Pas envie cette fois de célébrer une victoire. Comment pourrait on parler de victoire avec la perte d'un million huit cent mille jeunes gens sur une population de 39 millions. Si on rajoute les mutilés, les traumatisés, les accros à l'alcool du fait de la généralisation de l’alcoolisation à l'alcool de bois. Toute une génération rayée de la carte. Je pense avec émotion aussi à ces jeunes hommes venus combattre chez nous depuis l'autre bout de la planète.
Pour mieux comprendre je me plonge dans le récit de mon arrière grand-père officier de cavalerie qui ne parla jamais de son vivant mais nous laissât plusieurs cahier découverts à sa mort. Comment il dut mener ses hommes au combat à cheval face aux chars allemand sur le front Lorrain alors qu'il ne découvrira lui les chars français que quasiment à la fin de la guerre. Les mousqueton de cavalerie et les sabres ne pesèrent pas lourds face aux chenilles et aux mitrailleuses. Il parlait de sa femme, infirmière et conductrice d'ambulance, rencontrée lors d'un de ses multiples séjours en hôpital militaire. Il raconte mille anecdotes anodines qui retentissent dans ce contexte de façon si particulière. Il narre cette histoire incroyable de soldats Indiens francophones (je ne savais même pas qu'il y en eut) venus de Pondichéry et Sud-affricains cernés par des allemands et au moment de l'hallali débarquent tout ce que compte la petite ville voisine, vieillards vétérans d'autres guerres, adolescents, femmes, avec de vieux fusils à broche, des faux, des fourches et même des pierres ne pouvant supporter de laisser ces hommes venus de si loin se faire massacrer pour eux.
De ses décorations, je ne savais rien, mais je découvre une longue suite documents officiels citant de haut faits dont il ne parlait jamais car il considérait qu'il ne pouvait être fier d'avoir participé à ce carnage gigantesque. Tout au plus reconnaissait il ne pas s'être "déshonoré".
Je ne garde pas de cette lecture le culte du héros, mais de l'homme et de l'enfer vécu qui doit faire acte non de culte mais de mémoire.