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Maintenant, ma question !
Je sais qu'il y a ici pas mal de pratiquants, de prof, de diverses disciplines martiales. Où situez vous la limite entre discipline, respect des anciens, hiérarchie, toutes ces valeurs que l'on transmet dans ces écoles, et mouvement sectaire, autoritaire.
Est-ce que vous pensez qu'il peut y avoir démocratie dans une école d'art martial ?
Je me pose pas mal de question car je vais continuer à enseigner dans mon école, mais je ne voudrais pas faire subir à d'autres ce que j'ai subi là... 
Merci de vos retours !
Salut Cubitus,
j'espère que les réponses déjà données auront pu t'éclairer... De mon côté, je ne suis pas très sûr de bien saisir les questions que tu te poses...
En fait de possibles dérives sectaires dans un contexte d'apprentissage martial (qu'on soit en sport martial, en art martial, en SD...), le problème me paraît à la fois assez simple et infiniment compliqué...
Assez simple d'un coté, parce que, comme plusieurs l'ont déjà écrit, et notamment Patrick et Mister Magoo, on peut normalement percevoir assez vite les malaises liées à l'ambiance d'un club ou dojo en dérive sectaire, comme on peut percevoir assez vite les excès ou insuffisances de l'instructeur chef qui peut tenir lieu de gourou...
En premier lieu et par exemple, si les pratiquants ont tous ou presque tous une certaine homogénéité de profils socio-cuturels, philosophiques, religieux,etc, s'ils partagent bien plus de points communs que la seule pratique qui est censée les réunir, c'est déjà un indice assez fort...
Mais c'est aussi infiniment compliqué car il s'agit par définition de relations interpersonnelles, sujet à la fois passionnant et d'une inépuisable complexité... Car en substance, pour qu'il y ait dérive sectaire, il faut qu'il y ait rencontre de deux profils complémentaires... Pour faire ultra-simple le gourou manipulateur d'un côté, le disciple en quête d'une forte adhésion de l'autre...
En général, et au risque d'être très caricatural, on trouve en effet souvent les mêmes profils du côté des adeptes de sectes : qu'ils soient raëliens, bio-végétaliens, croyants plus ou moins intégristes de telle ou telle religion, obédience, courant philosophique, libre-penseurs rationalistes, ou que sais-je encore (en fait, dans chaque courant de pensée on peut trouver des dérives sectaires), on rencontre très souvent un profil psychologique commun caractérisé par une forte aspiration à adhérer à une loi de vie relativement simple et rigide... Un peu le profil du "légaliste", ou type 6 dans l'ennéagramme, pour ceux qui connaissent, avec toutes les limites impliquées par une telle comparaison (sans parler de celles de l'outil lui-même).
Ce qui fait que, pratiquement, pour un même environnement, et essentiellement de par leur construction de personnalité et leur expérience de vie, certains seront toujours plus exposés que d'autres à des dérives sectaires...
Mais pour en revenir à tes questions, puisque tu sembles craindre (et cette crainte t'honore) de reproduire dans ton enseignement martial des choses discutables auxquelles tu aurais été exposé, quel est le but que tu poursuis exactement dans ton enseignement ?
Si tu ne vas pas au-delà d'un strict apprentissage du Kung-Fu et que ton enseignement peut être reçu aussi bien par un chrétien que par un bouddhiste, un musulman, un maçon, ou encore par tous ceux qui n'ont rien à faire de ces options de foi ou convictions, ou par un type de droite, aussi bien que par un type de gauche, ou encore par quelqu'un qui n'a rien à faire de la politique, par un adepte des médecines alternatives ou par une agrégé de médecine, par un végétarien ou par un bouffeur de viande, etc, le risque de dérive sectaire va déjà être plus que réduit !
Après, peut se poser le problème de la transmission d'un certain rituel et de techniques d'un art qui peuvent facilement, dans l'esprit des élèves, s'accompagner de l'appropriation de fantasmes et d'illusions... A commencer par le très célèbré ici "My Kung-fu is better than yours...".
C'est là me semble-t-il que la responsabilité de l'enseignant est d'être clair sur l'identification, le contenu et les limites de ce qui est enseigné...
A cet égard, les exemples déjà donnés dans ce fil par Dje et Gurdil me semblent assez éclairants sur la clarification qu'il est possible d'apporter dans un enseignement d'AM dit classique...
Au final me semble-t-il, la question devrait être beaucoup moins celle du fonctionnement hiérarchique ou démocratique du club ou dojo que celle de la lucidité de l'enseignant sur ce qu'il transmet...
Il me semble assez sûr que par exemple l'enseignant qui aurait le sentiment de détenir l'art ultime, seul capable de mener au salut, sans voir ni les limites de l'art qu'il prétend transmettre ni les siennes propres, aurait de bonnes chances de fourvoyer ceux qui le suivraient...
Sans aller jusque là, la nécessité de rappeler que tout ne se vaut pas et la tentation d'auto-justification qui guette à peu près chacun d'entre nous peuvent cependant régulièrement nous amener à manquer un peu de lucidité sur lesdites limites (les nôtres et celles du "système" que l'on promeut ou auquel on adhère).
Par ailleurs, au-delà d'un certain nombre et a fortiori à défaut d'être entre gens déjà très formés, un certain rituel et une certaine discipline semblent des principes réalistes, voire simplement pratiques... A l'exception à mon humble avis des systèmes de ceintures, qui ne me semblent avoir quasiment que des inconvénients, principalement en induisant comme l'a évoqué plus haut Patrick des normes de respect injustifiées...
Enfin, pour ce qui serait d'un éventuel ésotérisme de l'enseignement, je pense que le post de David juste au-dessus fait litière de la question : si on fait comme ça "parce que c'est comme ça" sans autre raison, on est bien parti pour perdre au moins son temps, voire plus...
Cordialement,
Bomby