En ce qui me concerne maintenant je ne conçois pas les choses pareillement, lorsque je suis confronté à une situation qui pue, je me met plutôt en ''off'' .. c'est à dire que ''j'éteins'' le cerveau, qui pour moi réfléchis de manière verbale et posée, donc en émettant des phrases clairement entendues dans ma tête, et je laisse ce que j'appelle le ''pilote automatique'', ce qui correspondrait au mode reptilien.
Oui. C'est exactement ça. Moi c'est pareil, sauf que j'appelle ça le monde "on". Le mode "on", c'est juste que le combat est engagé et que les barrières tombent. Et la petite phrase mentale, c'est juste avant de passer en mode combat que je me la dis. Quand ça monte. Quand on sent que ça devient tendu et qu'on a, justement, du mal à l'accepter. Envie de ne pas être là et envie que le con qui arrive en face n'existe pas... La petite phrase, elle me replonge là-dedans, mais en quelque sorte avec l'autorisation de me préparer au combat.
En fait, ce qui me bloque MOI, le plus, c'est pas tellement la peur d'avoir mal ou de l'affrontement lui-même... ce qui me bloque c'est la peur d'être injuste. J'ai peur de défoncer la geule à un mec pour rien. J'ai peur de réagir trop fort, d'avoir mal jugé la situation et de casser un mec qui n'aurait pas attaqué, etc. Du coup je recule le plus possible le moment où j'engage les hostilités... et parfois trop. Parfois j'attends au point de manger avant de donner...
Donc pour contrer cet effet là, j'ai développé cette petite phrase mentale sans m'en rendre compte. C'est comme si mon cerveau "logique" ne voulait pas directement engager les hostilités, même quand il reconaît le danger. Donc le cerveau logique, via cette petite phrase, envoie le signal au barbare qui est en-dessous. "Ok, c'est maintenant", c'est en fait le cerveau logique qui tourne la clé du cadenas et qui libère le chien de guerre qui était là, enchaîné depuis trop longtemps.
Vu la dangerosité de l'animal, c'est pas plus mal qu'il soit enchaîné tout le temps SAUF quand je lui donne l'autorisation d'agir... Et je lui donne l'aurotisation de s'exprimer en me disant "OK, c'est maintenant".
Je cesse de parler ..(d'ailleurs en y pensant, j'en serais même incapable , la partie commandant la parole étant ''off'' momentanément) mon regard se fixe dans le vague, je ne regarde plus l'adversaire, mais légèrement à côté, pour activer la sensibilité aux mouvements de mes yeux ( nos yeux étant placés devant comme ceux de tous les prédateurs de cette Terre , ils sont entre autre ''programmés'' pour évaluer correctement la distance exacte aux ''proies'' et pour réagir aux mouvements mêmes infîmes et lointains que nous percevons, pour ceux qui n'avaient jamais remarqués , notez comme les bébés réagissent aux mains qui bougent à proximité, leur vision générale étant floue à la naissance) et je me tiens prêt à ''rentrer'' . Je n'ai pas de phrase de déclenchement, car tout l'état évoqué ici est une phase de déclenchement à elle seule. Dès le moment propice arrivé, un geste brusque , une main qui se cache, ou simplement une garde qui se relâche, l'attaque se déclenche d'elle même, elle est évidente, sans hésitation . J'essaie de me mettre en symbiose avec ce qui m'entoure, le déplacement d'air, les pensées de l'adversaire, pour prévoir ses mouvements et les contrer .
Oui, pareil... quand je suis en mode "survie", je ne parle plus. Je suis juste un paquet de muscles et d'os qui cherchent à broyer les points sensibles de la menace. Même mon cerveau se recentre tout entier sur les impératifs tactiques à très court terme. TOUT mon être est là, prêt à survivre.
Si je suis parfaitement honnête, c'est une sensation que j'adore. Je ne me suis pas souvent senti aussi vivant que dans ces moments là. Mais quand on voit les effets que ça produit, par contre, ça calme...
Je pense qu'il est primordial de l'accepter, d'accepter une situation d'injustice qui nous arrive pour y faire face, et réagir efficament. Curieusement l'adrénaline peut atteindre des pics dignes de l'Everest dans la phase de désescalade, mais une fois en mode ''Ta gueule le cerveau'' enclenché, tout devient calme, clair et limpide..
Oui. C'est avant de faire le choix qu'on se sent mal. Une fois qu'on est passé en mode "on" (ou "off", ou "ta gueule le cerveau" ou "survie"), la sensation de peur disparaît. C'est fini. On est dans un état bizarre à cheval entre la vie et la mort -- style je vais peut-être être mort dans 5 secondes autant en profiter à fond -- et on s'en bat les c*u!lles.
Il est juste marrant de soulever un autre point peut-être , je pense que certains ont dû le ressentir également, lorsqu'on parle de l'effet tunnel, un truc qui y ressemble pour moi, c'est le mode ''spectateur''. Quand t'as l'impression d'agir sous les commandes de ton instinct, et que ton cerveau conscient, lui, observe tes actions à travers tes gestes mais n'en est pas directement responsable. C'est ce que je trouve le plus dingue dans cette curieuse alchimie..
C'est clair... tu te vois réagir, bouger, et tu te fais presque l'effet d'n commentateur sportif embarqué dans ta propre tête... style "ouh... magistral crochet de la droite du gros barbare qui malheureusement rippe sur la tempe de son adversaire qui profite du déséquilibre pour..."

Ca et l'effet ralenti... et la précision hallucinante de la pensée... la vitesse à laquelle tu improvises des façons de contrer, de bouger, de survivre... c'est vraiment bien foutu, comme machine...
Ciao

David