Nos Partenaires

Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Technique de pansement sur blessure arme blanche : qu'en penser ?  (Lu 5887 fois)

18 janvier 2012 à 22:01:59
Lu 5887 fois

flocondavoine


Les spécialistes des premiers soins, urgentistes et autres chirurgiens (sans compter les oubliés) pourraient-ils développer un peu la technique visible dans la vidéo ci-dessous ?
Type(s) de blessure(s) concernée(s), pertinence, risques, avantages, mise en place tout ca tout ca.
Entre autre avec ce qu'on peux avoir sous la main, type vêtement découpé en une grande bande, chèche, écharpe etc ?

ATTENTION vidéo de blessures au couteau
http://www.youtube.com/watch?v=2z_70nCno6M&feature=player_detailpage#t=119s


ps : désolé pour les multiples modifications, j'ai effacé la seconde partie sur les plaies multiples pour conserver un minimum de lisibilité
« Modifié: 18 janvier 2012 à 22:43:47 par flocondavoine »

19 janvier 2012 à 08:49:23
Réponse #1

Nävis


Je trouve la vidéo un peu irréelle: petite musique douce, tout est propre, les gestes lents.... Et pas une seule explication! Bref, gros clignotant rouge!

Attention:
Le geste, c'est une forme de tamponnement. On sort là du domaine du secourisme classique, car on introduit quelque chose dans le corps.
Des gens formés spécifiquements, connaissant les indications et les risques peuvent avoir à le pratiquer, mais dans un cadre très strict. Exemple: les militaires US formés aux techniques du TCCC avant de partir au combat.
La blessure dans la démo est sur un muscle.
Un trou qui donne sur la cavité abdominale ou thoracique, c'est sacrément différent.

Cela ne remplace pas les gestes enseignés dans les cours de secourisme:
Pression directe sur la blessure, pansement compressif, et surélévation du membre.
C'est juste que selon les circonstances, cela peut s'avérer nécessaire.

Objectif:
Lorsqu'une blessure profonde saigne très fort, et que les circonstances ne permettent pas de pratiquer les gestes classiques de secourisme, il peut être nécessaire de comprimer une gaze (idéalement avec un produit chimique favorisant une coagulation rapide) sur le point d'origine du saignement. Ce qui veut dire aller sur le/s vaisseau/x lésé/s, pas juste de remplir le trou... . Et de comprimer la gaze sur ce point (pas de replier tout tranquillement la bande de gaze en douceur....). La pression doit être conservé à chaque fois que l'on replie la bande, avec un mouvement de torsion (la bande repliée à plat, c'est pas idéal). Puis il faut maintenir la pression le temps nécessaire (= longtemps...!). Si la gaze n'est pas comprimée, elle va juste se gorger de sang, sans trop d'utilité.
Ce geste, s'il est bien fait, est stressant voir douloureux pour le/s doigt/s du secouriste. Je vous laisse imaginer pour le blessé.

>> C'est un peu comme si on proposait au corps un noyau pour pouvoir fabriquer un super caillot! Temporaire... après c'est l'hosto!


Tu poses la question d'un tissu de remplacement. Il faut quelques chose qui puisse se comprimer très fort, tout en permettant de former un maillage avec le sang. La plupart des tissus ne joueront pas bien ce rôle. Et introduire un tissu pas forcément très propre... faut vraiment que les circonstances le justifie.

(réponse rapidos en attendant les avis des vrais professionnels, ...suit en retard maintenant!)

19 janvier 2012 à 09:26:02
Réponse #2

captainEB


Bonjour,
je suis secouriste actif à la protec et je suis intervenu plusieurs fois sur des blessures par couteau.
Je vous raconte les deux dernières inter:
1°) bagarre au couteau à l'entrée des Solidays blessure dans les 6cm de large qui saignait abondamment sur la main : compression directe + pansement compressif+ bilan + evac
2°) bagarre au couteau dans un foyer du 19éme: blessure dans les 1 cm de large mais qui semblait assez profonde à l'épaule, quand on est arrivés le saignement avait cessé, la personne avait perdu la sensibilité dans la main et la motricité était réduite: nettoyage de la plaie, léger pansement non occlusif, bilan+ evac.

Personnellement je trouve cette vidéo dangereuse car on introduit un corps étranger dans la plaie avec tous les risques qui vont avec et en particulier l'infection.
A+
EB

19 janvier 2012 à 11:44:22
Réponse #3

cubitus


Mouais...

J'adore l'ambiance "new age" ... bien décalée quand même, non ???

Bon alors dans le désordre :
- pour le côté douloureux de la chose, revoir "inglorious basterds", la scène ou Brad Pitt met son doigt dans le trou de balle de la blonde sexy ( le vrai trou de balle, bande de cochons... ). Imaginez vous faire ça à quelqu'un ???
- de l'utilité de la chose : j'ai jamais appris à faire ça en urgence sur une plaie hémorragique. Je suppose que sur certains types de plaie très précis, ça peut se justifier, mais on sort du domaine du secourisme grand public. Pour un mili pourquoi pas. Il y a quand même plein de choses à faire avant ça.
- bricolage sur le terrain : à mon avis beaucoup plus de risques, notamment septique, à faire ça avec un bout de tissu non stérile, plutôt qu'à essayer de faire un bon pansement compressif classique.

Dernière chose : ça sert à quoi le flacon de sang au premier plan, s'il ne s'en sert pas ? Parce qu'un trou comme ça, ça saigne. Et mettre la gaze tranquillement alors que ça gicle à gros bouillon, je pense qu'il serait moins zen...  :lol:
Donc selon moi, pas vraiment d'intérêt.
La seule chose qui ne change jamais, c'est que tout change tout le temps.
Proverbe chinois

19 janvier 2012 à 12:01:19
Réponse #4

kovaks


Mouais...

J'adore l'ambiance "new age" ... bien décalée quand même, non ???

[...]

Parce qu'un trou comme ça, ça saigne. Et mettre la gaze tranquillement alors que ça gicle à gros bouillon, je pense qu'il serait moins zen...  :lol:
Donc selon moi, pas vraiment d'intérêt.


Les médecins urgentistes ont-ils fait leur faculté sur des cas concrets? Avec un vrai type qui se tord de douleur, qui gicle et qui hurle? Je ne pense pas. C'est à but pédagogique, même si la musique lancinante est assez décalée.
Quand on apprend à conduire, on commence sur un parking. Pas sur le périph. A nager, en piscine. Pas au raz de Sein.
J'ai eu vu un infirmier militaire "opérationnel" se trimballer des Tampax dans la trousse de secours. Je pense que le but était le même que celui du pansement cité plus haut. Évidemment, y'a surement mieux. Mais dans les cas pourris... ça doit être la moins pire des solutions je suppose.


19 janvier 2012 à 12:22:09
Réponse #5

captainEB


on sort du domaine du secourisme grand public. Pour un mili pourquoi pas.
@cubitus et Nävis, pourriez-vous nous expliquer en quoi cette technique serait bonne pour un mili alors quelle ne l'est pas pour un non mili?

Citer
parce qu'un trou comme ça, ça saigne. Et mettre la gaze tranquillement alors que ça gicle à gros bouillon, je pense qu'il serait moins zen...

Justement j'ai déjà vu des blessures par armes blanches assez profondes qui ne saignent plus le temps que les secours arrivent, à moins de sectionner une artère il n'y a pas de raison pour que ça gicle à gros bouillons...

Citer
J'ai eu vu un infirmier militaire "opérationnel" se trimballer des Tampax dans la trousse de secours.
A propos du Tampax à introduire dans la plaie, c'est vrai que certains en parlent sur le forum ou pendant les stages, et donc j'ai posé la question à un "ponte" du secourisme à la protec, et à un médecin urgentiste du SAMU. Réponse sans appel: geste inefficace, et dangereux.
S'il y a de médecins militaires sur le forum je serai intéressé pour avoir leur avis car dans le civil personne connaît.
En tout cas pour moi le Tampax dans un EDC c'est super pour ces dames, c'est bien pour allumer un feu ou pour filtrer de l'eau mais je ne m'amuserai pas à introduire ça dans une plaie...

19 janvier 2012 à 12:26:39
Réponse #6

Lio


A l'instruction TCCC, c'est enseigné pour les hémorragies se situant là où un CAT ou un compressif sont impossible, à l'aine par exemple.

Lio ;)
C'est l'histoire d'un homme qui tombe d'un immeuble de 50 étages.
Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer:" jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien"
Mais l'important c'est pas la chute, c'est l'atterrissage. (La Haine)

19 janvier 2012 à 13:27:25
Réponse #7

kovaks


A propos du Tampax à introduire dans la plaie, c'est vrai que certains en parlent sur le forum ou pendant les stages, et donc j'ai posé la question à un "ponte" du secourisme à la protec, et à un médecin urgentiste du SAMU. Réponse sans appel: geste inefficace, et dangereux.
A priori c'est réservé aux cas "qui puent", autant pour le soigneur que pour le soigné. La donne n'est pas la même je pense. Le type dont je parle sais ce qu'il fait, j'en suis persuadé. Si c'est ça ou perdre le type et/ou le copain qui le soigne... Mais on est d'accord, c'est pas pour tout le monde. Maintenant je m'imagine seul, avec un gros trou quelconque, j'utiliserais le truc du Tampax sans hésiter, si c'est ça ou crever. Crever avec une blessure propre, ça me ferait une belle jambe, tiens. ;#

A l'instruction TCCC
C'est dans ce genre de formation que l'infirmier dont je parle plus haut montrait le coup du Tampax. ça confirme que c'est à utiliser dans un contexte particulier.

19 janvier 2012 à 13:40:57
Réponse #8

cubitus


Les médecins urgentistes ont-ils fait leur faculté sur des cas concrets? Avec un vrai type qui se tord de douleur, qui gicle et qui hurle? Je ne pense pas. C'est à but pédagogique, même si la musique lancinante est assez décalée.
Quand on apprend à conduire, on commence sur un parking. Pas sur le périph. A nager, en piscine. Pas au raz de Sein.
J'ai eu vu un infirmier militaire "opérationnel" se trimballer des Tampax dans la trousse de secours. Je pense que le but était le même que celui du pansement cité plus haut. Évidemment, y'a surement mieux. Mais dans les cas pourris... ça doit être la moins pire des solutions je suppose.



Un urgentiste formé uniquement sur les bancs de la fac, dans une ambiance feutrée ??? J'aimerais pas être soigné par un mec comme ça...
Pour apprendre à nager il faut se mettre à l'eau. Répéter les mouvements au sec, c'est moyen. Là le gars fait le mouvement au sec. C'est mon point de vue, c'est comme ça que j'envisage la formation. Un minimum de réaliste.
On peut aussi apprendre la self défense dans les livres ou sur youtube.

Effectivement la plupart du temps le saignement est arrêté le temps que les secours arrivent. Les blessures par balles sont rares en France. Elles peuvent répondre à ce type de pansement... De là à privilégier ça plutôt qu'un compressif...  :glare:
La seule chose qui ne change jamais, c'est que tout change tout le temps.
Proverbe chinois

26 janvier 2012 à 00:02:15
Réponse #9

fry


Salut,

L’intérêt de la méthode de la vidéo ( et de ses cousins et cousines, y compris le tampon longuement débattu au dessus ) est très discutable d'un point de vue purement théorique ( je parle de discussions entre professionnels formés ). D'un point de vue pratique, au niveau des premiers secours, en France, il est clair que ça n'a pas grand intérêt.

Les plaies par arme blanche ne sont pas si fréquemment que ça des cataclysme hémorragiques ( et quand elles le sont, un tampon fera rarement la différence ). En premier lieu, les méthodes classiques d'interruption de saignement sont généralement efficaces. Compression directe, pansement compressif etc...
En cas d'hémorragie tenace résistante à la compression, on peut tout simplement avoir recours au garrot. Oui, ce geste n'est pas tout le temps bon à jeter même si on fait beaucoup de prévention contre son usage abusif, les retours de la guerre en Irak nous ont appris que le garrot était en situation de combat ( qui s'applique aussi à une situation civile avec une attente longue des secours ou un délai prévisible long avant le transport à l’hôpital ) un bon moyen de dernier recours. Sa capacité à stopper l'hémorragie est excellente, et ça permet de retarder suffisamment le délai pour que les soins spécialisés / le transport se mettent en route derrière.

Le bourrage d'une plaie traumatique par divers matériels ( notamment un tampon, manquant cruellement d’asepsie et qui va permettre une inoculation profonde de germes ) n'est pas forcément une bonne idée, a fortiori dans les traumatismes thoraciques ( plaies potentiellement soufflantes ). Pour ce qui est des autres localisations:

Citer
A l'instruction TCCC, c'est enseigné pour les hémorragies se situant là où un CAT ou un compressif sont impossible, à l'aine par exemple

Une aine est tout à fait comprimable, même si c'est une situation d'attente peu confortable...


Pour rappel, les pansements hémostatiques ( poudre ou compresse ) sont toujours en cours d'évaluation dans le domaine militaire en France, et ne sont pas utilisés en pratique civile.

Enfin derniers rappels:
- Ne retirez jamais une arme blanche toujours plantée dans son point d'entrée, ne la triturez pas non plus.
- Appelez le 15 tout de suite. Quelque soient vos mesures d'attente, c'est l'intervention du SMUR puis le transfert en chirurgie qui vous sauvera en cas d'hémorragie grave... d'autant que lorsqu'elles sont effectivement grave, ce sont très souvent des hémorragies internes, et là tous les garrots et tampons / poudres hémostatiques du monde ne pourront pas grand chose pour vous.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


Soutenez le Forum

Les dons se font sur une base totalement libre. Les infos du forum sont, ont toujours été, et resteront toujours accessibles gratuitement.
Discussion relative au financement du forum ici.


Publicité

// // //