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Auteur Sujet: Coup de gueule contre Total  (Lu 2411 fois)

28 mars 2012 à 11:00:10
Lu 2411 fois

Karto


Salut.

Ceux qui suivent mon Google+ vont avoir une impression de déjà-vu, mais tant qu'à faire je me disais qu'un billet d'humeur aurait peut-être sa place dans le feu de camp.

On en entend quelques murmures bien étouffés en France, alors que la presse écossaise en fait ses gros titres depuis trois jours.
La compagnie Total vient de montrer que la catastrophe de l'Erika n'a pas suffi à durcir suffisamment la pression sur leurs sous-traitants. Je dis ça comme un euphémisme, afin de ne pas calomnier sans avoir assez d'infos précises, mais si je me laissais parler je dirais même qu'au contraire leurs financeux ont probablement fait le forcing pour relâcher la politique de sécurité.

Total exploite le champ Elgin, avec le jack-up jaune qu'on voit sur la photo en PJ. Cette plateforme pompe du gaz dans une formation géologique qui veillit, et demande de l'entretien, des remaniements dans le réseau de puits, normal. Je ne sais pas exactement ce qu'ils faisaient à ce moment là, peut-être qu'ils foraient un puits d'injection, mais en tous cas ils avaient commandité la plateforme Rowan Viking pour bricoler quelque chose dans les cailloux sous quelques millions d'années de strates géologiques ; c'est le jack-up gris à gauche.

J'ai un proche qui bosse sur Viking et l'a quitté samedi. Dimanche, une énorme fuite de gaz sous-marine a provoqué une évacuation généralisée des deux plateformes (240 personnes) avec des navires de sauvetage ATEX. Une zone d'exlusion maritime de 4 km, et aérienne de plus de 5 km, ont été décrétées ; un aéronef pénétrant la zone pourrait simplement faire péter le nuage de gaz qui stagne là. Ils ont eu énormément de chance qu'une explosion massive ne tue pas les 240 personnes qui travaillaient là. Ils ont aussi eu une chance monstre que ce soit du gaz. Si ça avait été du pétrole, la Mer du Nord serait aujourd'hui le théâtre d'une marée noire façon Golfe du Mexique.

Ce n'est que de la pure chance si on s'en tire aussi bien.

Les phénomènes de blow-out étaient fréquents dans les années héroïques du forage au début du XXème siècle, parce qu'on comprenait mal le sujet. Aujourd'hui ils sont relativement bien dominés, surtout dans les formations géologiques parfaitement bien connues comme le champ Elgin. Personne ne peut dire "on n'y a pas pensé", le contrôle de blow-out est une des priorités de chaque minute de la vie d'un foreur. Normalement, hors d'un contexte d'exploration, de nos jours quand un blow-out se produit c'est que quelqu'un a, en toute connaissance de cause, tenté le diable en prenant des raccourcis foireux pour gagner du temps et du fric, et merdé sur plusieurs maillons de la chaîne de contrôle. Aucun mec présent sur place ne prendra de lui-même ces raccourcis de bon coeur, risquant sa vie et celle de ses collègues, et risquant de causer une marée noire. Ces mecs cèdent à la pression qui vient d'en-haut.

L'industrie pétrolière en Mer du Nord a développé une politique de sécurité absolument fantastique depuis l'accident de Piper Alpha en 1988. 25 ans pour en arriver là. Depuis quelques années, cependant, on constate une relâche de vigilance sous la pression des instances financières des grands groupes. BP l'a démontré avec Deepwater Horizon. Total a failli nous faire le coup chez nous. Pourtant les journaux s'en tapent. Le Monde est plus intéressé par la baisse de l'action Total que par la chaîne de causes. Tout le monde s'en fout, et puisque ça n'a pas été pour cette fois, ce sera pour la prochaine. Un de ces quatre vous verrez débarquer une immense marée noire qui pourrira massivement les côtes de Grande-Bretagne ou de Norvège, avec quelques morts pour commencer, parce que les patrons veulent rester "compétitifs".

Voilà. Ca me fout les boules, à cause l'implication personnelle à plusieurs niveaux. J'ai écrit d'une traite sans me relire. Et si ça peut vous énerver aussi, je me sentirai moins seul.
« Modifié: 28 mars 2012 à 12:25:27 par Karto »

28 mars 2012 à 11:14:29
Réponse #1

Pouçot


J'ai failli poster un fil à ce sujet mais ne l'ai pas fait parce qu'à part lire les médias alternatifs, je ne fais pas grand chose à ce niveau, et de plus, je me doutais bien qu'ici; je ne serai pas le plus à même d'en causer.

Par contre, sans avoir tes compétences et donc ta compréhension globale du sujet; j'ai clairement autant les boules que toi; j'ai l'impression qu'ils ne tirent jamais de lecons de leurs erreurs.
 


« Modifié: 28 mars 2012 à 18:05:03 par ** Serge ** »

28 mars 2012 à 11:48:26
Réponse #2

Bomby


je prefere ne rien dire , faut etre , fou , taré , debile ..... pour etre le patron d une de ces boites ....

Tant qu'à faire de ne rien dire, tu aurais mieux fait de ne vraiment rien dire du tout.

A quoi cela peut-il servir, d'écrire ça ?


Merci à tous de rester dans des réflexions utiles !

Peut-on croire sérieusement que les gens qui dirigent des boites comme Total soient tarés, fous et débiles ?

Karto pond un message argumenté, sur un sujet qu'il connaît, et met en évidence qu'apparemment des risques imbéciles et évitables ont été pris, que les leçons des erreurs passées n'ont pas été tirées ou qu'on les a rapidement oubliées...

S'il s'agit de réagir sur ce fil en disant que c'est lamentable, ça ne sert à rien, on est tous forcément d'accord.

La vraie question c'est de savoir pourquoi on a fini par laisser demeurer ou même laisser augmenter des risques qui pouvaient être réduits, alors que les dirigeants impliqués ne sont pas, au départ et a priori, plus malveillants, imprudents ou irresponsables que vous ou moi...

Il peut y avoir à partir du post de Karto plusieurs pistes de réflexion utiles...

L'une, par exemple, à propos du fait qu'un économie supposée sur des mesures de sécurité indispensables finit apparemment toujours par se payer très cher.

L'autre sur le fait que l'encadrement intermédiaire (je ne sais pas si c'est le cas ici) peut avoir tendance, pour diverses raisons, à penser que l'attente des supérieurs hiérarchiques privilégie la rentabilité sur la sécurité, ce qui n'est pas forcément le cas, voire l'est rarement...

Une autre encore à propos de la difficulté de définir ce qui serait un niveau raisonnable de sécurité...

Encore une, à propos de la difficulté de maintenir, dans la durée, une vigilance suffisante...

Etc...

Sans parler des aspects techniques sur la résolution du problème... Ce qui fait déjà beaucoup (sans doute trop) d'orientations possibles pour la discussion.

Merci à tous en tout cas de veiller à poster utile sur un tel sujet (même s'il s'agit de questions posées) plutôt que de se défouler par des jugements sommaires ou la répétition de clichés.

Cordialement,

Bomby.


28 mars 2012 à 13:55:50
Réponse #3

Karto


Bon, le Bomby, avec la persévérance et la finesse qu'on lui connaît, m'a un peu tanné pour comprendre comment une culture de sécurité établie peut se perdre. Voici la réponse que je lui ai faite, copiée/collée ici à sa demande, et seulement remaniée de quelques mots.

J'insiste, afin d'éviter des accusations de diffamations, pour redire que je n'ai jamais bossé personnellement avec un company-man de Total, et que la réflexion se veut de portée générale.




Je n'ai pas de réponse, seulement des hypothèses incomplètes, a fortiori depuis que j'ai quitté le milieu il y a deux ans.

Tout a commencé en 1988, quand 167 personnes ont perdu la vie dans l'explosion de Piper Alpha. La chaîne des causes semble sortie d'un bouquin de science-fiction tellement les erreurs sont nombreuses et toutes plus idiotes les unes que les autres (ça inclut même un formulaire qui se serait envolé dans un courant d'air...). La mitigation après l'explosion proprement dite, alors que la plupart des mecs étaient encore vivants, est aussi une énorme source de honte pour toutes les personnes qui ont trempé dans cette histoire sordide.

Quelques semaines après, la plateforme Ocean Odyssey brûlait à son tour.

1988 a été un tournant. La sécurité avait bien-sûr déjà toujours été une préoccupation. Mais les accidents de 1988 ont été imputés à la centralisation de trop de processus. Plusieurs personnes sur place auraient pu faire concourir leurs forces pour prévenir puis mitiger les drames. En 1988, tous les acteurs importants de l'industrie se sont réunis en grand pow-wow et ont complètement changé le paradigme.

Ce qu'ils ont réussi à faire, et que je ne connais dans aucune autre industrie (même si j'imagine que le nucléaire ou l'aviation sont probablement semblables en cela), c'est à faire passer la sécurité comme la première notion dont chaque personne se préoccupe sur un forage. Et dans le monde réel, le moindre balayeur a le pouvoir réel de faire stopper une opération à 2 millions de dollars par jour, s'il peut le justifier. C'est juste complètement hallucinant, et très bien comme ça. Evidemment en pratique le balayeur n'est pas forcément en mesure d'apprécier les enjeux de l'opération en cours, et le contrôle d'éruption en particulier est l'affaire de trois ou quatre personnes seulement.

L'effet pervers de ceci a été une déresponsabilisation des acteurs non-opérationnels. Le mot d'ordre est devenu : "faites ceci, faites cela, et puis si ça ne vous plaît pas vous n'avez qu'à invoquer votre nouveau pouvoir de dire non".

Ca a bien fonctionné. Ca fonctionne toujours bien. Sans ça on aurait probablement eu plusieurs Piper Alpha et un bon lot de marées noires dans les 25 dernières années.

Seulement voilà, le pétrole est une ressource qui se raréfie. Les débits extraits sont directement proportionnels aux investissements dans l'exploration et les nouvelles technologies. Les réservoirs qu'on trouve sont petits. Des gisements réellement intéressants ont été découverts ces dernières années dans des zones sous monopole d'entreprises nationalisées, comme le Vénézuéla ou le Brésil. Petrobras a la vie facile maintenant, et ces choses poussent les multinationales dans leurs retranchements. Combine ça avec les crises économiques à répétition, et tu as au moins deux bonnes raisons pour donner plus de pouvoir aux hommes d'argent.

Je comprends bien que tu cherches d'autres raisons, et tu as sûrement raison, mais je n'en ai pas à proposer.

Ces financiers ont pris l'habitude depuis un moment de ne pas trop devoir se préoccuper de sécurité, confiants dans la décentralisation des responsabilités et le garde-fou imposé par les hommes de terrain. Mais maintenant qu'ils sont contraints de rogner dans tous les recoins pour sauver un peu de marge. Alors ils ne se privent pas pour filer de grosses primes aux company-men qui réduisent les frais de fonctionnement. La contamination par le haut atteint donc parfois le sommet de la hiérarchie à bord, et ça c'est clairement un échelon de trop. La plupart des company-men et offshore installation managers sont de vrais bons, compétents, responsables et éthiques. Mais le système atteint ainsi un point où il peut dépendre de l'éthique d'une ou deux personnes en particulier, quand peu de gens ont connaissance des données techniques précises (cas du contrôle de blow-out) et que leur porte-feuille personnel peut avoir un intérêt à ce qu'ils prennent des raccourcis. Même si la sécurité reste le premier enjeu, ils ont maintenant la tentation de tâter le terrain sans forcément le bétonner, parce que si tout se passe bien (donc dans la plupart des cas) c'est tout bénef pour eux.

Voilà.

On a sur le forum un mec qui en sait beaucoup plus que moi là dessus, il se reconnaîtra s'il souhaite intervenir.

Ce thème peut-être sujet à beaucoup de controverses. Plusieurs points de mon exposé sont sûrement contestables, complétables, voire réfutables dans certains cas particuliers.

Dans le cas d'Elgin, il y aura une enquête qui mettra fin, j'espère, à la spéculation.
« Modifié: 28 mars 2012 à 14:30:36 par Karto »

28 mars 2012 à 14:19:46
Réponse #4

Karto


PS : une anecdote marrante au sujet de cette culture de sécurité vous serait racontée par toutes les femmes de mecs qui bossent offshore dans cette mer là.
Quand ils rentrent à la maison, ils sont invivables, avec des yeux partout, des maniaques.
Pas une blague.
Après deux ou trois semaines de platitude domestique, l'instinct s'estompe...

28 mars 2012 à 14:41:54
Réponse #5

Bison


Bonjour,

Pas d'expérience en matière de forages, mais une bonne connaissance d'un autre milieu "à risque" - ou le critère sécurité n'a cessé d'évoluer lui aussi.

Le commandant Turbot vous parle ...  ;D

Citation de: Bomby
L'autre sur le fait que l'encadrement intermédiaire (je ne sais pas si c'est le cas ici) peut avoir tendance, pour diverses raisons, à penser que l'attente des supérieurs hiérarchiques privilégie la rentabilité sur la sécurité, ce qui n'est pas forcément le cas, voire l'est rarement...

J'ai vu cela ... il y a toujours des arrivistes qui pensent ainsi "plaire" aux instances supérieures.

Citer
Une autre encore à propos de la difficulté de définir ce qui serait un niveau raisonnable de sécurité...

Non, c'est facile ... dès le moment où une industrie se concerte pour édicter des normes de sécurité et des bonnes pratiques, on voit rapidement si elles sont suffisantes ou s'il faut les faire évoluer. Quant à savoir si on n'en fait pas trop, c'est facile aussi :  on compile les cas d'incidents ou de presque-accidents et on sait ...

Citation de: Karto
Ces financiers ont pris l'habitude depuis un moment de ne pas trop devoir se préoccuper de sécurité, confiants dans la décentralisation des responsabilités et le garde-fou imposé par les hommes de terrain.

Là, c'est une "déviance" classique ... C'est pourquoi, dans les livres, on parle maintenant de "Quality management", ce qui force l'implication des plus hautes instances, notemment celles qui détiennent le pouvoir financier, dans le controle de la qualité et dans l'allocation des budgets.

En aviation, la personne qui a le pouvoir d'allouer les budgets est désignée comme "accountable manager". Les procédures de remontée d'information ne lui laissent pas beaucoup d'échappatoires au niveau de son "accountability". Pourvu évidemment que les instances intermédiaires jouent le jeu.

Citer
Alors ils ne se privent pas pour filer de grosses primes aux company-men qui réduisent les frais de fonctionnement. La contamination par le haut atteint donc parfois le sommet de la hiérarchie à bord, et ça c'est clairement un échelon de trop.

Cela s'est passé ainsi chez nous, dans une compagnie (Sobelair) filiale de la Sabena ...

Les commandants recevaient une prime pour tricher sur les temps de vol et ne pas être trop regardants sur les consignes de sécurité. Pour en arriver là, il y avait toute une stratégie à mettre en oeuvre, déjà au niveau des critères de recrutement ... Tout a fini par se savoir, par être dénoncé aux autorités judiciaires.
Jean-Pierre Ghosez Tout est vrai. Il y a eu des peines de prison.

Aujourd'hui, dans le domaine de l'aviation, on a de belles règles ... mais, pour les faire appliquer, on sélectionne des personnes au minimum des critères légaux, et des personnalités "faibles" plutôt que des personnalités fortes ... Ceci explique en partie quelques crash récents.

Est-il possible de faire changer les choses?
Je suis pessimiste ...

PS. Deux pistes, amha:

 - devenir PDG avec une bonne connaissance du terrain. Faut être doué, et en général passablement faux cul ...

 - ne pas hésiter à dénoncer, à traîner en justice chaque fois que l'on tient en main des preuves irréfutables ... Faut du courage, faut être conscient des risques courus, des pressions énormes que l'on va subir. Faut être vachement adroit aussi si on ne veut pas se trouver exclu d'une profession.

« Modifié: 28 mars 2012 à 14:57:06 par Bison »
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

28 mars 2012 à 14:51:47
Réponse #6

Lily



Seulement voilà, le pétrole est une ressource qui se raréfie. Les débits extraits sont directement proportionnels aux investissements dans l'exploration et les nouvelles technologies. Les réservoirs qu'on trouve sont petits. Des gisements réellement intéressants ont été découverts ces dernières années dans des zones sous monopole d'entreprises nationalisées, comme le Vénézuéla ou le Brésil. Petrobras a la vie facile maintenant, et ces choses poussent les multinationales dans leurs retranchements. Combine ça avec les crises économiques à répétition, et tu as au moins deux bonnes raisons pour donner plus de pouvoir aux hommes d'argent.


Je n'ai pas d'expertise spécifique sur le sujet dont tu parles. Simplement, par quelques infos persos, et sans rien enlever à la validité de ton raisonnement, il me semble qu'on ne peut pas considérer que la raréfaction du pétrole puisse expliquer que les normes de sécurité baissent. En fait, depuis les années 1990, les ressources de pétrole estimées dans le monde ont été multipliées par 3 (c'est de tête, mes notes, dont les sources sont très sûres, sont à la maison). Certes le pétrole est plus complexe à extraire (deep off-shore, etc.) mais l'évolution des techniques rend accessibles des ressources jusqu'ici laissées à l'écart. Par ailleurs, il y a des champs en Asie centrale et en Afrique où je doute que les entreprises nationales soient de réelles entraves à l'activité. Le pétrole a encore de très beaux et très longs jours devant lui. Ce qui rend la baisse des questions de sécurité plus complexe et encore plus inacceptable.
If you think you are too small to make a difference, try sleeping with a mosquito

28 mars 2012 à 15:02:37
Réponse #7

jc33


Bonjour,
je ne jette pas la pierre à Total qui a tenté un forage en conditions extrêmes ( 5 kms de profondeur, 190°celsius et une pression d'une tonne sur une surface equivalente à un ongle). donc avant de dire que ce sont des incapables qui ne savent pas faire un forage lambda......
"il y a ceux qui vivent leurs rêves,...et ceux qui rêvent leur vie..."

28 mars 2012 à 15:20:23
Réponse #8

Bomby


Bonjour,
je ne jette pas la pierre à Total qui a tenté un forage en conditions extrêmes ( 5 kms de profondeur, 190°celsius et une pression d'une tonne sur une surface equivalente à un ongle). donc avant de dire que ce sont des incapables qui ne savent pas faire un forage lambda......

Personne ici n'a dit qu'il s'agissait, à un stade ou à un autre, d'incapables ne sachant pas faire un forage lambda...

Et ce n'est pas parce qu'une tâche est extrêmement difficile que celui qui créerait une catastrophe en essayant de l'accomplir serait déchargé de sa responsabilité.

Dans certains cas, il peut être préférable de s'abstenir, tout simplement.

Le sujet lancé dans ce fil est celui de la déperdition d'un niveau de sécurité industriel pourtant très élevé et historiquement acquis. Le reproche fait par Karto à Total est de ne pas avoir suffisamment mis la pression sur ses sous-traitants en matière de sécurité, notamment au regard des pressions qui ont pu s'exercer par ailleurs au plan financier.

Merci de rester dans le sujet.


Cordialement,

Bomby

28 mars 2012 à 15:43:20
Réponse #9

Bomby



(...)

L'effet pervers de ceci a été une déresponsabilisation des acteurs non-opérationnels. Le mot d'ordre est devenu : "faites ceci, faites cela, et puis si ça ne vous plaît pas vous n'avez qu'à invoquer votre nouveau pouvoir de dire non".

Ca a bien fonctionné. Ca fonctionne toujours bien. Sans ça on aurait probablement eu plusieurs Piper Alpha et un bon lot de marées noires dans les 25 dernières années.

Seulement voilà, (...)

Ces financiers ont pris l'habitude depuis un moment de ne pas trop devoir se préoccuper de sécurité, confiants dans la décentralisation des responsabilités et le garde-fou imposé par les hommes de terrain. Mais maintenant qu'ils sont contraints de rogner dans tous les recoins pour sauver un peu de marge. Alors ils ne se privent pas pour filer de grosses primes aux company-men qui réduisent les frais de fonctionnement. La contamination par le haut atteint donc parfois le sommet de la hiérarchie à bord, et ça c'est clairement un échelon de trop. La plupart des company-men et offshore installation managers sont de vrais bons, compétents, responsables et éthiques. Mais le système atteint ainsi un point où il peut dépendre de l'éthique d'une ou deux personnes en particulier, quand peu de gens ont connaissance des données techniques précises (cas du contrôle de blow-out) et que leur porte-feuille personnel peut avoir un intérêt à ce qu'ils prennent des raccourcis. Même si la sécurité reste le premier enjeu, ils ont maintenant la tentation de tâter le terrain sans forcément le bétonner, parce que si tout se passe bien (donc dans la plupart des cas) c'est tout bénef pour eux.
(...)


Citation de: Bison
Les commandants recevaient une prime pour tricher sur les temps de vol et ne pas être trop regardants sur les consignes de sécurité. Pour en arriver là, il y avait toute une stratégie à mettre en oeuvre, déjà au niveau des critères de recrutement ... Tout a fini par se savoir, par être dénoncé aux autorités judiciaires.
(...)
Aujourd'hui, dans le domaine de l'aviation, on a de belles règles ... mais, pour les faire appliquer, on sélectionne des personnes au minimum des critères légaux, et des personnalités "faibles" plutôt que des personnalités fortes ... Ceci explique en partie quelques crash récents.

A vous lire tous les deux, je retire l'impression que le point critique est l'ultime chef "on board", autrement dit l'autorité supérieure qui se trouve être le responsable opérationnel sur le terrain de l'exploitation ou activité à risque.

Et que ce maillon critique de la chaîne de sécurité doit faire l'objet d'un recrutement adéquat (personnalité forte et responsable) et ne pas voir son jugement biaisé par un système de rémunération inadéquat (ici apparemment un intéressement personnel au "cost-killing" et sans pondération par d'autres critères qualitatifs ou sécuritaires...).

C'est intéressant car ça permet d'une part à mon avis d'identifier relativement le maillon le plus sensible, dont le "casting" devrait être particulièrement soigné.

Et d'autre part, on retrouve une fois de plus les effets pervers des systèmes d'intéressement personnalisés sur des résultats à court-terme, qui ont pratiquement toujours comme incidence immédiate de dé-corréler les intérêts  des responsables concernés de l'intérêt collectif de l'entreprise et de la communauté qu'elle constitue...

Il peut être très utile de s'intéresser aux systèmes de rémunération de ses partenaires, prestataires, sous-traitants, etc, en plus de s'intéresser à ceux de sa propre entreprise, et de ne pas chercher à répéter toujours ce schéma absurde et à mon avis globalement contre-productif de motivation par un intéressement spécifique à court-terme.

Cordialement,

Bomby

28 mars 2012 à 15:50:49
Réponse #10

Karto


En coup de vent, mais je ne peux pas m'empêcher :

@jc33, je déteste qu'on me fasse dire ce que je n'ai jamais dit. Je ne vois pas où j'ai parlé d'incapables et de forages lambda, tu hallucines grave !  :glare: Ensuite, oui, Elgin est un champ HPHT. Et alors ? Ses paramètres sont bien connus, il est exploité depuis 1995. Il n'y a aucune excuse à ne pas pouvoir anticiper correctement les mesures de contrôle. Remarque que 5 km de TVD est une profondeur importante mais pas extraordinaire en Mer du Nord. C'est pas le Texas ! J'ai personnellement envoyé des sondes à cette profondeur, c'est la routine. Là où ça devient fastidieux, c'est sur un forage très dévié, où on peut aller au delà de dix km de distance en poussant avec le train de forage.

@Lily : absolument. J'ai mal tourné ma phrase, tu as raison. Le pétrole n'est pas une denrée rare. C'est une denrée qui devient de plus en plus chère à exploiter, parce que plus fragmenté, plus difficile d'accès. On recommence à vouloir sucer les restes de réservoirs qu'on croyait abandonnés depuis longtemps, parce que les nouveaux prix les permettent... Voilà, tourné comme ça on retombe sur nos pattes. Pour le reste tu as raison aussi. Le problème est grand et complexe. C'est pour ça que j'ai bien insisté pour dire que ma vision est partielle. Je n'ai pas toutes les pièces du puzzle. Par contre celles que j'ai ne sont pas basées sur du flan.
« Modifié: 29 mars 2012 à 14:20:00 par Karto »

 


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