Salut

Vous savez peut-être que j'ai passé tout l'hiver dernier à pister les renards autour de chez moi, j'avais même fini par en apercevoir de loin, mais jamais de quoi faire une photo décente. Pas facile à rencontrer cet animal, il est sacrément méfiant, et on ne peut guère lui en vouloir... Lors de mon dernier affût, au mois de mars, alors que je me pelais les fesses au milieu d'une couche de neige tardive, j'avais reçu un SMS moqueur d'un certain David Manise me disant "ton renard sera toujours là où tu ne l'attends pas". Vu que je n'en démords pas facilement, j'ai tout de même continué à l'attendre... Puis je l'ai finalement rencontré un beau matin au bord de la route. Une voiture l'avait croisé avant moi...

Il était exactement sur le trajet que j'avais imaginé qu'il prenait pour aller se nourrir, mais ça ne m'a pas consolée, et, écœurée, j'ai ensuite arrêté les affûts autour de chez moi.
Depuis, j'ai déménagé (pas à cause de la mort du renard, rassurez-vous) pour aller m'installer sur les plateaux du Vercors. A 1/2 heure de mon nouveau chez moi, se trouve le fameux plateau d'Ambel, où la chasse est tellement réglementée qu'on pourrait presque dire qu'elle est interdite, où la météo est tellement pourrie que l'homme ne peut s'y installer (à part quelques résistants téméraires qui y ont passé un bon moment pendant la seconde guerre mondiale).
C'est dans ce temple de la faune sauvage que je suis allée vadrouiller le week-end dernier, espérant croiser un cerf amoureux en cette période de brame... Me voilà donc partie, toute de kaki vêtue, et le boîtier autour du cou, sur les traces de l'animal mythique. Je connais bien l'endroit, et je me dirige d'emblée vers un ensemble de petites clairières où j'ai déjà trouvé des indices de présence. Je marche lentement et silencieusement, à contre-vent, vers le nord, et je longe une première clairière en restant dans la lisière de la forêt, cachée par les hêtres, en évitant soigneusement de faire craquer des branches. Je vois d'innombrables fumées de cerf, certaines très récentes, encore noires et luisantes, toutes chargées de promesses

. Par moment, je me rapproche de la clairière, tout en restant à couvert, et je jette un coup d'oeil. Rien à l'horizon.
Je continue en longeant une deuxième clairière, toujours à contre-vent, et là, au milieu des herbes dorées, je le vois qui ondule: pas un cerf non, mais un renard, là où je ne l'attendais pas... Il est à trente mètres de moi environ, et il avance lui aussi vers le nord, s'arrêtant de temps en temps pour flairer ce que lui amène le vent. Rien d'inquiétant visiblement, car il continue pépère. Je pose mon sac à dos derrière un arbre et je le suis, à pas de loup, le coeur battant. Pour ne pas le perdre de vue, je dois quitter le couvert des arbres, et je marche accroupie en essayant de me dissimuler dans les herbes et les dépressions du terrain. Il est superbe, d'un roux flamboyant, le pelage dense et soyeux: il a déjà son poil d'hiver. Je prends une première photo, puis une deuxième. Pas de souci de bruit au déclenchement, le vent emporte tout dans la direction opposée. C'est vraiment un moment d'observation magique: le renard avance dans les herbes, les écartant du museau puis de temps en temps il s'arrête et les fouille à la recherche j'imagine d'un campagnol ou autre petite proie. Puis il s'assoie, flaire le vent quelques secondes, et reprend son avancée. Ce qui me surprend le plus, c'est cet air tranquille qu'il a, alors que je l'aurais plus imaginé aux aguets...



Au bout d'un moment, je décide de tenter de me rapprocher pour avoir des images de plus près. Ma tactique est simple: la clairière forme une légère butte et le renard avance vers le nord en haut de cette butte. Je décide de le perdre de vue un moment et d'avancer moi aussi vers le nord en contre bas. Je fais une vingtaine de mètres comme ça, puis je remonte sur la butte. Et là, je tombe sur lui, il est à 10 mètres. Je m'accroupis tout doucement et tente de faire la mise au point. Mais les longues herbes qui entourent le renard sont un supplice pour l'autofocus de mon boîtier qui rame et ne parvient pas à se fixer sur l'animal. Grand moment de stress! Je me dis qu'il faudrait que je me mette en mode manuel. C'est à ce moment qu'il tourne la tête vers moi, le vent a-t-il tourné? est-ce le bruit de ce fichu autofocus? Il m'a vue, c'est sûr, mais il ne bouge pas. Moi non plus. Pendant quelques secondes j'oublie tout et même la photo que j'aurais voulu faire. Il n'y a que ce regard doré à travers les herbes. C'est fabuleux. Puis deux bonds silencieux et il disparaît dans les bois.
Encore toute secouée, et quasi euphorique, je décide d'installer mon affût en bordure de cette clairière. J'attends, certaine que je ne reverrai pas le renard aujourd'hui, mais espérant tout de même voir une biche ou un cerf. Au bout d'une demi-heure, incroyable, le renard est de retour! Visiblement pas traumatisé par sa rencontre avec un bipède, il fouille les herbes, plus au nord, à 50 mètres de mon affût. Là, j'ai un gros moment de doute. Que dois-je faire? Quitter l'affût et avancer vers l'animal, au risque de l'effrayer une seconde fois mais avec l'espoir d'une belle image?... Ou bien rester bien cachée dans mon affût, et le laisser en paix, en espérant qu'il redescendra vers moi, ce qui est plus qu'improbable... Je choisis la seconde option, et je l'observe un moment de loin, avant de le voir disparaître dans un creux... Pas d'autres photos donc pour aujourd'hui, mais je me dis que j'ai bien fait...
Je resterai ensuite jusqu'à la tombée de la nuit dans mon affût, sans rien voir d'autre qu'une mésange huppée qui viendra mêler son chant à la mélodie rauque des cerfs qui brament au loin... Quelques heures de grand bonheur, que j'avais envie de partager avec vous, même si je ne suis pas rentrée avec des photos formidables.
à+
Sandrine