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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Pierre Schoendoerffer nous à quitté  (Lu 3104 fois)

14 mars 2012 à 12:15:23
Lu 3104 fois

Moleson


Hommage à un grand cinéaste qui nous à laissé la 317ème section, le crabe tambour et Dien Bien Phu.

Un portrait de cet homme et un texte sur le tournage de Dien Bien Phu.

Citer

Vous avez tourné ce film au Vietnam. Cela a-t-il été facile pour vous ?


Tout au début, j'étais un peu réticent de retourner au Vietnam, pour les raisons que vous pouvez imaginer. Quand les Vietnamiens ont donné leur accord à Jacques KIRSNER, le producteur, en 1989, pour le tournage chez eux, dans le Nord, j'ai pensé que c'était une main qu'ils nous tendaient, 35 ans après l'adieu déchirant de la bataille. Et j'ai décidé de prendre et de serrer cette main. C'est sans doute une des meilleures choses que j'ai faites dans ma vie. J'aime le Vietnam et j'aime particulièrement le Nord, le Tonkin, comme nous disions alors. C'est le pays où je suis devenu adulte, le pays de ma deuxième naissance si je peux dire. Je suis Tonkinois, comme je suis Alsacien. J'aime viscéralement cette terre, ces nuages de mousson, cette pluie et ce soleil, le vent, l'odeur, la rizière et la jungle ; j'aime le peuple Tonkinois grave et rieur, à la vie intérieure si riche et si intense. Je suis là-bas chez moi. Je ne revendique rien, mais je sais que je suis chez moi. Je le leur ai dit en arrivant. "Votre sol a reçu un peu de ma sueur, un peu de mes larmes, un peu de mon sang, j'ai éprouvé chez vous mes premiers émois amoureux. Je me sens chez moi !" Ils ont très bien compris ce que je voulais dire. Le fait d'accepter de tourner ce film au Vietnam avec les Vietnamiens donnait soudain une gravité supplémentaire à notre projet. J'ai eu le besoin de mettre les choses au point avec eux. Je leur ai dit :"Si je fais ce film ici, avec vous, ce n'est pas pour raviver de vieux ressentiments, de vieilles aigreurs, de vieilles amertumes. Je veux tourner avec vous une page d'un passé commun douloureux, et contribuer à renouer des relations chaleureuses avec vous". Tournant ce film là-bas, au Tonkin, j'ai eu en permanence le sentiment que j'avais trois missions à remplir. D'abord faire un grand spectacle, un divertissement dans le sens pascalien du mot, c'est ma responsabilité professionnelle, c'est mon métier ; ma première préoccupation ! Ensuite, rendre un juste tribut à mes camarades morts dans cette bataille, à tous ces hommes qui ont achevé la formation de mon caractère, de mes convictions ; de renvoyer l'écho de tout ce que j'avais reçu d'eux. Je suis un survivant, je suis donc débiteur. Enfin, cela n'était pas la moindre de mes responsabilités, j'ai senti immédiatement que j'avais un devoir d'espérance vis-à-vis des Vietnamiens. Je me devais de dire ce que je crois être la vérité, je me devais aussi de ne pas offenser l'avenir. Comme vous le voyez, le tournage de ce film était une affaire d'amour. Je pense aussi que la bataille, étrangement; était une affaire d'amour. La collaboration avec les Vietnamiens, avec mes anciens adversaires, a été une expérience bouleversante, pour eux comme pour moi, pour nous. Ce fut une des plus nobles aventures humaines qu'il m'ait été donné de vivre. Vietnamiens, "Vietminh", et Français, main dans la main, refaisant ensemble cette bataille, fut un évènement unique, exceptionnel, historique, je pense. C'est à l'honneur de nos deux nations. Un soir, le 7 mai 1991, le directeur du cinéma vietnamien (ancien cameraman à Dien Bien Phu du côté Vietminh) m'a pris par le bras et m'a dit :"Je me demande ce que pourraient éprouver les hommes qui sont toujours là-bas, les morts, mes camarades et vos camarades, de ce que nous faisons aujourd'hui?..." Et, après un silence, il a ajouté :"Je crois qu'ils doivent être heureux". Cet homme a dit la vérité.Je crois, je pense, je souhaite, j'espère qu'il a dit la vérité. Ce soir-là, le 7 mai 1991, jour anniversaire de la chute de Dien Bien Phu, sur notre champ de bataille reconstruit pour le film, j'ai eu le sentiment qu'il avait dit la vérité. Dans peu de temps, je vais retourner à Hanoï, avec le film sous le bras pour le leur présenter, comme je leur avais promis. Je pense aux derniers mots de la Hire, le compagnon de Jeanne d'Arc, à son confesseur :"J'ai fait tout ce qu'un soldat a l'habitude de faire. Pour le reste, j'ai fait ce que j'ai pu". Je dirai à ces amis vietnamiens qui ont travaillé avec moi :"J'ai fait tout ce qu'un cinéaste a l'habitude de faire. Pour le reste, j'ai fait ce que j'ai pu".

http://www.youtube.com/watch?v=I7fi-stlYtc&feature=player_embedded

Moléson

14 mars 2012 à 12:55:37
Réponse #1

C.E.F.T.- 974


"Le Crabe-Tambour" est un de mes films fétiches et un Mythe pour beaucoup de Marins.
Je rejoins cet Hommage à Pierre Schoendoerffer, Grand Reporter et Grand Cinéaste à la fois.

14 mars 2012 à 13:43:54
Réponse #2

Arvernos


Sur la même longueur d'ondes que vous deux. Avec une mention spéciale pour le Crabe-tambour, et ses scènes de navigation dans l'Atlantique Nord, que j'ai eu la "chance" de fréquenter professionnellement sur le pont d'un bateau. À des lustres de notre confort terrien moderne, c'est une vie un peu hors-normes, dont Schoendorfer avait su retranscrire à l'écran quelques moments forts. Bien aidé par des comédiens hors pair.

Un grand bonhomme, un sacré parcours, des amitiés fidèles, un sens de l'honneur tenace ...
Et pour son oeuvre de cinéaste, peu de films, mais quels contenus !

"Je suis un survivant, je suis donc débiteur" ... No comment.
« Modifié: 14 mars 2012 à 13:49:22 par Arvernos »
Se mettre en évidence est à la portée du premier venu. Mais il faut beaucoup de talent pour passer inaperçu.
                                            Robert Heinlein, Double Etoile

Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait.
                                                                 François de La Rochefoucauld

Quand on n'a aucune chance... alors il faut la saisir !

14 mars 2012 à 14:03:20
Réponse #3

Bison


Quelle leçon d'humanité dans ce texte.

Moi aussi, je touve cela tellement juste :
"Je suis un survivant, je suis donc débiteur"
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

14 mars 2012 à 18:55:46
Réponse #4

gmaz87


J'ai toujours aimé ses films, tous, avec une mention particulière pour la 317ème section, un quasi film documentaire avec de grands acteurs, tant Perrin que Cremer et une ambiance inégalée.
Grand bonhomme Schoendoerffer.
Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait.»
(Lao Tseu)

L'ennui naquit un jour de l'uniformité

14 mars 2012 à 19:47:55
Réponse #5

Kilbith


Pas plus tard qu'hier, je conseillais à un universitaire américain de consulter la 317ème section pour comprendre L'Indochine et la suite.  :(

RIP
« Modifié: 14 mars 2012 à 20:00:56 par Kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

14 mars 2012 à 21:41:34
Réponse #6

Nathan-Brithless


mon favoris à moi:L'honneur d'un capitaine...un film rare!
L'eau se referme derriere le poisson qui avance

15 mars 2012 à 02:00:46
Réponse #7

** Serge **


Il y a un moment pour tout. Un temps pour enfanter, et un temps pour mourir. Un temps pour planter, et un temps pour arracher les plants. Un temps pour tuer, et un temps pour guérir. Un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour gémir, un temps pour lancer des pierres, et un temps pour en ramasser. Un temps pour aimer et un temps pour haïr. Un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

Willsdorf - le Crabe-Tambour  

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/03/14/pierre-schoendoerffer-un-survivant-de-l-histoire_1667727_3476.html

French documentarian Pierre Schoendorffer served as a combat soldier in Vietnam in the 1950s during France's quagmire. In the fall of 1966, he returned with a cameraman and spent six weeks with an American infantry platoon. This film, which won a 1968 Best Foreign Documentary Oscar, is stark and riveting. Commanded by a West Point graduate, Lieutenant Joseph Anderson, the 33-man platoon Schoendorffer traveled with was a cross-section of America. Perhaps as the film was shot relatively early in the war, the soldiers still seem motivated and even naive, though it seems to be dawning on everyone that their task may well be hopeless. Exhausting patrols to hunt the Viet Cong turn up nothing but deserted camps, and at one point when the platoon is taking heavy gunfire, you can hear an American yelling that he can't tell where the shooting is coming from. Schoendorffer refrains from making any political statements and offers only the most minimal narration to the black-and-white footage, none of which appears to have been staged for the camera. When the body of a young soldier killed in an ambush is loaded aboard a helicopter, the pain of the scene is palpable. At one point the platoon is shown getting a detailed briefing on a mission, only to have the plans abruptly change and the helicopters drop them into a battle where they have virtually no idea what their role is supposed to be. The Anderson Platoon doesn't tell you, it shows you, and this remarkable film resonates deeply. --Robert J. McNamara

http://www.youtube.com/watch?v=sBDup8z87zw&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=gSl0yjhPm8c&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=4vV3ZW0JmGw&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=vbm0pOS7FTQ&feature=related



Que sait-on des morts, si ce n'est qu'un jour on leur ressemblera ?
Là-haut, un roi au-dessus des nuages - Pierre Schoendoerffer

« Modifié: 15 mars 2012 à 02:16:02 par ** Serge ** »
"The quality of your life is a direct reflection of the quality of your communication with yourself and others." - Anthony Robbins
http://jahozafat.com/0029585851/MP3S/Movies/Pulp_Fiction/dicks.mp3
"Communications without intelligence is noise; Intelligence without communications is irrelevant." ~ Gen. Alfred. M. Gray, USMC

15 mars 2012 à 15:32:34
Réponse #8

furyans


Très beau texte....un grand monsieur
"dis moi de quoi tu as besoin..........je te dirai comment t'en passer."

15 mars 2012 à 18:26:46
Réponse #9

dremmwel


On me reproche toujours de parler d’honneur. Qu’est-ce que ça veut dire : l’honneur ? On ne sait peut-être pas ce que c’est, mais le déshonneur, tout le monde connaît, même le voyou sait quand il s’est déshonoré. On parle de justice. Qu’est-ce que la justice ? Une quête. On la cherche, on ne la trouve peut-être pas, mais on sait très bien ce qu’est l’injustice, en tout cas on la ressent. Le courage ? Ce n’est pas d’être soldat, de tirer sur quelqu’un et de se faire tirer dessus. Là aussi c’est quelque chose de…, mais la lâcheté, on sait très bien ce que c’est ! On sait toujours très bien ce qu’est la valeur, par son contraire !

Pierre Schoendoerffer


 :'(



15 mars 2012 à 18:40:16
Réponse #10

bpc


si vous aimez ses films, n'oubliez pas que c'est aussi un excellent écrivain.

par exemple, le livre la "317 section" est aussi intéréssant en livre.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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