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Cependant, il est vrai que des agressions (menace, vol, viol, …) se déroulent à main armée. Mais aurez-vous réellement l’opportunité de sortir votre propre arme pour y faire face ?
Car l’agressé se retrouvera bien souvent face à 3 cas :
- il s’agit d’une embuscade : l’arme est sortie au dernier moment, dans le dos, sur le côté de l’agressé, dans le noir… et ce n’est pas quand on a le couteau sur la gorge qu’il faut penser à accéder à sa propre lame
- il s’agit d’une menace dissuasive : l’arme est brandie pour que la situation se fige. Quel est alors l’intérêt de sortir sa propre arme à part pour remettre de l’huile sur le feu ?
- il s’agit d’une riposte réflexe pour se sortir d’un mauvais pas : se sentant remarqué, interpellé, acculé, pris, l’agresseur sort son arme et dans le même mouvement en fait usage pour se dégager. Là encore, vous n’aurez pas forcément votre arme en main et encore moins le temps de la déployer.
Ce que montre selon nous cette analyse est que le premier savoir-faire, après l’aptitude à la vigilance, est celle de la défense à mains nues face à la main armée. Car dans les premières secondes après l’apparition d’une arme du côté de l’agresseur, ce qui va vraiment changer la donne et sauver la peau de l’agressé, sera sa capacité à faire face rapidement et avec toute la détermination possible à l’escalade de la situation (ou, oui, de fuir).
Il nous paraît donc plus sain, pour le citoyen lambda (hors métier, mode de vie ou zones à risques) de se concentrer sur la défense à main nue face à la main armée, plutôt que de s’abriter derrière la croyance de la supériorité de l’arme (cf à ce propos notre article "Priorisez votre entraînement"). Car ce type de comportement finit bien souvent avec une gazeuse dans le sac à main, ou un couteau dans la poche dont on sera incapable de se servir le moment venu.
Comme nous le rappelons souvent : les armes sont des objets inanimés, ils ne font absolument rien par eux mêmes. C’est un cerveau qui les anime !
Oui, mais quand même, s’armer doit pouvoir avoir une utilité ?
Il est des cas où l’utilisation d’une arme peut avoir un sens (attention, nous parlons bien de "sens" et non de légitimité juridique), notamment lorsqu’il y a une disproportion flagrante entre agressé et agresseur (gabarit ou nombre de protagonistes) ou quand la situation tourne au désavantage de l’agressé (submergé, incapable de reprendre le dessus à mains nues au risque de sa vie).
La question qui se pose alors est celle de la capacité à se servir de son arme efficacement.
Imaginons la situation suivante : la tête dans les nuages mais un couteau pliant en poche vous tournez un coin de tunnel du métro pour vous retrouver cerné par 4 individus qui vous demandent votre argent. L’un des agresseurs est clairement munis d’une béquille (bien qu’il ne semble pas boiter), un autre, un peu en retrait à une main en poche. Saurez-vous réellement déployer votre propre couteau, sous stress, et vous en servir pour défaire 4 agresseurs dont 2 armés, sans pour autant finir en prison pour 20 ans ?
Imaginons même une issue plus raisonnable : conscient de la gravité de la situation et tout en maudissant votre étourderie, vous donnez votre porte-feuille aux bad guys. Pour faire bonne figure, on exige même votre blouson, que vous donnez aussi. C’est alors qu’un des agresseurs remarque votre T-shirt aux couleurs de votre équipe de foot favorite et en profite pour s’amuser un peu en vous passant à tabac (tous les prétextes sont bons quand on cherche la castagne). Vous vous défendez alors du mieux possible à mains nues, mais victime d’un coup de béquille à l’arrière du genou, vous tombez à moitié assis contre un coin de mur. C’est le moment de sortir votre lame, afin de tenir tout ce beau monde à distance. Hum, pas si simple non plus, n’est-ce pas ?
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© - 2011 - Jérôme Welker
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Personnellement, je suis complètement d'accord avec ça et ai eu un plaisir certain à lire cette analyse qui a parfaitement énoncé ce que j'avais en tête depuis un moment sans l'avoir vraiment conceptualisé...
J'ajouterai que je vois comme comme un contradiction entre le fait, si l'on n'est pas trop pris par surprise et que l'on voit venir une menace, d'avoir intérêt à se mettre en garde passive, et celui de devoir se préparer discrètement à déployer une arme... N'ayant personnellement que deux mains, et aucun bras greffé derrière le dos, je n'ai jamais pu envisager à ce jour de manœuvre adéquate...
Pire, pour moi le fait de voir quelqu'un mettre ou garder la main dans la poche, en code rouge et à distance proche de la distance critique, est un signal de menace très élevé de nature à déclencher quasi-automatiquement une frappe préventive... Les BG n'étant pas tous complètement idiots, pourquoi réagiraient-ils très différemment en nous voyant fouiller nos poches ?
Par ailleurs, sur une attaque par surprise, nos réflexes de protection (avec logiquement levée des bras vers la tête pour la protéger) prendront logiquement le pas sur toute autre réaction... Si on est préparé à enchaîner tout de suite à main nue à partir de ce premier réflexe, en envoyant les watts sous quelque forme que ce soit, on a quand même plus de chances de s'en tirer que si on est conditionné à chercher à déployer l'arme X qui se trouve dans la poche Y.
Certes, je crois comprendre à peu près l'idée de Moleson : n'importe qui peut être rapidement dangereux avec un flingue ou un couteau, alors qu'à mains nues, c'est beaucoup moins évident... Mais précisément, raison de plus à mon humble avis pour bosser sur le développement d'une relative efficacité à mains nues, et sur l'utilisation opportune de tout ce qui passe à portée de la main, plutôt que sur l'arme (au port généralement prohibé, du moins en France) qu'on aura en poche...
Sur ce dernier point, l'anecdote de Gros Calou sur son tac-tac est d'ailleurs à mon sens plutôt révélatrice : on est vraiment là dans l'utilisation efficace et de pure opportunité d'une arme de circonstance, "par destination", pas dans le déploiement tactique d'une arme "prédestinée" (qu'il s'agisse d'un stylo, d'un flingue, d'un couteau, d'une télésco, etc...).
A ces aspects s'ajoute en outre la difficulté de trouver, parmi les armes "prédestinées" possibles, celle qui aurait un ratio suffisant sur le plan puissance d'arrêt/létalité, tout en étant utilisable, y compris à distance de sécurité, en un trait de temps et envers plusieurs adversaires, et ceci sans transformer la sortie quotidienne pour acheter le pain en raid de cavalerie lourde...
Gros Calou se promène-t-il par exemple, depuis cet incident, avec un tac-tac dans chaque poche?
Décidément, à part éventuellement un spray lacrymo pour couvrir une retraite et maintenir la distance, j'ai personnellement beaucoup de mal à concevoir l'utilité (en tout cas en France) de porter une arme "prédestinée"...
Certes, s'il existait un gomm-cogne automatique en chargeur 15 coups, léger et dissimulable dans une poche de jean, j'aurais peut-être un avis différent...
Mais à ma connaissance, ça n'existe pas, ou pas encore...
Cordialement,
Bomby