Par ailleurs, l'observation de Kilbith sur la non utilité de la longue portée doit, selon moi, être nuancée. Comparons une 22lr et une 222/223 rem : les portées utiles respectives sont de 50m et 200m. 4x plus de portée signifie...15x plus de surface couverte. Certes, on ne disposera pas toujours d'un champs de tir permettant d'exploiter cette portée, mais, il me sempble que 15x de surface potentiellement chassable constitue une avantage certain.
Déclaration préliminaire :
Globalement, sur ce type de fil, on titille un peu nos amis les diptères. En effet, la probabilité d'utiliser une "arme à feu de survie" est extrêmement faible pour un francophone en 2011. Mais c'est aussi un bon "support" à la réflexion et partant à la connaissance des armes à feu. Tout en sachant que c'est comme la boxe : il est conseillé de ne pas se contenter d'une culture livresque.
La "longue portée" est parfois utile, mais cela dépend du biotope. En montagne au dessus de la ligne des arbres, c'est très utile, sur un mirador en lisière de bois et devant un open fiel aussi...dans la steppe ou la toundra certainement (mais là j'ai jamais exercé).
Ce qui tue, c'est la balle. Et une balle, même peu puissante, qui touche un organe vital, tue vite. A la chasse on cherche à tuer vite (je vais employer le terme "d'abattre" parce qu'il est préférable de chasser avant de tirer que de chasser après avoir tiré. Avec un .22lr tiré d'un contender ou drulov (pistolet précis) on peut abattre une biche à une trentaine de mètre (les braconniers le font)...mais il faut taper dans la tête. Sinon on crée une blessure, qui tuera peut être d'infection mais bien plus tard.
Dans une situation de survie, on est par définition dans un lieu peu habité. La pression de chasse est donc faible et le gibier abondant et peu farouche. En fait ce n'est pas si évident l'abondance du gibier, car les lieux inhabités sont des lieux inhospitaliers sinon l’homme aurait trouvé un moyen de s'installer. mais on peut espérer que le gibier soit peu farouche.
Un gibier peu farouche se laisse approcher...tout simplement par ce qu'il ne craint pas l'homme et ne l'identifie pas comme prédateur armé. Or c'est le seul prédateur qui peut atteindre une cible à 30/50 m. Dans nos contrés, les animaux qui n'ont pas intégrés ce dernier point sont déjà morts depuis longtemps (invention de l'arc).
La portée d'une munition n'est pas tout. Avant de tirer il faut repérer le gibier, l'identifier, le viser, l'atteindre (avec précision) et c'est seulement à la fin que la balle fera le travail. Avoir une munition capable d'abattre à 300m dans une arme imprécise et avec des instruments de visés mal réglés ou inadaptés est tout simplement très aléatoire. Si à cela s’ajoute les capacités standard d'un homme dont ce n'est pas l'activité n°1 (hypothèse "de survie") ce n'est pas bon.
les portées utiles respectives sont de 50m et 200m. 4x plus de portée signifie...15x plus de surface couverte.
La portée "utile" n'est pas la portée létale. C'est habituellement la portée correspondant à la DRO (distance de réglage optimale), combinée à la chasse avec l'idée d'avoir une puissance suffisante pour réussir un tir "à abattre" dans le coffre.
Pour rappel la DRO c'est la partie de la trajectoire d'une munition ou la balle ne se trouve jamais à + ou - 4 cm (valeur courante en Europe) de la ligne de visée. Cela permet donc d’atteindre le cœur d'un ongulé avec une munition de chasse sans avoir à estimer la distance de tir. Donc à 50 m la balle va taper un peu "haut" (mais toujours dans le coeur) et à 200m un peu "bas" mais toujours dans le coeur.
Il faut aussi que la balle puisse atteindre le coeur (qui est assez profond et protégé par les cotes) et éventuellement, si on le loupe, faire assez de dégâts dans la cage thoracique pour que l’hémorragie consécutive abatte l'animal rapidement (sachant que dans un lieu dégagé si un animal fait 100/200m ce n'est pas grave alors qu'au bois sans chiens on le perd souvent). Elle doit conserver suffisamment de puissance à l'impact et ne pas s'arrêter trop vite.
Tout cela c'est pour une arme de chasse qui essaye d'être optimale. Le résultat que le chasseur/carabinier moyen tire des cartouches bien plus puissantes que des munitions de guerre, avec des balles bien plus sophistiquées, dans des armes bien plus précises et avec des optiques bien plus performantes que ce dont dispose les militaires, y compris les snipers (sauf exception, notoirement les dispositifs électroniques interdits pour les civils et les calibres "maouss costaud" en faveur actuellement).
Revenons à la "survie".
Rien n'empêche d'abattre régulièrement un caribou à 100m avec une .22lr. Mais il va falloir l'atteindre à la tête. Ce n'est pas impossible avec des armes modernes précise à plus d'une minute d'angle. MAIS il faut une arme parfaitement réglée, un tir parfait, ET une bonne appréciation des distances et des conditions de tir (altitude, température, vent...). On peut oublier.
Avec une .222 , .223, .243 : la trajectoire sera tendue jusqu'à 100m, et la DRO d'environ 150/200m selon les munitions. La balle sera faiblarde pour atteindre le coeur à ces distances, sauf à être très dure. Ce qui oblige alors à une précision supérieure et à accepter l'aléa du passage de cotes (qui peuvent dévier la balle). Pour la tête, c'est vraiment assez puissant : mais la DRO n'est plus valide, il faut tomber sous la minute d'angle en précision de tir, ce qui exige une arme lourde, longue, parfaitement réglée, des munitions de précision, des instruments de visés performants et un tireur excellent... Au final, c'est mieux que la .22, mais pas énormément. On est dans le Varmint.
On peut envisager du "lourd" courant genre 7RM, 300 Win magnum (normalement un type devrait me reprendre sur ce passage et indiquer que la .30-378 Weatherby Magnum est le minimum requis et que
lui il tire cette cartouche sans problèmes. C'est en général le même type qui se contente d'un tshirt par -20°C)...mais le gain sera d'une trentaine de mètre avec une arme et des munitions bien plus lourdes et encombrantes. Ce qui fait qu'on s'éloigne de l'arme de survie qui rentre dans un sac et que l'on transporte partout avec soit. Cela devra être accompagné d'une arme, d'une optique et d'un tireur excellent.
Enfin, un calibre peu rapide mais lourd e et à la trajectoire non tendue peut parfaitement abattre régulièrement un gibier à 200m ou plus. MAIS il faut un chasseur connaissant parfaitement les capacités de sa munition (données balistiques), son arme, ET qui soit capable d'évaluer la distance exacte du gibier (et le vent, la température...) pour compenser la trajectoire très courbe de la balle. Si son arme est précise, c'est possible...Mais excessivement rare.
Mes deux balles.
