Cette histoire m'a surpris. Jusqu'au dernier moment je pensais qu'on allait les ramener vivants. Voici comment ça aurait dû se passer, en faisant un tout petit peu de science-fiction:
Les alpinistes ont signalé leur planning et leur itinéraire. Ils ne sont pas redescendus à l'heure convenue, et leur téléphone est hors couverture. On déclenche le plan de secours.
La météo est trop mauvaise pour envoyer un hélico ou une cordée de secours. On envoie un drone équipé d'une station de base GSM au dessus des nuages. On établit le contact, on obtient leur position, on planifie les communications ultérieures pour économiser la batterie.
Deux jours plus tard, la météo est toujours trop mauvaise. On expédie une cargaison de propane, d'oxygène et de vivres sur les coordonnées GPS, en utilisant les mêmes technologies qui permettent aux militaires de balancer des dizaines de kilos d'explosifs sur des cibles à quelques mètres près (donc en gros une bombe guidée avec en plus un parachute, des fumigènes et des fusées éclairantes à l'atterrissage).
Les alpinistes ont de quoi tenir plusieurs jours de plus. Ils reprennent des forces et redescendent dès que la météo le permet. Si risque d'avalanche, on envoie l'hélico.
Pourquoi ne sait-on pas faire ça en France, en 2011, sur un massif très touristique ? Question de moyens financiers ? D'autres pays font-ils mieux que nous en matière de secours en montagne ?
Bonjour,
Je préfère créer un nouveau fil plutôt que répondre sur le fil initial qui, me semble-t-il, est plus consacré à manifester notre soutient moral.
Je ne sais pas si les moyens techniques que tu proposes existent. Mais on peut penser que les militaires ont certains de ces moyens (genre Bombe Guidés Laser, missile de croisières, drones, désignateur lasers...) que l'on pourrait peut être adapter au sauvetage.
AMHA, ce ne serait pas simple car nombres de ces techniques ne sont pas, dans la réalité, aussi précises que ce que l'on voudrait leur faire croire. De même, les conditions de haute montagne (froid, altitude, vent violent, effet venturi, épaisseur de neige variable, brouillard...) sont de nature à rendre imprécis ce qui est précis en zone désertique plate et sans nuages.
Je me souviens de mes premiers essais de GPS en montagne (dans les années 90). A cette époque le signal GPS (dont la mise à disposition du monde entier est, n'oublions pas, une largesse des militaires américains payé par le seul contribuable US) était "brouillé" pour les civils et précis à+/- une centaine de mètre : totalement "useless" en montagne, particulièrement prêt de la crête (j'ai donné ce GPS). Depuis la précision, comme le signale Bison, a vraiment fait des progrès tant que les militaires US ne changent pas d'avis. Mais 10m en montagne c'est la différence entre l'Italie et la France sur une ligne de crête.
Mon propos n'est pas là. Je voudrais répondre à la question précise :
Pourquoi ne sait-on pas faire ça en France, en 2011, sur un massif très touristique ? Question de moyens financiers ? D'autres pays font-ils mieux que nous en matière de secours en montagne ?
A moins que tu ne sois Belge, il me semble que la question est mal posée. Sous réserve des problèmes techniques exposés ci-dessus, il faudrait plutôt demander :
Pourquoi ne PEUT-on pas faire ça en France, en 2011, sur un massif très touristique ? Question de moyens financiers ? D'autres pays font-ils mieux que nous en matière de secours en montagne ?
La réponse, sans être définitive est relativement simple : On peut engager des frais, dans la limite où ce que l'on sauve rembourse ce que l'on investit. Modulo une péréquation qui dans notre pays et notre culture s'applique aux citoyens.
En somme, quand tu sauves un alpiniste tu sauves un contribuable. Si les sommes engagées par la collectivité dépassent la VAN (Valeur Actualisée Nette) de ses contributions futures....tu perds de l'argent et le système ne peut pas être pérenne, DE LUI MÊME. Il faut alors trouver un autre contributeur :
Notre modèle social accepte, jusqu'à un certain point, une péréquation. Cela veut dire que tout le monde accepte de perdre un peu pour un gros gain de quelques uns. Essentiellement parce que tout le monde peut s'imaginer "un jour" dans la même situation...et souhaiterait alors bénéficier de cette solidarité (norme de réciprocité).
C'est, a minima, le principe des assurances et de la mutualisation. MAIS, il ne faut l'oublier, c'est possible tant que les "accidents" sont rares et la masse acceptant de payer un peu, nombreuse. Si ce n'est pas le cas, le système s'arrête, mécaniquement par manque de moyens.
Ces principes étant posés on peut répondre à ta question :
- S'il est économiquement rentable de sauver une vie, on (le système) va le faire sans problèmes.
- Si ce n'est pas économiquement rentable au niveau individuel, on peut le faire tant que la norme sociale assurant la solidarité/péréquation/mutualisation s'opère (c'est l'intérêt global du système social). On peut alors accepter un déficit ponctuel, mais pas sans limites.
C'est cette situation qui prévaut dans les pays où les secours sont privés et/ou reposant sur une assurance volontaire ou obligatoire. Si l'assurance fait faillite, plus de secours. Remarquez que si le pays fait faillite (les pays peuvent faire faillite, il y a plein d'exemples): plus de secours non plus.

Plus un pays est riche. Plus ses citoyens sont productifs. Plus ils sont productifs, plus ils sont contributeurs. Plus il est logique d'engager des frais pour les secourir. Vous me direz que l'on devrait engager plus de frais pour secourir les plus productifs (en approximant : riches)...or ce n'est pas le cas (?). En effet, la norme sociale, celle assurant par exemple une relative sécurité et ordre dans une entité nationale s'applique : tout le monde (du moins les assurés dans un système privés) a droit aux mêmes moyens. C'est plus ou moins le cas de la "norme sociale" dans nos pays.
J'en vois certain, au fond de la salle

C'est vrai que j'exagère volontairement...mais je ne peux m'empêcher de constater que sur cette planète plein de gens pourraient être sauvé d'une fin prématurée pour un coût bien inférieur à une opération de secours en montagne. Et pourtant on ne le fait pas (disons pas toujours si vous préférez). Si on applique le raisonnement exposé ci-dessus c'est très logique :
- Ils sont souvent peu productifs (au sens économique) et donc peu contributifs.
- Même contributifs, ce n'est pas pour NOTRE système.
- La norme sociale en vigueur en France/UE (citoyenneté, solidarité, principe de réciprocité, capacité à me projeter à leur place....) ne s'applique pas à eux car ils sont en dehors du système.
"food for thought"
