Solstice, ton intervention m'intéresse

J'ai aussi développé une addiction psychologique au cannabis fut un temps. Avec les mêmes symptômes :
-Paranoïa
-Pertes de mémoire
-Démotivation
-Hallucinations
Mais aussi :
-Insomnies
-Troubles de la personnalité
-Incapacité à communiquer
-Caractère obsessionnel
Ce qui retient mon attention, c'est que mon addiction reposait sur des bases très différentes des tiennes. Je ne fumais pas pour oublier, mais pour réfléchir. Je ne fumais pas pour perdre le sens des réalités, jugées trop durs, mais pour voir la réalité plus dur qu'elle ne m'apparaissait.
En fait ma consommation a commencé vers mes 15 ans, et quelques mois plus tard je découvrais Nietzsche et là... tout s'est écroulé. Pour comprendre mon histoire et la dépression de cette période, j'ai dû cesser de focaliser sur l'impact du cannabis dans mon évolution (ce que j'ai fais au départ, et même pendant la dépression, pour comprendre). Car les symptômes apparaissaient et progressaient à mesure que mes conclusions philosophiques évoluaient. Et pour comprendre cette évolution, soit on considère que le cannabis en est le moteur, auquel cas l'évolution de ma pensée s'explique par le cannabis, soit on considère que la pensée est son propre moteur et que le cannabis l'oriente, l'altère ou l'influence.
J'ai suivi la deuxième piste dès qu'elle s'est présentée à moi, car elle me semblait plus nuancée et donc plus réaliste. Il s'est trouvé qu'assez rapidement il était évident que l'orientation de la pensée par le cannabis induisait que la pensée, si elle était la cause de son propre mouvement, n'était pas la cause unique de son évolution.
Car le cannabis a été pour moi un moyen de tenir les engagements que je prenais envers moi-même, c'est-à-dire une aversion absolue pour tout ce qui pourrait ressembler à une fuite des réalités. Or le cannabis me permettait de voir le monde sous une forme plus difficile à admettre (non pas au point de vue logique, mais au point de vue éthique), et en cela sa consommation s'explique par la pensée elle-même, avant toute altération par le cannabis.
Mais les effets secondaires de la consommation de cannabis on peu à peu modifiés la donne. Car ce qui, au départ, relevait de l'ascétisme et du dépassement de soi, est vite devenue une obsession vide de sens. Car à partir d'un moment, je ne cherchais plus à voir le monde tel qu'il est, et pour ça me méfier de ce qui m'est agréable à penser, mais je cherchais à voir le monde tel qu'il serait laid. Cette obsession était alors motivée par la culpabilité, car chaque fois que je découvrais une pensée susceptible de rendre le monde vivable, je la rejetais au motif que je n'étais qu'un minable incapable de voir la vérité en face.
C'est donc pour fuir la culpabilité que je me détruisais, au sens propre du terme philosophique

, et que je me retrouvais peu à peu sans repères. Et je n'exagère pas. Car j'ai fini par ne plus pouvoir croire en rien, ne plus pouvoir m'accorder une seule certitude, au motif que la certitude serait susceptible de me stabiliser, et donc de me rendre moins malheureux.
A ce moment là, les effets secondaires de la consommation du cannabis s'étaient bien installés. La paranoïa était entretenu par une mémoire défaillante qui ne mettait pas à ma disposition d'antécédents pour comparer. Cette mémoire défaillante, associée à la fatigue accumulée par l'insomnie, provoquaient des sortes d'hallucinations : mes idées, et les images qui me venaient à l'esprit, n'était plus dissociable de la réalité, et je me demandais souvent si j'avais ou non fait ci ou ça ou si je l'avais simplement imaginé.
La situation à encore empirée lorsque je ne parvenais plus à m'identifier à mon enveloppe charnelle. Je me regardais dans la glace, et je ne me reconnaissait pas. Comme si c'était la première fois que je voyais ce visage. De la même manière, je ne m'attribuais plus les gestes que je faisais, ou les paroles que je prononçais, ou les pensées que j'avais. Je discutait même, intérieurement ou à voix haute, avec cet être qui n'était pas moi, mais qui était en moi. Il n'avais pas de nom, je l'appelais simplement "tu" et ne parlais jamais de lui à la 3e personne. Je m'adressais toujours directement à lui.
Je ne pouvais plus communiquer avec les autres. Je ne savais plus interpréter la gestuelle associée à la communication, des expressions du visages aux postures corporelles en passant par les intonations de la voix.
Du début à la fin, je n'ai en fait jamais perdu pied (réflexion fait après coup, car impossible à faire pendant) car j'ai toujours chercher et admis l'existence du problème. J'ai par la suite arrêter le cannabis, et ai pris un nouvel engagement vis-à-vis de moi-même : je retourne parmi les hommes, mais à la seule condition que je retourne à moi-même par un autre chemin, sur des bases saines.
La période de convalescence a été très longue, et finalement je ne suis pas certain d'en avoir terminé (ca fait 4 ans et demi). J'ai en tous cas développé des outils me permettant de me stabiliser efficacement. Ce qui sert de nouveau ma cause originelle, car aujourd'hui je n'enlaidit plus le monde, je l'anoblie. Tout ce que je vois de laid, je le rend beau

Par contre, je ne parvient pas toujours à convaincre malgré mes efforts de rationalisation -malgré mes sophisme

.
La convalescence est peut-être pour moi l'oeuvre d'une vie, et je crois n'avoir jamais aussi bien compris Nietzsche qu'aujourd'hui. Car je me suis amputé d'une partie auto-régulatrice de moi-même et suis passé en mode manuel. La rechute est donc une menace permanente, mais c'est aussi ma vie, et j'aime ma vie. Ce qui fait de ma maladie une bénédiction, une chance

Je consomme de nouveau du cannabis, mais j'ai désormais une solide expérience des symptômes et de leurs conséquences en chaine. Je n'ai d'ailleurs plus aucune dépendance, et même une franche aversion lorsque, de nouveau, des mécanismes dérégulateurs refont surface.
Comme convenu, je complète le post par une partie concernant les signes annonciateurs de complications, c'est-à-dire les symptômes qui justifie l'arrêt de la consommation de cannabis. Si l'arrêt n'est pas possible (dépendance trop forte, par exemple), ces symptômes doivent amener à consulter un spécialiste.
Il s'agit donc de dissocier l'usage récréatif et l'usage pathologique du cannabis. Ici je ne parlerais que de lui, mais il est possible que ce que je dis vaille pour d'autres drogues. Par ailleurs il est entendu que les drogues dites "dures" ne peuvent pas avoir d'usage récréatif, leur consommation entrainant à court terme des pathologies (dépendance forte, par exemple).
Il est aussi entendu que je n'expose ici que les conclusions qui sont les miennes, tirées de l'expérience que je relate ci-dessus, et que je ne suis pas un spécialiste. La seule source est mon expérience, avec tout ce qu'elle a de limitée et de sujet à caution. Toute polémique est bienvenue, à la seule condition qu'elle repose sur des sources fiables ou des expériences relatées avec précision.
L'usage récréatif, c'est-à-dire l'usage non pathologique, peut être défini comme un usage qui n'entraine pas ou peu de dépendance. La dépendance n'est pas toujours perçu par ceux qui sont dépendant, car elle ne se manifeste que dans le manque. Certaines drogues, comme la nicotine, peuvent entrainer des sensations de manque plusieurs fois par jour (pour ma part c'est en réponse au manque que j'en allume une), auquel cas elle est facilement observable et admise par un grand nombre de dépendants.
Le cannabis n'entraine pas nécessairement de sensation de manque chez les dépendants, pour la simple raison que son effet dure relativement longtemps (entre 1 et 4 heures pour ma part), et qu'il suffit donc d'en consommer à intervalle régulier pour être toujours sous son emprise.
L'absence de sensation de manque n'est donc pas suffisant pour exclure le caractère pathologique d'un usage.
Un moyen efficace et de mise en oeuvre facile pour mettre en valeur la présence ou l'absence d'une dépendance est de cesser de consommer pendant une période correspondant au moins à deux fois la fréquence de consommation habituelle. Bien entendu cela doit être sur au moins une semaine. J'insiste là-dessus car je ne fumais que le week-end, et pas une seule fois la semaine. Pour autant, si un week-end je n'avais pas la possibilité de m'exploser la tronche, la sensation de manque était terrible. Le fait de ne pas fumer pendant 5 jours n'était donc pas suffisant pour écarter la possibilité d'une dépendance forte.
Outre la dépendance, qui est le premier des symptômes d'une pathologie mais qui n'est pas toujours suffisant pour motiver l'arrêt de la consommation, il existe d'autres symptômes. Ils ne sont pas aussi facilement perçu et admis que la dépendance, car ils se décèlent dans le comportement, l'attitude et les relations avec les autres. Ils sont donc susceptibles d'êtres niés et ce sans raisons valables, mais cependant avec une incapacité parfois complète à la remise en cause.
Il est donc très important, lorsqu'on consomme du cannabis régulièrement, de toujours se rappeler que la pathologie est une possibilité, un risque pris. Dès lors, il faut surveiller sa consommation : suivre l'évolution de la fréquence et des doses, ainsi que les conditions dans lesquelles on consomme. Il faut aussi toujours se demander, avant de consommer, si c'est vraiment le moment opportun. Il peut y avoir des tâches qui n'ont pas encore été faite, ou des tâches qui vont devoir êtres faite plus tard. Il convient donc de se demander si la consommation n'entravera pas notre capacité à réaliser ces tâches.
Ce questionnement doit être permanent, et se fait naturellement chez la plupart des usagers récréatifs. Il se fait aussi parfois chez les sujets pathologiques, mais la pathologie est alors généralement admise. Peut-être pas aux autres, mais en tous cas à soi-même. Il faut ensuite se préparer à arrêter, et si ça n'est pas possible, consulter un spécialiste.
Récapitulons donc : Si la consommation de cannabis se fait à intervalles réguliers, il faut toujours partir du principe qu'une pathologie est possible, peut-être même une pathologie dont on ne se rend pas compte. En ce cas il faut établir la présence ou l'absence de dépendance, et si cette dépendance ne suffit pas à motiver l'arrêt de la consommation (certaines dépendances sont bénignes), il faut surveiller attentivement l'évolution de la consommation. Dans le cas où vous excluez la possibilité d'une pathologie, il y a peu de chance pour que vous soyez un simple usager récréatif, pour ne pas dire aucune.