sur l'itinéraire, un énorme orage que les hélicoptères ne peuvent traverser, impliquant une prise de décision. Il y a alors deux approche:
- l'allemand, considérant que la planification prévue ne peut se dérouler, estime qu'il faut faire demi-tour, se poser et repenser la chose
- le français, qui estime que la mission est d'atteindre les camps de champagne et donc prend la décision de modifier son itinéraire en conséquence pour contourner l'orage.

2: exemple plus récent: l'emploi des hélicoptères en Libye
Les résultats prouvent que l'efficacité des frappes du groupe aéromobile français a été bien supérieure à celle du groupe anglais (même rapportée au nombre de machine disponible).
- Les anglais décollaient avec une mission bien précise, un objectif et des cibles clairement désignées, via des reconnaissance du niveau stratégique et l'autorisation d'ouverture du feu ne leur est accordé que pour ces cibles. Le problème, c'est que les cibles des hélicoptères sont très mobiles, et que leur emplacement n'est évidement pas fixe. Donc, si la cible n'est pas à l'emplacement prévu, les hélicoptères n'ont pas d'autre choix que de rentrer sans effectuer de tir.
- les français décollent avec un zone d'opération et un "kill box" bien définie, sont précédés de leurs propres éléments de renseignement, sont accompagnés d'un élément de commandement volant et, élément primordial, ils ont reçu la délégation de décision d'ouverture du feu. Il leur a donc été possible d'une part, de s'assurer de la position des cibles initialement désignée (par les reconnaissances), évitant les dommages collatéraux, et d'autre part de repérer dans la zone d'opération, des cibles (attitude agressive avérée) qui n'avaient pas été identifiée initialement.
Il est à noter que les résultats du groupe aéromobile français, malgré la vieillesse de la plupart des appareils, ont été observés par de nombreuses armées étrangères qui viennent maintenant voir comment fonctionne le "french system"!


La conclusion, c'est que la capacité à prendre des décisions et des initiatives dans les plus bas échelons nécessite de connaître parfaitement l'esprit de la stratégie du chef, qui, au lieu de ne donner qu'un axe unique à suivre, doit impliquer ses subordonnés en leur donnant un cadre d'action dans lequel ils auront toute latitude pour évoluer.
Cela demande un travail accru de l'échelon supérieur qui devra bien réfléchir au cadre qu'il veut donner à sa stratégie, mais comporte deux avantages majeurs:
- plus grande souplesse et réactivité du subordonné face à l'imprévu, lequel pourra prévoir à son niveau plusieurs éventualités d'action et de réaction respectant le cadre qu'on lui a fixé;
- implication du subordonné qui, au lieu d'exécuter de façon disciplinée, mettra sa propre intelligence au service de la mission qu'il a reçue, obtenant parfois des résultats au dessus des attentes de son chef

La grande tentation du chef de tout vouloir diriger, maitriser, jusque dans les plus bas échelon (ce qu'on appelle "mricomanagement") doit donc être combattue car elle implique une manque de réactivité et une surcharge de travail pour le niveau stratégique qui n'a alors plus le temps de prendre du recul.
« Modifié: 07 avril 2012 à 05:21:04 par azur »
Tout le monde savait que c'était impossible... est venu un idiot qui ne le savait pas, et qui l'a fait!
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Boviner, c'est contourner par le centre...

07 avril 2012 à 08:35:21
Réponse #24

Moleson


....
La conclusion, c'est que la capacité à prendre des décisions et des initiatives dans les plus bas échelons nécessite de connaître parfaitement l'esprit de la stratégie du chef, qui, au lieu de ne donner qu'un axe unique à suivre, doit impliquer ses subordonnés en leur donnant un cadre d'action dans lequel ils auront toute latitude pour évoluer.
Cela demande un travail accru de l'échelon supérieur qui devra bien réfléchir au cadre qu'il veut donner à sa stratégie, mais comporte deux avantages majeurs:
- plus grande souplesse et réactivité du subordonné face à l'imprévu, lequel pourra prévoir à son niveau plusieurs éventualités d'action et de réaction respectant le cadre qu'on lui a fixé;
- implication du subordonné qui, au lieu d'exécuter de façon disciplinée, mettra sa propre intelligence au service de la mission qu'il a reçue, obtenant parfois des résultats au dessus des attentes de son chef

La grande tentation du chef de tout vouloir diriger, maitriser, jusque dans les plus bas échelon (ce qu'on appelle "mricomanagement") doit donc être combattue car elle implique une manque de réactivité et une surcharge de travail pour le niveau stratégique qui n'a alors plus le temps de prendre du recul.

Une excellente description de la maladie Otanasienne, ça marche contre des adversaires totalement inférieurs en technique et organisation, ça risque de faire très très mal contre un vrai adversaire.
La maladie Powerpoint poussé à l'extrême.

Quand les stratèges commences a faire de la tactique rien de bon peut en sortir.

Mais comme le dit Azur...
La formation des chefs aux petits échelons est l'élément clefs pour avoir une bonne tactique et appliquer une stratégie. Essayer de transformer les chefs  en robots c'est nier l'essence même du combat qui est fluide et imprévisible et c'est sélectionner des imbéciles qui le jours venu ou il faudra réfléchir ne seront pas comment faire.



Un chef évolue au niveau de la donnée d'ordre habituelle: MMAPT et à partir de ce cadre il prend les décisions

    Mission (à caractère offensif, défensif, protection);
    Milieu (terrain, météo, population civile, médias)
    Adversaire (emplacement, force, intention, habitudes, armement, distance, visibilité)
    Propre troupe (effectif, niveau d'entraînement et moral);
    Temps (temps à disposition).

Dans ce cadre et fonction de ce qui se passe il prend des décision tactiques à son échelon.

Ce que je constate c'est effectivement ce mode conduite à été totalement négligé ces dernières dizaines d'années et de facto on a plus formé de vrai chefs. Un exemple récent était pour le moins éclairant pour moi...

La raison d'une part la volonté du zéro failure, donc on reporte la décision et la capacité de faire une erreur toujours plus haut, compréhensible quand on voit l'ouragan médiatique déclenché en Afgh par la décision d'un "Major? de la BW" de bombarder un camion citerne volé par les talibans.
D'autre part le type de conflit ou en règle général, soit l'adversaire surprend totalement soit il est complètement inférieur en capacité, technique et conduite.

Juste comme Kriegspiel, l'OTAN essaye d'attaquer le Hezbollah, à mon avis la manière actuelle de procéder va mener droit au désastre.


Ça va être difficile de remonter la pente.... On s'y emploie...


Moléson

 


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