Rando : parti pour 8 jours, revenu le lendemain...

Démarré par hma, 26 Juillet 2010 à 10:31:34

hma

Bonjour,
Je poste ici un petit retour d'expérience sur une mauvaise expérience le mois dernier...
Je suis parti (en solo) pour faire un bout de rando (8 jours) en montagne, de l'Ariège aux PO en passant par un bout d'Andorre (HRP depuis Auzat jusqu'à la Carança).
C'était le 20 juin, veille de l'été. La météo annonçait beau à partir du 21-22, et pour le 20, c'était pas terrible (gris, brouillard, quelques précipitations de fin d'épisode dépressionnaire).
Je pars de 600m d'altitude pour monter à environ 2400, tout au long de la journée, la météo se dégrade : quelques éclaircies, puis tout gris, quelques averses, puis pluie en continu. Puis la pluie se transforme en neige vers 1700m. Puis brouillard (dans les nuages), puis beaucoup de neige au sol (par moments jusqu'aux genoux).
Mais c'est mon premier jour de rando, je l'ai tellement attendue (des années !) que rien ne peut entamer mon moral.
Après midi, les conditions sont assez pénibles, je me perds régulièrement, à chaque fois je reviens sur mes pas jusqu'au dernier point sûr, et ainsi de suite. Vu les conditions, pas trop de pauses...
Je croise 4 randonneurs espagnols qui arrivent du refuge (mon objectif) : ils ont l'air un peu entamés physiquement, bien équipés, et me disent tous qu'il fait un temps de chien là haut...
Je continue ma lente progression, c'est de plus en plus pentu, je vois de moins en moins (brouillard, pas de traces), je finis par me retrouver sur une pente assez forte, avec de la neige de plus en plus dure, puis de la glace...
Là, ça craint : pas de piolet, pas de crampons. Je mets des coups de pieds : impossible de prendre un appui sûr, pourtant je vois des cairns, je suis sur bien sur le chemin.
Il me reste environ 150m de montée à faire.
Que faire ?
Ce que j'ai fait : demi tour, jusqu'à un endroit où bivouaquer. Vu la glace, demain ce sera surement le même topo, les 8 jours rentrent juste dans mes vacances, j'ai pas trop de mou sur le planning, surtout que je me suis bien entamé aujourd'hui, donc j'avancerai un peu moins vite les jours suivants pour récupérer.
Je fais juste le constat qu'il y a encore trop de neige dans le massif, et qu'il faudra revenir : le lendemain, je redescends dans la vallée et rentre chez moi.

Quelques remarques :
Je pense que j'ai pris la bonne décision, et ce que j'ai lu sur le forum (que je fréquente depuis quelques années) m'a permis de mieux appréhender ce qu'il se passait, de mieux objectiver, d'être plus lucide.
Je pense que sans le forum j'aurai probablement pris la même décision, mais plus confusément, avec moins d'assurance, plus de stress, moins de recul, hésitation entre « se faire mal et y aller » ou « être raisonnable et renoncer », etc... Et c'est quand on est moins lucide qu'on est plus apte à foirer. Donc merci pour ça.
Ce que j'en retiens aussi :
-   savoir repérer quand ça pue (être « aware »)
-   savoir faire demi tour si on le sent pas/plus
-   quand on est perdu, on revient systématiquement sur ses pas jusqu'au dernier point connu sur la carte (l'autre option qui est de continuer à droite/à gauche pour retrouver un chemin n'est pas une option)
-   avoir toujours de la marge (physiquement pour pouvoir continuer, dans le timing, etc...)
-   quand on part en autonomie, on porte plus (j'avais 13kg pour 5 jours d'autonomie), mais on prend vraiment vraiment moins de risques

Voilà cette petite expérience, et je me suis dit que je pouvais la partager ici...
HMA

Nathan-Brithless

bon retex, tu a fait des choix raisonable et judicieux, orgueil en poche et cerveau sur "ON"..
merci pour ce partage!
bien des sots se seraient retrouvé dans la mouise pour n'avoir pas su faire ces choix...et on aurait (enfin) parlé de "survie"!

bravo à toi
L'eau se referme derriere le poisson qui avance

Bison

Bonjour hma!

Super que tu aies bien profité de tes lectures!

Citation de: hmaCe que j'en retiens aussi :
-   savoir repérer quand ça pue (être « aware »)
-   savoir faire demi tour si on le sent pas/plus
Sur un autre forum où l'on parle beaucoup de rando dans les Pyrénnées sévit un certain highpictv qui est initiateur en montagne et un sacré grimpeur. De tous les randonneurs que je connais par "retex", c'est le gars qui a le plus de demi-tours à son actif!
Bien connu aussi dans la profession de pilote de ligne :  les plus vieux commandants sont les premiers à reconnaître les situations qui puent et à prendre rapidement les bonnes décisions.

Citation-   avoir toujours de la marge (physiquement pour pouvoir continuer, dans le timing, etc...)
-   quand on part en autonomie, on porte plus (j'avais 13kg pour 5 jours d'autonomie), mais on prend vraiment vraiment moins de risques
L'autonomie donne aussi de la marge en vêtements, en réserves nutritives ...

Treize kilos en HRP, avec des réserves pour cinq jours ... tu est honnorablement léger!
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

Bison

Citation de: Nathan-Britelessbien des sots se seraient retrouvé dans la mouise pour n'avoir pas su faire ces choix...et on aurait (enfin) parlé de "survie"!
Ou de secours en montagne!

C'est vrai qu'à force de parler de "Good Operating Practices" ("bonnes pratiques" en français, mais c'est moins directif), on n'aura plus de retex "vraie situation de survie".

Qui s'est déjà réellement trouvé en situation de survie ... celle où on appelle sa maman, celle où l'on prie, celle où l'on a envie de vômir,  celle ou on pleure de soulagement quand les secours arrivent?
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

Gaelounet

Citation de: hma le 26 Juillet 2010 à 10:31:34
Vu la glace, demain ce sera surement le même topo, les 8 jours rentrent juste dans mes vacances, j'ai pas trop de mou sur le planning, surtout que je me suis bien entamé aujourd'hui, donc j'avancerai un peu moins vite les jours suivants pour récupérer.
Je fais juste le constat qu'il y a encore trop de neige dans le massif, et qu'il faudra revenir : le lendemain, je redescends dans la vallée et rentre chez moi.
Comme tu ne le précises pas dans ton message, je ne sais pas si tu habites à proximité de ce secteur et donc ce que signifie ce "je rentre chez moi". Je suppose que tu avais "un plan B" et j'espère que tu as quand même profité de ces quelques jours de vacances tout juste entamés pour randonner dans la région sur un parcours moins exposé ?

Corin

Décider de renoncer, c'est un acte de sagesse.
Il y a trop de gens qui croient faire la démonstration de je ne sais quelle qualité en forçant le destin, que ça doit être salué.

Il y a plus de gens morts d'avoir forcé que d'avoir renoncé.

Renoncer, c'est comme le 37ème stratagème (l'ultime quand les 36 stratagèmes ont échoué). C'est à dire, se donner la possibilité de revenir pour vaincre.

A+

guillaume

Merci pour le retex, je pense que tu as aussi pris les bonnes décisions. Tu n'avais peut-être plus que 150m mais sur ces 150m tu te serai probablement épuisé et tu aurais du dormir sur place, épuisé qui plus est.

Un bel exemple de comment renoncer :doubleup:.

a+

Lynx

#7
Il est difficile de renoncer à ses projets et à l'estime des autres lorsque tu es en groupe.
Il est d'autant plus difficile de se convaincre de renoncer lorsque pour tous, ca va le faire.
Il faut puiser la force de conviction au plus profond de sois.

Parfois avec l'expérience,  tu te rend compte que "tu le sens pas" tu ne saurais apporter de démonstration claire sur ton sentiment, mais c'est pas terrible, t'as un doute, c'est pas clair...

A partir de ce point, tu as deux risques
   - En sur estimant le risque, celui de planter une sortie, une journée, un bon moment entre potes que sais je...  
   - En sous estimant le risque, celui de te planter, de te retrouver coincé en réelle situation de survie, ou alors d'être sanctionné pour avoir été au mauvais endroit au mauvais  moment.

A toi de choisir sur quel contrat tu signes.

Deux anecdotes perso

  Le bon choix:
   En rando avec deux potes, on se pointe sur un petit plateau. D'un coup, le relief plonge de 300m. En principe, beaucoup d'éboulis fins, pleins de couloirs.
   La carte présente quelques rochers mais rien de méchant.
   Violent doute. Je le sens pas, mais pas du tout (pourquoi?) j'objecte, je décide de faire le tour...grosse contestation...je maintiens ma politique, je fais le tour, rendez vous en bas. Devant mon coté lâcheur, ca discute, mais au final, ils suivent. Vu du bas, cela se présentait comme un alignement d'entonnoirs finissant sur des barres, le tout très raide et visiblement instable. J'ai gagné une tournée ce jour la.

 Le mauvais choix:
  En alpi, bivouac sur le glacier, le lendemain, un couloir en vue, truc de 600 m, bien raide, face nord.
  Lors de l'approche, l'ambiance était estivale même à 2500m... chaud, atmosphère pesante.
  Le lendemain, 3h, l'ambiance n'était pas apaisée, le regel médiocre, mais le temps clair, plein d'étoiles.
  On décide d'aller au pied de la face, puis on monte à la rimaye toujours pour voir... Deux secondes plus tard, on s'est fait aligner par un tir croisé.
  Mitrailleuses en enfilade et mortier lourd, ca volait de partout. J'ai juste eu le temps de sauter dans la rimaye et de chopper mon collègue.
  Deux cordées au dessus sont redescendues promptement. Bilan général: un poignet cassé, un casque ouvert en deux et un bon mal de crâne...
  On a tous eu du bol. Pourtant, on a tous eu le même sentiment de doute. Mais voila, la marche d'approche, la semaine à préparer le truc...
trop tenté  d'aller voir...

En conclusion, je dirais qu'il serait judicieux de prendre un moment et de se poser en s'écoutant.
Cela est indispensable en groupe. On connaît l'influence du groupe sur ses décisions, c'est donc dans son coin et sans les autres qu'on prendra les meilleurs décisions et qu'on saura s'en convaincre.

Enfin ce n'est que mon avis...
Poussière aux pieds vaut mieux que poussière aux fesses. Proverbe Peul

hma

Pour le poids du sac, j'ai beaucoup parcouru le forum de RL depuis des années... Et j'applique quelques concepts depuis en gros 4 ans, où j'avais fini en épave sur le GR10 avec une tendinite au genou (et 20kg sur le dos). 3 jours à se servir des bâtons comme béquilles avec la grimace qui va avec, ça aide à la réflexion.
Je ne vise pas l'ultra léger, juste à m'alléger, sans trop faire de concessions : pas (encore) de tarp, mais une tente, etc...
Puisqu'on fait allusion au sac de couchage, je le trouve souvent overkill l'été, mais je le prends toujours (en fait, j'en ai qu'un de « sérieux », testé et approuvé dans pas mal de situations).
Et j'étais effectivement bien content de l'avoir ce jour là, ça rassure énormément (au pire, je plante la tente et je me couche, on verra demain, c'est ma cellule de survie)

Côté fringues, je suis léger dans le sac : une polaire + une tenue légère de bivouac. Si ça suffit pas, direction sac de couchage dans la tente.

Pour les névés glacés, il parait qu'il y a une technique (vue sur RL) avec les bâtons : on plante le bâton, et on pose le pied juste au dessus, bien calé contre le bâton planté, et on avance comme ça...
Vu la pente, avec un sac à dos, je le sentais pas... Donc ½ tour...
Le risque c'était pas vraiment l'épuisement mais plutôt une grosse glissade sur un névé en balcon, avec un atterrissage pas drôle...

Je rejoints Lynx, les décisions en groupe sont infiniment plus complexes que les décisions seul !

J'y retourne dans 1 semaine, et là, ça devrait être une autre histoire !

Foucret

Franchement il n'y a aucune honte à abandonner dans des conditions dangereuses, après tout nous ne sommes pas dans le Vercors à résister et poursuivis par des forces d'occupations que je sache.

Alors, franchement les autres, on s'en fiche royalement. S'ils veulent se suicider inutile qu'ils ne nous mêlent à ça.

Après je comprends bien que quand on a la vingtaine, et en groupe, on suive le mouvement, mais franchement c'est stupide et égoïste (pensons à nos proches et aux sauveteurs qui pourraient être amenés à risquer, voir à perdre, leur vie pour aller nous chercher en cas de problème).

Et je sais, hélas, de quoi je parle : imaginez la scène, il y a bien des années, je parle d'un temps que les moins de quinze ans ne peuvent connaître, je me casse le bras droit en trois morceau consécutivement à une chute au début d'un raid. Que croyez-vous que je fisse ? Est-ce que j'ai renoncé ? Que nenni chers amis, j'étais bien trop jeune con pour ça. J'étais un warrior bien sur, un pur, un dur, un tatoué (heu en fait non pas de tatouage), alors j'ai continué bravement connement en glissant mon bras dans ma ceinture famas.

Au programme : escalade, descente en rappel, ramper dans de l'eau qui devait culminer à à peu près 4c° dans un tunnel (s'il avait plu juste à ce moment là je ne serais pas là pour vous raconter, parce que bien sur on avait pas vérifié la météo :-[), marche pendant plus de 30 heures sous une pluie fine et verglacée ; et une fièvre telle qu'on aurait pu cuire un œuf sur mon crâne en deux minutes. Sans compter le délire qui m'a fait voir Jean-Jacques Goldman en pleine forêt, en pleine nuit, se promenant tranquillement en chemisette. ^-^

Et, pour tout vous dire, les douleurs dans mon bras à chaque changement de temps un peu brusque et prononcé me font régulièrement souvenance de la chance que j'ai eu à cette époque et que jamais, au grand jamais, il ne faut renoncer à renoncer. Quitte pour cela à passer pour un lâche.

Encore une fois nous ne sommes pas en guerre, et si javais passé l'arme à gauche cette fois là cela aurait été 100% ma faute et je ne serais pas mort en héros mais en couillon ayant gaspillé sa vie.

Alors cette aventure m'a certes forgé le caractère et fait grandir ; puisque j'ai appris à renoncer quand il le faut ; mais franchement je m'en serai bien passé.

Sans compter mon capital chance que j'ai dû épuiser totalement cette fois là...

Alors quand j'ai le choix depuis lors je le fais très vite.