Il y a un truc particulier chez les francophones je crois : une sorte d'idée bien ancrée qui veut qu'il faille "bien" parler une langue. C'est en tout cas parce que j'avais trop peur de faire des erreurs que j'ai longtemps peiné à communiquer en anglais. Trop la honte, quoi. Il a fallu du temps pour que je me décoince, en partie parce qu'un prof nous a dit un jour que, puisque tout le monde parle anglais, personne ne le parle bien. Ce qui, au final, n'est pas faux

On n'apprend pas une langue pour parler comme un natif, on l'apprend pour communiquer. C'est rarement une fin en soi (sauf si on se délecte de Jane Austen dans le texte...). Ca doit rester un outil et c'est important de bien transmettre cette notion aux gamins affolés par la liste des verbes irréguliers et traumatisés par les phrasal verbs.
C'est ça, le fond de la survie avec le langage : communiquer. Tout le reste, c'est bien beau, mais savoir traduire Oscar Wilde dans le texte, ça permet quand même pas de commander une bière pression ou de demander son chemin. On se fiche de bien parler, il faut parler suffisamment pour ses besoins. Et, tant qu'on fait l'effort, garder des erreurs et l'accent français so cute, c'est presque un atout

Cela dit, je vois bien l'apprentissage de langues étrangères comme un moyen d'améliorer ses capacités de survie parce que ça ouvre l'esprit. Une langue étrangère, c'est une autre vision du monde et la connaître, au moins en partie, ça permet de se remettre en question et d'être plus adaptable. C'est très enrichissant (et rigolo d'ailleurs) de voir à quel point les anglophones peuvent être étonnés du fait que, en français, tout à un genre (les objets, les animaux). Se trouver un peu c*n à expliquer qu'on dit "une baleine" et "un lézard", indépendamment du sexe de la bête, ça fait réfléchir et ça oblige à remettre en cause beaucoup de choses qui nous paraissent évidentes a priori. On prend conscience des concepts qui existent dans une langue et pas dans l'autre (genre love-like/aimer) et on ouvre son champ de conscience. Excellent exercice !
L'anglais c'est un bon outil, vachement polyvalent, mais quand même pas essentiel. Je rejoins les remarques sur le fait que se montrer ouvert à la culture et aux gens fait beaucoup plus que la connaissance d'une langue. Ne pas oublier que, dans certains pays (africains entre autres), même si l'anglais est utilisé, il reste une langue de colonisation pas forcément bien accueillie. Et que, dans tous les cas, les salutations sont à apprendre dans tous les pays où on se trouve. L'avantage, dans des langues comme le haoussa, c'est que, rien qu'avec les salutations d'usage, on discute facile un quart d'heure
