(à prendre au second degré

)
En ce dimanche matin, de retour de ballade dans les bois avec le fiston, je pose mon sac dans l'entrée lorsque ma femme m'interpelle:
-« T'as pas oublié que l'on va déjeuner chez maman aujourd'hui? »
-« Heuh, mais non, bien sur (oh joie, oh bonheur!), super! »
Moi qui voulais tester mon nouveaux matos, c'est raté! Mais un clin d'œil de connivence de mon sac
me fait comprendre que rien n'est perdu et une idée diabolique germe dans mon esprit. J'y fourre quelques trucs de plus en vitesse.
-« Je prends les bouteilles, chérie! ».
Quelques heures plus tard chez belle-maman, je comate un peu dans ma tasse de thé lorsque une bride de conversation me tire de ma torpeur:
-« ...Je lui est montré de quel bois je me chauffe! »
Bois, chauffe! C'est le signal! Je m'éclipse discrètement en prétendant faire un tour dans le jardin, emportant au passage mon sac.
C'est armé de ma scie pliante et de mon bushman que je rends une visite de courtoisie à ces souches arrachées que j'avais remarqué en arrivant! Je m'attaque à un tronc d'une quinzaine de cm de diamètre lorsque j'entends derrière moi:
-« C'est pas avec ça que tu vas y arriver! Tu veux une vraie scie?! (mode ironique) »
-« Non merci, chérie, je pourrais aussi prendre une tronçonneuse, mais justement, c'est un peu le but de se débrouiller avec ce que l'on a sous la main. »
Généralement, ce genre de phrase vient après:
-« Qu'est ce que tu as encore acheté ?! A quoi ça va te servir ce truc, on est pas dans la jungle! »
et avant « je te l'avais bien dit! »
Et pourtant, dix minutes et un grand coup de pied plus tard, je pars avec le tronc sous le bras que je débite consciencieusement avec le bushman et installe les buchettes par terre.
Pendant que je m'applique à tirer des étincelles avec le firesteel et le couteau (le vieux que j'ai retrouvé et aiguisé ce matin, et qui fait cracher le ferronium comme un lance flamme), ma femme m'observe avec une expression indéfinissable. De la pitié, peut être, car ça fait trente minutes que je m'escrime sans grand succès (ne rigolez pas, c'est la première fois que j'utilise cette technique « primitive » pour allumer un feu de bois, et puis, y'avait du vent, et puis...).
-« C'est quoi ton truc qui fait des étincelles? Je peux essayer? »
Petites explications préliminaires et nous voilà tout les deux à quatre pattes à souffler avec espoir sur les brindilles.
Mon fils viens nous rejoindre:
-« Je peux jouer avec vous? Moi aussi je veux faire du feu comme les indiens! ».
Nous voilà trois maintenant.
Comme tout le monde est attentif, j'en profite pour passer à la suite, et je sors ma réserve d'amadou de cette année, j'en dépose quelques miettes sur un kleenex réduit en charpie. Et là, miracle, une braise!Tout le monde se met à souffler et de la fumée s'élève suivie de petites flammes.
Hourra!Et la foule est en délire!
Je dépose triomphalement mon quart remplie d'eau sur le feu.
Mon fils souhaite participer aussi à la victoire et m'apporte son lézard en plastique.
-« C'est gentil fiston, mais les reptiles, c'est meilleur grillés »
Nous terminons ainsi cet après midi chez belle-maman (qui est sortit également, peut être pour savoir si elle devait téléphoner aux pompiers) sur des explications, des consignes de sécurités et des rires. Une petite victoire pour moi, une grande victoire collective pour nous. Nous avons tous passé un bon moment ensemble au soleil, à partager et à apprendre des uns et des autres, et à mieux nous comprendre. Commentaires de ma femme le soir même et encore ce matin:
« c'était marrant ton truc, on pourra recommencer ce genre de chose? »