Bonjour, sauvages et survivants.
Je me tourne vers vous aujourd’hui pour un retour d’expérience. Cette histoire n’a rien d’exceptionnel, et je suis conscient que les réponses, s’il y en a, se trouvent déjà dans les nombreux feed back de cette section. Mais j’éprouve néanmoins le besoin de confronter ma lecture des événements à votre appréciation.
Il s’agit d’une expérience que j’ai vécue à Paris, voilà un mois.
Le contexte : une rue très fréquentée et fêtarde, Oberkampf (stupid place ?), six heures du dimanche matin. Je suis avec un pote, qui habite non loin, et nous rentrons chez lui. Nous sommes alcoolisés, mais pas euphoriques. Suffisamment néanmoins pour avoir des réflexes dégradés.
L’histoire : quand on tombe sur des individus aveuglés par une haine forcenée
Nous marchons à quelques mètres derrière deux jeunes femmes fort jolies et étrangères. Alors qu’elles passent à hauteur de deux hommes statiques sur le trottoir, ceux-ci les abordent de façon très impolies, comme savent le faire certains jeunes à l’éducation hasardeuse. Ils vont jusqu’à agripper le bras d’une d’entre elles, elles élèvent le ton, effrayées, se dégagent tandis que nous arrivons, et partent en courant. La scène n’a pas excédé 20 secondes.
Continuant ma route, je réalise que mon pote, R., n’est plus à mes côté. Je me retourne et je m’aperçois qu’il est pris à parti par les deux BG, quelques mètres plus bas. Pour l’instant, je ne m’énerve pas. Comme on dit chez moi, je dois avoir le nez bouché, car je ne sens pas le danger. Je m’approche alors du groupe, calmement, et adresse un poli « Bonsoir » à nos BG. A quoi l’un deux me répond pas des insultes, genre « toi tu fermes ta gueule, sale fils de p*te ». Classe.
Alors j’analyse la situation, autant que mes moyens me le permettent : Il s’agit de deux hommes, entre 25 et 30 ans, habillés en cailleras des villes. Le volume de leurs paroles ainsi que leurs yeux me fait dire qu’ils sont complètement arrachés. L’un deux se tient près de R., il l’engueule, R. tente de répondre calmement, mais sans succès. L’autre se tient près de moi, de sorte qu’il est proche de son pote, tandis que je n’ai pas accès au mien. Voilà qui m’incommode. Arrive alors, du trottoir d’en face, un troisième larron, qui vient se poster avec les deux autres. Espérant qu’il soit d’humeur à tempérer l’échange, je tente également de le saluer. « Toi tu me regarde même pas, sale fils de p*te ». OK. Il demande des précisions à ses compères, dont le plus énervé déclare qu’on les a insultés, qu’on est une bande de fachos, tout ça… Les BG sont d’origine arabe. R. déclarera s’être adressés à eux quant les filles se sont tirées, leur déclarant en substance que ce n’était pas exactement la meilleure manière de s’y prendre… ce qui n’était pas exactement la meilleur chose à faire, certes (nous tenons notre stupid thing).
Moi, je me tiens les bras croisés, apparemment calme, mon blouson dissimulant mon pouls à 180. Je commence à trouver cette situation tout à fait insoluble. Pas de désescalade possible. Le fait générateur de l’embrouille étant tout à fait exagéré, et nous, n’ayant pas l’occasion de nous exprimer sur le sujet. Les BG hurlant, je me vois mal parler plus fort qu’eux sans provoquer immédiatement une réaction violente de leur part. De plus, je n’ai toujours pas accès à R. Il se fait toujours insulter par le BG le plus allumé, parfois son pote le retient. il réussira tout de même à agripper R, profitant de le traiter une énième fois de raciste pour lui faire les poches. Je me demande s’il va falloir nous battre. Manque de bol, je n’ai aucune expérience de la pratique de la violence, contrairement à ceux d’en face, me dis-je. Je ne saurais identifier le moment où je dois dégainer en premier, et je ne sais pas dégainer. Je réalise alors qu’en l’absence de possibilité de désescalade, qui était ma seule marge de manoeuvre, nous subissons complètement cette agression. Nous attendons qu'ils décident de baisser d’un ton, de nous laisser partir. Ou pas.
Epilogue : Quand on a du bol
Arrivent alors deux autres hommes. Un blanc, fringué très mode, et un black, grand. Je parviens à m’adresser à eux, ils me demande c’est quoi l’embrouille. Je leur dis que j’en sais trop rien (ce qui est exact à ce moment), que c’est pas comme si on avait pu en parler. Il sont bien disposés, c’est déjà une bonne nouvelle. Ils observent la situation, et le black se met à parler. Ô, joie, deux des BG l’écoutent. Parce qu’il est grand, parce qu’il a pas une tête de blanc-bec comme nous, j’en sais rien. Mais il arrive à leur dire « vous vous trompez d’ennemis, les gars", sans que ceux-ci lui sautent à la gorge.
S’en suit alors une rapide discussion qui détourne l’attention des trois BG. Ni une ni deux, je fais signe à R. de me rejoindre, et lui proposent de pas faire de vieux os ici. Inutile de prendre part à la discussion, de vouloir se faire entendre pour repartir sur une relation apaisée, cette discussion n’est pas la nôtre. Nous, on est les racistes fils de p*te. Alors on nous tournons les talons calmement, mais assurément. Et nous éloignons sous un torrent d’insulte, notre égo sous le bras. Tout ça s’est déroulé en 10 minutes tout au plus.
Débriefing à la maison. Moi, je me rends compte que j’ai bien flippé, après coup. R. dit que c’est trop facile pour ces gars là, qu’on aurait dû parler plus fort qu’eux pour se faire un peu respecter. Je lui objecte qu’on a encore nos deux bras et nos dents, nos portefeuilles et nos iPhones respectifs. Donc qu’on a sans doute fait ce qu’il fallait. Sauf qu’on n’a rien fait du tout, à part se foutre dans la m*rde suite à une imprudence. Une m*rde qu’on savait pas gérer, que l’on a subie de A à Z, et c’est un élément extérieur qui nous à tiré de la mouise. S’il y avait possibilité de désescalade, j’ai pas trouvé la clé. Si un individu avait engagé la confrontation physique, je pense que je me serais retrouvé à terre avant d’avoir pu esquiver. J’crois que je suis un peu herbivore sur les bords.