Je trouve que tu regroupes bcp de notions différentes sous le mot « évitement ».
Pour moi la définition est relativement "simple": l'évitement, c'est l'art de ne pas se trouver à l'endroit ou ça craint.
C'est un truc qui se joue uniquement entre toi et toi: ta connaissance du lieu, des moeurs, éventuellement des personnes présentes, ton analyse de la situation et les solutions que tu mets en place.
Dès qu'une personne extérieure rentre en jeu, on est plus pour moi dans l'évitement, mais dans la désescalade (si la situation est déjà chaude) ou dans la gestion des contacts "inconnus" (pour reprendre l'expression "Managing unknown contacts" de S'Narc).
Ce qui est une démarche très différente...
Si on parle d'évitement selon "ma" définition, c'est en effet quelque chose que je prône "par défaut".
Si la situation le permet (et on pourrait imaginer une foule de contextes qui ne le permettent pas) je pense qu'il est toujours plus sage de se tenir loin des emmerdes plausibles, possibles ou probables.
Est-ce que c’est la peur qui guide cette décision ?
Peut-être, surement même d’une certaine façon… entre la peur de se faire démonter (avec les répercussions physiques, morales et sociales) et la peur de blesser ou tuer l’adversaire, ‘faut reconnaitre qu’il y a des raisons.
Pour ce qui est de la désescalade, là les choses sont beaucoup moins tranchées…
Ce qui peut très bien marcher le jour A, peut se révéler désastreux le jour B et inversément.
Un des problèmes que j’ai avec la désescalade, c’est que dans la tête des gens, ça se résume à faire la moule devant son agresseur en espérant que celui-ci va se calmer.
Ca suppose une sorte de passivité qui me dérange profondément, raison pour laquelle je déteste l’expression « passive stance ».
Pour moi cette phase est tout sauf « passive », elle me sert justement à prendre le contrôle de la situation, via ma communication et mon placement.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire si on voit la scène de l’extérieur, je ne « subit » pas l’action de l’autre, j’utilise le placement et la com’ pour l’amener dans la direction qui m’intéresse.
L’autre « légende urbaine » qui m’énerve à propos de la désescalade : il ne s’agit pas forcément d’être « gentil » ou « arrangeant » avec son interlocuteur.
Lui faire comprendre que tu n’es pas un kebab, tout en restant poli et en évitant de lui fournir des arguments pour te les casser, c’est AUSSI de la désescalade…
Lui coller une mandale de gitan d’entrée de jeu avant même d’avoir prononcé un mot, ça pourrait aussi s’apparenter à de la désescalade.
Il ne faut pas se mentir si pour certains ce sera facile, pour d'autres, jouer la peur et être capable en réalité "d'ouvrir la cage" si besoin relève de l'acrobatie psychologique. Et pour beaucoup d'instructeurs de self, y compris réputés, avec ce type d'enseignement on ne fait que "fabriquer des victimes"...
Je te rétorquerais, par l’absurde, qu’un instructeur qui ne forme pas ses élèves à ce genre d’ « acrobatie psychologique » ne fait finalement que « fabriquer des futurs estropiés »
Soyons clair, c’est très difficile (mais personne n’a dit que c’était facile) et tout le monde n’y parviendra peut-être pas. Mais sera-t-il plus facile ou plus efficace de leur apprendre autre chose ?
Le mec (ou la nana) qui est incapable pour x raisons de désescalader ou de prendre l’initiative, tu crois vraiment qu’il/elle sera crédible si il/elle pousse une gueulante ?
Tu sais comme moi qu’il/elle se fera marraver deux fois plus pour avoir voulu « faire le malin ».
Et on en revient à l’évitement…
Sur une année que ce soit en cours ou en stage, je vois passer bcp de monde et si je prône l’évitement comme « tactique par défaut », c’est aussi parce que je sais que pour certaines personnes, en l'état de leurs connaissances, de leurs aptitudes et de leur entrainement, c’est pratiquement la seule qui leur laisse une chance.
Pour les autres, ça leur donne une chance supplémentaire de régler le problème sans avoir à perpétuer le cycle de la violence
