2001, Kilimanjaro, Yes we did it successfully, right to the summit, 5875 m !!!
Jambo, Acounamatata!!!
Pardon pour écrire si longtemps après, mais il a déjà fallu laver toutes les affaires de fond en comble en rentrant, puis j'ai bossé tout le WE et ce matin, pour sa reprise, Jean-Marc a loupé le réveil... ce qui dénote d'un enthousiasme fou pour le boulot...D'ailleurs il m'a dit "tant que je sens encore mon bonnet sur la tête,..."
Bon à présent tâchons de faire un petit topo, mais, sincèrement je préfèrerai de loin en parler de vive voix avec vous car c'est si vivant, l'Afrique! En une semaine, c'est fou le dépaysement qu'on peut ressentir, et cette impression fabuleuse d'avoir été téléporté dans un autre monde où nos petits repères ont disparus.
Mais surtout, il y a eu cette ascension, ce petit exploit !
Premier jour:
On arrive en jeep à la porte Machame vers 9H00 , dernier lieu de civilisation, derniers wc dignes de cette dénomination. A peine le temps d'en profiter une fois encore et hop, on nous crie en anglais de suivre les porteurs, car le guide qui doit préparer un certain nombre de choses nous rejoindra après. Alors, on galope derrière 2 jeunes gars de la tribu des Chagas qui vivent sur les flancs du Kili, l'un porte sur son dos la bouteille de gaz de notre expédition, et l'autre un énorme sac en plastique sur ses épaules, comme ceux pour ramasser la pelouse tondue. Ils n'ont aux pieds que des claquettes ou des chaussures bateau, et il foncent comme des malades dans la forêt dense, le long d'un chemin bordé d'arbres immenses, inconnus et magnifiques. Il y a des connifères, mais que je n'ai encore jamais vus, il y a des ficus géants, des caoutchoucs géants, des petites fleurs comme des orchidées (je pense que s'en sont des sauvages, d'ailleurs). Il ne fait ni très chaud, ni très ensoleillé, on supporte facilement la chemisette et le pantalon.
On marche, vite, trop vite, Jean-Marc, lorsqu'il porte le sac, sue à grosses gouttes et traîne derrière, quant à moi, je m'étale avec élégance sur des racines, et je me relève égratignée et pleine d'une superbe terre rouge partout... Les porteurs ne ralentissent pas pour autant leur cadence infernale. Heureusement, au bout de 4 h de marche notre guide nous rejoint enfin, il s'appelle James, il est originaire des bords du lac Victoria. Et là, nous allons apprendre, en swahili, les bases d'une ascension réussie,:
"Poullé, poullé", ce qui signifie"tout doucement, tout doucement", c'est le secret en haute montagne, toujours avancer, ne jamais s'arrêter, mais tout doux.
James porte 30 kg de choses sur son dos !!! , mais il n'en semble pas éprouvé. Jusqu'à présent, nous ne voyons toujours pas le Kili même si nous sommes dessus!
Un peu frustrant, mais au fond, comme çà, je ne me mets pas martel en tête.
L'arrivée au premier campement se fait vers 15h, nos tentes sont déjà montées, nos gros sacs dedans, et le Cook est en train de faire sa soupe fraîche pour le soir, il épluche des poireaux qu'il a emmenés...Nous sommes à 3200m, il n' y a plus de forêt, déjà, c'est une sorte de savane d'herbes hautes et de bouquets de petits arbres comme des ciprès ,en boules, pas très haut. Le sol, c'est une poussière noire et fine qui nous colle partout, y compris dans les narines.
Première nuit en haute montagne, nuit blanche :on attrappe des escarres sur les petits matelas en mousse, et je me sens saucissonnée dans mon sac de couchage "momie", en plus, çà penche et je crois que j'ai la tête en bas, alors je tourne, je tournicote, là-dedans.
Le matin arrive, et il a gelé. On plie et hop, en route ...Je n'ai pas mentionné l'heure de la toilette, car çà n'existe pour ainsi dire plus, cette histoire là. .Je peux parler des chiottes du camp si vous le souhaitez vraiment ? Non ? Vous avez raison...
Par contre la bouffe est excellente et en surabondance: petit dejeuner à l' anglosaxone, avec omelette et saucisses et crudités, plus du pain du thé (la seule chose buvable durant ce périple) beurre de cacahuète salé (berk!) miel kenyan, très bon, très parfumé.
2 ème jour de marche:
4h d'une montée assez raide, vers le camp de Shira Hut, à 3800,
à présent nous traversons une savane puis une steppe jonchée de roches volcaniques, et parsemée de bouquets de fleurs blanches et sèches qui sont omniprésentes (j'en ai ramené un petit bouquet et maintenant çà sent le Kilimanjaro au bureau...). Des distances incroyables, et enfin, on le voit, le monstre, "la montagne des eaux", il est large, beau, couvert de glaciers qui scintillent au soleil,"çà polarise à mort!" .
On sait qu'on va là haut, çà devient une quête mystique pour moi à partir de cet instant.
Le camp de Shira est une vaste étendue rocheuse froide, inquiétante. Nous y sommes cependant nombreux car beaucoup de monde grimpe avec nous, des tas d'anglais, d'américains, d'allemands, quelques français (des guides de Courchevel), mais on communique peu, car on est lessivés, et chacun vaque à ses occupations.
Les américains se sont faits monter des wc là haut par les porteurs, ainsi que des tables et des chaises, pour être bien à leur aise...Le camp est très étalé de toutes façons.
L'altitude ne nous pose encore pas de soucis, si ce n'est une vague lourdeur dans le crâne. La nuit vient à 6h du soir et comme il n'y a pas la télé, et pas non plus d'électricité, eh bien on se couche, mais oui!!! On ne dort pas tellement mieux que la veille...On joue à des jeux intellos du genre: je dis un pays tu réponds la capitale...mouaif...(Je suis le maillon faible dans cette histoire.)
3ème jour de marche:
vers Baranco Hut. C'est une très longue journée 7h de route, pratiquement non stop ( 1/2h pour manger à midi le casse croûte), çà monte sans interruption jusqu'à un col à 4200m, dans des rochers noirs volcaniques, on traverse des endroits dans la brume, un décor un peu fantasmagorique, mes ongles sont blancs, et ma tête un peu lourde, je désature en oxygène, il fait froid, on met les bonnets.
Heureusement, on redescend de 400 m pour dormir à Barranco, c'est une nuit d'adaptation à l'altitude.
D' ailleurs c'est un très joli endroit où poussent des séneçons géants. Il y a un impressionnant canyon, et au-dessus de nos têtes, majestueux, le glacier à vaincre qui étale ses reflets dans le soleil couchant.
La nuit sera bonne, pour une fois.
4ème jour de marche:
vers Barrafu, dernier camp avant l'ascension finale. Le matin, on franchit une grande muraille, limite entre randonnée et escalade, il faut faire gaffe, et s'accrocher par endroits : le canyon est au-dessous de nos pieds.
A midi, on mange dans une petite vallée sympa où certains auront la sagesse de camper un soir de plus avant d'attaquer le sommet. Mais nous sommes des bons et on continue à monter, monter, monter, sans cesse. Cette partie est difficile et très longue, mais si nous savions !!!
Il fait froid, le sol n'est plus que poussière grise , ardoises sonores qui tintent sous nos godillos, et quelques rochers inhospitaliers. C'est pourtant un de ceux-là que je me vois dans l'obligation de choisir pour satisfaire un besoin naturel plus que pressant: çà gargouille horriblement dans mes intestins...Je me sens mal, je m'arrête donc derrière ce qui me semble un abri décent. Je commence à jouer de la trompette, armée de mon rouleau de pq, et j'entends des voix en swahili qui se rapprochent, et qui ont l'air de bien rigoler, je me retourne et, là, malheur, je me rends compte qu'on peut me voir du chemin et que les porteurs noirs qui arrivent ont vu, en effet! Ma position est très inconfortable, mais je ne peux m'arreter maintenant !
Pour finir, le moral à zéro, je me rempouche, et continuant à souffrir dans la montée vers Barrafu, je vois soudain l'image de Gérard, mon beau-frère, devant moi ( est-ce le délire de la haute montagne qui me prend ?) Il me dit "Ah, ah!!! çà ne rigole plus!!!"
.. à suivre ..