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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Jusqu'au bout d'un rêve  (Lu 1169 fois)

21 mai 2010 à 22:12:49
Lu 1169 fois

Toumai


En lisant tous vos recits je ne resiste pas à l'envie de vous faire partager  ce
qu'a pu etre l'ascension du Kilimanjaro pour   2 neophytes celto-normands  qui décident de faire ca sur un coup de tête . .
 
A noter que nous sommes  des marcheurs normaux  sans plus. La montagne on connaissait uniquement un pt'it peu
grâce aux  sports d'hiver.

Bon je laisse parler la narratrice  (mon épouse) qui écrivit cela il y a environ une dizaine d'années  pour quelques amis .. (c'est brut de fonderie , en 3 volets,  mais je mets que le 1er . si vous voulez la suite je ferai suivre ..)

21 mai 2010 à 22:14:33
Réponse #1

Toumai


2001, Kilimanjaro, Yes we did it successfully, right to the summit, 5875 m !!!
Jambo, Acounamatata!!!

Pardon pour écrire si longtemps après, mais il a déjà fallu laver toutes les affaires de fond en comble en rentrant,  puis j'ai bossé tout le WE et ce matin, pour sa reprise,  Jean-Marc a loupé le réveil... ce qui dénote d'un enthousiasme fou pour le boulot...D'ailleurs il m'a dit  "tant que je sens encore  mon bonnet  sur la tête,..."

Bon à présent tâchons de faire un petit topo, mais, sincèrement je préfèrerai de loin en parler  de vive voix avec vous car c'est si vivant, l'Afrique!  En une semaine, c'est fou le dépaysement qu'on peut ressentir, et cette impression fabuleuse d'avoir été téléporté dans un autre monde où nos petits repères ont disparus.

Mais surtout, il y a eu cette ascension, ce petit exploit !

Premier jour:

On arrive en jeep à la porte Machame vers 9H00 , dernier lieu de civilisation, derniers wc dignes de cette dénomination. A peine le temps d'en profiter une fois encore et hop, on nous crie en anglais de suivre les porteurs, car le guide qui doit préparer un certain nombre de choses nous rejoindra après.  Alors, on galope derrière 2 jeunes gars de la tribu des Chagas qui vivent sur les flancs du Kili, l'un porte sur son dos la bouteille de gaz de notre expédition, et l'autre un énorme sac en plastique sur ses épaules, comme ceux pour ramasser la pelouse tondue. Ils n'ont aux pieds que des claquettes ou des chaussures bateau, et il foncent comme des malades dans la forêt dense, le long d'un chemin bordé d'arbres immenses, inconnus et magnifiques. Il y a des connifères, mais que je n'ai encore jamais vus, il y a des ficus géants, des caoutchoucs géants, des petites fleurs comme des orchidées (je pense que s'en sont des sauvages, d'ailleurs). Il ne fait ni très chaud, ni très ensoleillé, on supporte facilement la chemisette et le pantalon.

On marche, vite, trop vite, Jean-Marc, lorsqu'il porte le sac, sue à grosses gouttes et traîne derrière, quant à moi, je m'étale avec élégance sur des racines, et je me relève égratignée et pleine d'une superbe terre rouge partout...  Les porteurs ne ralentissent pas pour autant leur cadence infernale. Heureusement, au bout de 4 h de marche notre guide nous rejoint enfin, il s'appelle James, il est originaire des bords du lac Victoria. Et là, nous allons apprendre, en swahili,  les bases d'une ascension réussie,:

"Poullé, poullé", ce qui signifie"tout doucement, tout doucement", c'est le secret en haute montagne, toujours avancer, ne jamais s'arrêter, mais tout doux.
James  porte 30 kg de choses sur son dos !!! , mais il n'en semble pas éprouvé. Jusqu'à présent, nous ne voyons toujours pas le Kili  même si nous sommes dessus!
Un peu frustrant, mais au fond, comme çà, je ne me mets pas martel en tête.

L'arrivée au premier campement se fait vers 15h, nos tentes sont déjà montées, nos gros sacs dedans, et le Cook  est en train de faire sa soupe fraîche pour le soir, il épluche des poireaux qu'il a emmenés...Nous sommes à 3200m, il n' y a plus de forêt, déjà, c'est une sorte de savane d'herbes hautes et de bouquets de petits arbres comme des ciprès ,en boules, pas très haut.  Le sol, c'est une poussière noire et fine qui nous colle partout, y compris dans les narines.

Première nuit en haute montagne, nuit blanche :on attrappe des escarres sur les petits matelas en mousse, et je me sens saucissonnée dans mon sac de couchage "momie", en plus, çà penche et je crois que j'ai la tête en bas, alors je tourne, je tournicote, là-dedans.

Le matin arrive, et il a gelé. On plie et hop, en route ...Je n'ai pas mentionné l'heure de la toilette, car çà n'existe pour ainsi dire plus, cette histoire là. .Je peux parler des chiottes du camp si vous le souhaitez vraiment ? Non ? Vous avez raison...

Par contre la bouffe est excellente et en surabondance: petit dejeuner  à l' anglosaxone, avec omelette et saucisses et crudités, plus du pain du thé (la seule chose buvable durant ce périple) beurre de cacahuète salé (berk!) miel kenyan, très bon, très parfumé.

2 ème jour de marche:

4h  d'une montée assez raide, vers le camp de Shira Hut, à 3800,

à présent nous traversons une savane  puis  une steppe jonchée de roches volcaniques, et parsemée de bouquets de fleurs blanches et sèches qui sont omniprésentes (j'en ai ramené un petit bouquet et maintenant çà sent le Kilimanjaro au bureau...).  Des distances incroyables, et enfin, on le voit, le monstre, "la montagne des eaux", il est large, beau, couvert de glaciers qui scintillent au soleil,"çà polarise à mort!" .

On sait qu'on va là haut, çà devient une quête mystique pour moi à partir de cet instant.

Le camp de Shira  est une vaste étendue rocheuse froide, inquiétante. Nous y sommes cependant nombreux car beaucoup de monde grimpe avec nous, des tas d'anglais, d'américains, d'allemands, quelques français (des guides de Courchevel), mais on communique peu, car on est lessivés, et chacun vaque à ses occupations.

Les américains se sont faits monter des wc là haut par les porteurs, ainsi que des tables et des chaises, pour être bien à leur aise...Le camp est très étalé de toutes façons.

L'altitude ne nous pose encore pas de soucis, si ce n'est une vague lourdeur dans le crâne. La nuit vient à 6h du soir et comme il n'y a pas la télé, et pas non plus d'électricité, eh bien on se couche, mais oui!!! On ne dort pas tellement mieux que la veille...On joue à des jeux intellos du genre: je dis un pays tu réponds la capitale...mouaif...(Je suis le maillon faible dans cette histoire.)

3ème jour de marche:

vers Baranco Hut.  C'est une très longue journée 7h de route, pratiquement non stop ( 1/2h pour manger à midi  le casse croûte),  çà monte sans interruption jusqu'à un col  à 4200m, dans des rochers noirs volcaniques, on traverse  des endroits dans la brume, un décor un peu fantasmagorique, mes ongles sont blancs, et ma tête un peu lourde, je désature en oxygène, il fait froid, on met les bonnets.

Heureusement,  on redescend de 400 m pour dormir à Barranco, c'est une nuit d'adaptation à l'altitude.

 D' ailleurs c'est un très joli endroit où poussent des séneçons géants. Il y a un impressionnant canyon, et au-dessus de nos têtes, majestueux, le glacier à vaincre qui étale ses reflets dans le soleil couchant.

La nuit sera bonne, pour une fois.

4ème jour de marche:

 vers Barrafu, dernier camp avant l'ascension finale. Le matin, on franchit une grande muraille, limite entre randonnée et escalade, il faut faire gaffe, et s'accrocher par endroits : le canyon est au-dessous de nos pieds.

 A midi, on mange dans une petite vallée sympa où certains auront la sagesse de camper un soir de plus avant d'attaquer le sommet. Mais nous sommes des bons et on continue à monter, monter, monter, sans cesse. Cette partie est difficile et très longue, mais si nous savions !!!

Il  fait froid, le sol n'est plus que poussière grise , ardoises sonores qui tintent sous nos godillos, et quelques rochers inhospitaliers. C'est pourtant un de ceux-là que je me vois dans l'obligation de choisir pour satisfaire un besoin naturel plus que pressant: çà gargouille horriblement dans mes intestins...Je me sens mal, je m'arrête donc derrière ce qui me semble un abri décent. Je commence à jouer de la trompette, armée de mon rouleau de pq, et j'entends des voix en swahili qui se rapprochent, et qui ont l'air de bien rigoler, je me retourne et, là, malheur, je me rends compte qu'on peut me voir du chemin et que les porteurs noirs qui arrivent ont vu, en effet!  Ma position est très inconfortable, mais je ne peux m'arreter maintenant !
Pour finir, le moral à zéro, je me rempouche, et continuant à souffrir dans la montée vers Barrafu, je vois soudain l'image de Gérard, mon beau-frère, devant moi ( est-ce le délire de la haute montagne qui me prend ?) Il me dit "Ah, ah!!! çà ne rigole  plus!!!" 


.. à suivre ..

21 mai 2010 à 22:20:13
Réponse #2

nemesys


 :love:la suite, la suite !!! :love:
J'aimerais bien pouvoir écrire comme ça moi aussi, et vivre des choses aussi intense ...

21 mai 2010 à 22:24:24
Réponse #3

Toumai


Et voici la suite de l'épopée tanzanienne ou l’on gravit la cheminée du volcan.

Vers 16h, nous sommes arrivés au dernier camp,Barrafu. Une étroite bande de cailloux et d'ardoises , où on se demande comment les porteurs ont réussi à planter la tente. James nous met en garde: "faites bien attention si vous devez aller aux toilettes cette nuit, n'allez pas par derrière la tente, il y a un ravin, 2 personnes sont mortes là la semaine dernière...tu parles, moi qui ne pense qu'aux wc , je risque ma peau ? Je rêve entre autre qu'en haut du cratère, il y a de belles petites chiottes blanches, parfumées, avec du papier, un lave-main, et une chasse-d'eau...Et qui ferment à clef...
La nuit tombe et nous nous préparons pour 3 petites heures de repos avant l'ascension finale. "Nuit courte" c'était sur le papier de l'agence...Ils ne croyaient pas si bien dire.J 'ai réussi à dormir un peu, malgré le manque d'oxygène qui me provoque des apnées (je me réveille brutalement en me disant que j'ai oublié de respirer et, j'avale une goulée d'air).

Je me suis doppée en tiorfan et spasfon, rapport à mes problèmes de gastro...Jean-Marc, mal à l'aise depuis un petit moment de ce côté là aussi, ne parviendra pas à dormir du tout...

Par une nuit étoilée et surtout  -20°c,  pas un poil de vent (alléluia!), nous nous levons vers 23H30,  Saïdi, notre cuisto nous sert un thé avec des gâteaux secs qui ressemblent à du pain de guerre...c'est tout juste si je parviens à en avaler 2, car à cette altitude, on devient parfaitement anorexique, c'est très efficace pour le régime amaigrissant, je l'ai vérifié au retour.
 Nous nous mettons en marche derrière James qui tient la lampe de poche juste pour que nous puissions voir un peu où nous mettons les pieds. On avance tout doucement dans le noir et sur une pente à 45%, avec l'impression qu'on va se casser la figure car on est déséquilibré  par le manque de sommeil, le noir aussi, et peut-être l'altitude. Il fait terriblement froid, on doit etre à 5000 environ.

D'autres montent aussi, et ce sont des chenilles de lampes  aux lumières bleutées  qui se déroulent sur les flancs du volcan. Il faut soigneusement calculer son rythme respiratoire, juste la dose suffisante pour avancer un peu, ne pas essayer d'en avoir plus car c'est la nausée qui nous guette.(en plus des vilains gargouillis et spasmes qui nous taraudent le ventre, c'est bien le moment!) Jean-Marc est très fatigué, il demande à s'arrêter. On fait un break, mais qui en réalité ne nous repose pas: au contraire, cela nous affaiblit, car nous nous refroidissons très rapidement. Il faut repartir, je m'énerve "si on n'avance pas plus vite, je vais mourrir de froid ici !!!"

Jean-Marc, derrière moi, a du mal à  suivre la cadence sur le plan respiratoire, il est moins adapté:"Mais qu'est-ce qui m'a pris de t'emmener là dedans!!!"  Bref, çà tourne au cauchemard, alors il faut se calmer et cesser de paniquer. Je dis:" Mais non, ce sera génial tout à l'heure, là haut." Mais il nous reste encore plusieurs heures de marche dans ces conditions, En tout, nous marcherons 7 heures comme çà.

Je finis par me réchauffer et ne ne m'arrêtant plus je parviens à garder un rythme qui me conviens ,je sais que j'irai au bout sans problème.. Mais je ne me rends pas compte que pour Jean-Marc, c'est beaucoup plus dur, il ne respire que difficilement , il dit qu'il est malade, qu'il a la nausée. Le guide le booste un peu "On est presque en haut, tu es simplment très fatigué mais pas vraiment malade ?"

Alors on continue, et on y parvient, Stera point, le bord du cratère, et enfin l'aube fait pâlir le ciel (je pense à la petite chèvre de monsieur Seguin).

C'est splendide, un cratère de 3 à 4 km de circonférence, un ovale presque parfait, dans le fond, une étendue grisâtre toute plate.J e suis dopée, et prête pour aller jusqu'au point culminant situé à l'autre extrémité du cratère :Uruhu peak, 5875

Mais Jean-Marc me dit qu'il est au bout du rouleau, qu'il veut s'arrêter et nous attendre là.  Mais ce n'est plus possible, la température est si basse que le simple fait de s'arrêter constitue un danger de mort. Nous l'entraînons donc jusqu'au bout, mais je commence à réaliser que ce sera trop dur pour lui, il  est vert, c'est tout juste s'il répond à mes questions, il dit qu'il sent sa cage thoracique se comprimer et se geler qu'il ne parvient pas à se réchauffer, malgré le soleil qui vient de faire une apparition splendide au-dessus de l'horizon rouge.

Tout autour de nous, les glaces du Kilimanjaro, des épaisseurs de plusieurs mètres de glace, s'éclairent au soleil. .Les larmes, d'épuisement et d'émotion me jaillissent des yeux.Je marche devant vers le sommet, "holidays, oh holidays, c'est l'avion qui habite au ciel, et sousl'ombre de son aile, une ville passe, que la terre est basse, holidays..."derrière moi Jean-Marc suit malgré son épuisement total, avec James qui le surveille du coin de son oeil expert..

Il y a simplement un panneau à Uruhu peak qui dit ceci:" Congratulations, you are on the biggest point in Africa 5875m!!!"

Je me fais prendre vite fait en photo devant, histoire de bien prouver que je l'ai fait. Et je dis, "on repart tout de suite, maintenant, car Jean-Marc ne supporte plus du tout"

Et nous commençons à redecendre ce que nous avions si péniblement monté dans le noir.
Cette fois-ci, il commence à faire chaud sur cette piste noire que nous dévallons dans la poussière et les cailloux  au risque de nous retourner un ménisque.1h1/2 de descente jusqu'au fameux camp de Barrafu, où nous parvenons, totalement morts vers 9h du mat.

Cependant je me sens rassurée car Jean-Marc a  miraculeusement  récupéré pendant la descente.

Au camp Saïdi nous apporte deux grands verres de soda à l'orange, mais je ne peux en avaler qu'un tiers, car je sens bien que si je bois normalement, ce sera la bérézina complète!. Ensuite, nous négocions âprement 1h de repos avant d'attaquer  la descente vers la porte Mweka (5h de marche), mais nous sommes au bord de la syncope...

..a suivre…

22 mai 2010 à 13:57:19
Réponse #4

Toumai


Dernier volet , le retour …

Il fait très chaud, il est 10h du matin, je m'endors sous la tente, roulée en boule, en attendant le départ. Mais au bout d'un quart d'heure, Jean-Marc m'appelle :"Sylvie excuse- moi de te réveiller, mais c'est important

-oui, que se passe-t-il ?
-Tu ne crois pas qu'on devrait rester la journée et la nuit ici, c'est de l'inconscience de redescendre dans l'état où nous sommes ,non?

(moi, un peu ensuquée,)-Ben oui, t'as raison."

Jean-Marc appelle James et parlemente avec lui pour stationner à Barrafu un jour de plus avant d'attaquer la descente. Mais pour si gentil et compréhensif qu'il soit, James refuse catégoriquement ! Cela ne dépend d'ailleurs pas de lui, mais à cette altitude(4600), on n'a pas le droit de rester plus d'une journée, et alors, camper 2 nuits ce n'est pas possible, les rangers du parc national du Kili nous vireront, de toutes manières.

Alors, malgré nos ligaments déglingués, malgré nos pauvres jambes qui ne nous portent plus, nous descendons, sans un mot, un peu fâchés contre le pauvre James (on le soupçonne vaguement d'avoir refusé parce qu'il veut être rentrer  chez lui à Arusha dimanche après-midi dans sa petite famille, et ceci aurait été un fâcheux contre-temps dans son emploi du temps...)

Poussière grise qui vole autour de nous.James annonce "là-bas, tu vois le chemin sur la colline ? eh bien le camp Mweka est derrière." Ce qu'il ne précise pas, c'est qu'une fois arrivés derrière cette colline, il y a une autre colline, puis une autre encore, et encore une autre... Nous descendrons pendant 5heures non stop, traversant une steppe superbe, avec les fleurs blanches séchées en bouquets partout.

Enfin le camp Mweka,3100m.Nos tentes sont prêtes, comme d'habitude, Richard, le porteur Maasai nous accueille d'un retentissant "çà va ?" Je lui fais signe que je suis sur les rotules. Il sourit avec indulgence . Le camp est très agréable, les Wc sont presque prores, c'est un plaisir. En face de nous, des anglais d'un âge certain boivent le thé sur une table de camping.
Saïdi nous apporte (béni soit ce type!) une cuvette remplie d'eau chaude. Avec ce qui reste de "propre" dans le coin d'une serviette éponge, on fait un brin de toilette (moi d'abord !!!) C'est fou ce qu'on se sent net après s'être simplement débarbouillé la figure et décrotté les ongles.

Après, James vient s'asseoir avec nous, il veut discuter, en fait, çà sent l'heure du "backchish"! Je le devine à son expression, et nous donnons donc ce qui ous a été recommandé au départ, avec une bonne rallonge au bout, car c'est vrai qu'ils nous ont bichonnné tout au long du périple. J'y ajoute tous les médicaments, les pansements, chlorhexidine, sérum phy compresses, éosine, duoderm pommades en tout genre, même des fils à peau, que mon  chef de service  m'avait donné avant le départ" : on ne sait jamais, si tu te coupes, tu couds et tu fais des noeuds, comme des noeuds de godasse..."
Bref, le visage de James s'éclaire, je crois que je ne pouvais lui faire plus beau cadeau, car ils sont terriblement démunis en Afrique sur le plan sanitaire, mais ce n'est pas un scoop.
J'espère qu'il a bien compris les indications des traitements que je lui ai filés (j'ai des doutes sur le tiorfan et le smecta, je ne sais s'il a pigé à quoi çà sert...)

Ensuite la nuit tombe, et comme les poules, nous nous couchons,cette fois, nous dormirons vraiment. A 6h, les voix des porteurs qui se marrent en swahili nous réveillent. C'est un grand jour : le jour de la douche!!! Vite, on s'habille, on plie nos sacs de couchage, on est prêts pour la dernière partie du voyage.sans doute la plus agréable .

Une longue ballade de 6 heures dans la savane,en descente douce, puis dans la forêt dense tout en papotant avec James, de la France, de l'Euro (il n'était même pas au courant, de toutes façons il n'y a que le dollar qui compte...) Il nous parle de son père, de sa ferme sur les bords du lac Victoria...On peut parler, en descendant, car cela ne nécessite pas de souffle. Il nous maintient que dans cette forêt, il n'y a pas d'animaux sauvages, mais Jean-Marc est déçu, il aurait bien voulu que je crise sur un scorpion ou sur un serpent, une migale dans mes chaussures, un truc du style.

Soudain, au détour du chemin, un serpent vert fluo long comme une vipère de chez nous,mort, au milieu. C'est probablement un mamba vert ,mortel et il est tombé d'un arbre et les porteurs l’ont tué... Brrr... Maintenant, je flippe! Jean-Marc est satisfait...

Mais j'ai une vision en tête: la salle de bain de l'hôtel Oasis Lodge à Arusha. Je marche très vite, devant tout le monde. Nous arrivons vers 12h, un chauffeur de Wild Spirit Safari nous attend, avec le pique-nique, le temps d'aller à la cabane des rangers du parc national du Kilimanjaro signer la remise de nos diplômes (eh oui, nous avons un beau diplôme, un vrai, qu'on n'a pas soudoyé...comme certains américains obèses.)

Et voilà, on mange un morceau, on paie un coup à boire à nos porteurs ils sont émus, surtout Richard, qui me prend la main. Nous montons dans le quatre quatre et hop, direction Arusha. c'est dimanche, il y a des églises partout, avec des tas de gens qui chantent, dans leurs plus beaux atours: les femmes ont des robes roses,à fleurs, les hommes des chemises blanches impec, on se demande comment ils font. La région est catholique, alors que du côté de Zanzibar,et sur la côte, c'est plutôt musulman. Mais tout le monde s'entend assez bien.

Nous passons dire bonjour à la française qui tient l'agence à Arusha, elle a 39 ans, elle vit ici depuis 3 ans, et s'est mariée avec un tanzanien d'origine somalienne, qui est chauffeur-guide pour les safaris. C'est elle le big boss, elle est très sympa, nous tutoie d'emblée en nous félicitant (la semaine dernière, des montagnards suisses ont échoué).

Il fait très chaud, je suis vraiment dégeu, j'ai caché mes cheveux gras sous un bandana et mes ongles sont noirs jusqu'à la moitié de mes mains...

A l'hôtel, j'ai pris la douche de ma vie, j'ai fait moussert rois fois,...Après j'ai bu une grande bière de marque "Kilimanjaro", assise dans un fauteuil en rotin très confortable. Nous ignorons ce qu'est le bien être, tant qu'on en n'a pas un peu bavé...

FIN



 


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