la crédibilité n'est pas le but de cette émission.
son but est de faire fantasmer les jeunes (et moins jeunes).
imaginez un rambo crédible. 5 minutes et voilà le film est fini.
J'arrive un peu après la bataille mais le sujet est inépuisable, et les émissions continuent à bien tourner sur le web et sur le câble...
Il me semble que tous les malentendus concernant Edward Grylls dérivent à peu près de la même question : quel est l'objectif de ses émissions ?
La réponse est ultra simple : ce ne sont pas des cours de survie, ce sont des programmes de divertissement. Bon nombre de diffuseurs retiennent même l'étiquette "télé-réalité".
Mon expérience de l'audiovisuel est modeste, mais elle m'inspire quand même quelques remarques élémentaires.
Je vais sûrement enfoncer quelques portes ouvertes et je vous prierai de m'en excuser ;-)
Comme toute émission de divertissement, et à plus forte raison s'il s'agit de télé-réalité, celles de Grylls suivent un cahier des charges bien précis :
- Ces émissions reposent sur un concept spécifique. S'il s'agit de "survivre dans un environnement hostile" (comme on le conçoit dans l'imaginaire collectif), le concept doit tenir ses promesses. L'environnement doit réellement paraître "hostile" ; concrètement, ça signifie que le protagoniste doit sembler se retrouver, au moins une fois dans chaque épisode et suivant un timing bien précis, en danger de mort. Si Grylls se retrouve suspendu comme un couillon à une falaise, sans aucune assurance (au moins en apparence), ça ne peut pas être dû au hasard ou à la malchance. C'est le principe même de l'émission. Bien sûr, les caprices de la nature font que toutes les situations ne sont pas forcément prévues à l'avance. Mais on peut au moins répondre à l'objection la plus évidente : pourquoi avoir l'air de courir dans tous les sens en cherchant à chaque fois à se foutre dans la situation la plus merdique possible ? Parce que sans cela, il n'y aurait plus d'émission.
- Ces émissions sont scénarisées. On ne vend pas des épisodes à un producteur en lui disant "je pars à l'aventure, j'vais zigzaguer dans un coin de nature, tester deux ou trois trucs marrants et te rapporter quelques images exotiques". La règle d'or, c'est qu'on laisse le moins de place possible à l'improvisation. On choisit une destination, on se documente, on fait travailler une équipe pour approfondir les recherches et proposer des idées, c'est-à-dire des situations et des solutions concrètes (parce que passer 3 ans chez les SAS ne donne pas la science infuse…). On passe tout ça à la moulinette et on propose un script qui tient la route et qui définit au moins les grandes lignes du contenu du prochain épisode. On y ajoute enfin des estimations précises en termes budgétaires, organisationnels, logistiques, juridiques, etc. (surtout si on a prévu deux journées de tournages pour une cascade improbable avec un DC-3 collector tout droit sorti d'Indiana Jones).
- Du constat précédent découle tout le reste. Ces émissions demandent forcément beaucoup de préparation. Et elles exigent de savoir orchestrer des moyens humains et techniques importants, de l'écriture du pitch jusqu'à la post-production. Sur place, on ne se contente pas de randonner et de camper dans des conditions rustiques avec un caméraman, un perchiste et un vague security advisor. Un tournage, c'est pas un micro-trottoir... Ces remarques valent pour tout : qu'il s'agisse d'une cascade avec un DC-3, de la construction d'une tyrolienne, ou d'une banale partie de pêche. Tout ça, ça demande du temps et ça nécessite de gérer une équipe. Et quand vient le moment de l'action il faut être prêt à enchaîner les répétitions et les prises qui n'en finissent plus… Et bien évidemment, les risques sont calculés.
Toutes ces exigences ne sont pas gravées dans le marbre, je ne fais que rappeler quelques trucs très "génériques" sur la production et la réalisation d'un programme TV. Il est tout à fait possible que Grylls ait un certain talent pour l'improvisation, qu'il sache se débrouiller avec des moyens limités, et qu'il prenne ses libertés par rapport à des émissions plus conventionnelles. Mon but n'est pas du tout de dénoncer du "fake" à grande échelle ; chacun sait que ce qu'on voit à la télé est fait d'artifices, c'est pas un scoop. On pourrait aussi parler de l'importance du montage et de la post-prod, ou encore du buzz-marketing autour de l'émission… mais on s'en fout un peu, c'est pas ça qui nous intéresse.
My point is : Edward Grylls sait très bien ce qu'il fait, même lorsqu'il prend un risque. Et ce qu'il fait n'a qu'un objectif : divertir.
Ceci étant dit, on peut trouver un divertissement idiot, immature, ou même carrément irresponsable. Et si des spécialistes en "vie sauvage" me disent que Grylls montre le mauvais exemple, là je suis parfaitement d'accord, et c'est ça qu'il faut dire et marteler sur un forum comme le nôtre, parce que c'est pas complètement anodin. Et le fait que les émission de Grylls peuvent aussi contenir des choses pertinentes ne fait que compliquer les choses : une connerie passe toujours mieux quand on la mélange avec de l'intelligence...