Enfin, aujourd'hui, où l'on veut que tout aille aussi vite que l'éclair, on a dû mal à comprendre que des gens aient besoin de temps pour récupérer l'information, la comprendre et la diffuser mais c'est pourtant normal.
Certes, il y a des délais techniques (accès au site, protocoles de mesure) et organisationnels (vérifier l'information pour éviter des gaffes monumentales comme
celle d'hier). Mais ceci nous rappelle que l'information est cruciale dans toute situation de crise.
"Se tenir informé" devrait être la première mesure à prendre dans la liste de Nirgoule en tête de cette discussion.
À Fukushima l'accident s'est développé très lentement, sur plusieurs jours. Les premières fuites radioactives étaient même des rejets contrôlés, pour faire baisser la pression. Peut-on imaginer la pagaille en cas d'accident nucléaire plus brutal (crash avion, bombe radiologique, acte de guerre) ?
On voit dès maintenant qu'il y aura des leçons à tirer de Fukushima en matière de communication et de gestion de l'information:
- Alors que chaque heure compte pour le déclenchement des mesures de protection, on a appris seulement le 17 mars qu'il y avait eu le 15 mars un pic d'iode radioactif dans l'air de Tokyo, à 200 km de la centrale. À cette date, tout le monde pensait que le vent repoussait les rejets radioactifs vers l'océan. Les moyens de détection étaient-ils perturbés suite au tremblement de terre ? Ou les autorités disposaient-elles de cette information et de prévisions suffisamment fiables pour décider qu'il n'était pas utile d'informer les habitants de Tokyo ?
- Le 15 mars, les autorités japonaises ont distribué à titre préventif 230 000 comprimés d'iodure de potassium aux populations évacuées. La consigne de les ingérer aurait été donnée dès le 16 mars, mais l'AIEA ne l'a rapporté que trois jours plus tard. Pourtant tout le monde était à l'affût de cette étape très médiatique, parce que ces comprimés sont un peu le gri-gri de la protection radiologique personnelle. Il faut espérer que les populations concernées ont reçu la consigne dans un délai utile. Des journalistes en doutent.
En France, même si Fukushima n'induit aucun risque, le stress médiatique est suffisant pour que les autorités traitent l'évènement comme un test grandeur nature, et pourtant il y a des ratés:
Bref, même si je tiens à mon petit confort électro-nucléaire, je commence à me demander si on a bien tiré toutes les leçons de Tchernobyl. Après tout, 25 ans plus tard, c'est une nouvelle génération qui est aux commandes, et l'expérience des anciens est peut-être diluée dans des tonnes de papier que plus personne ne lit.