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Auteur Sujet: [Biblio] La survie aux heures sombres de l'humanité.  (Lu 3512 fois)

21 juillet 2007 à 12:07:57
Lu 3512 fois

emmuel


Bonjour.

Sujet délicat, mais néanmoins important, il me semble. Si ça n'a pas sa place sur ce forum, je vire.
Tout est dans le titre.

On me reproche parfois de ne pas être clair. Je vais essayer de l'être. Si ce n'est pas le cas, me le signaler s'il vous plaït, mais là, je marche sur des oeufs.

Voici donc quelques récits de survivants. Il me semble importants de les lires parce qu'on touche ici à l'essentiel. On est pas dans le romanesque. On est pas dans le romantique. Ni dans l"héroique" au sens convenu du terme.
Mais je pense qu'il faut lire.

Avant de livrer les références, j'aimerais souligner un aspect des choses pertinent pour ce forum, même si il n'est pas l'essentiel des livre. Beaucoup de ces survivants ont survécus, d'abord par une chance, ensuite parce qu'un a un moment donné, ils ont été confrontés (ou plutôt, précisemment, n'ont pas été confrontés) à un problème moral alors même qu'ils étaient dans un univers ou la morale était une chose abolie : leur vie où celle des autres. Et tout ce que cela implique en terme d'acte. Il me semble que cet aspect des choses a été un des gros troubles psychologiques des survivants une fois ceux ci mis à l'abri…

Si c'est un homme de Primo Lévi. Pocket.
Un rescapé des camps de concentration témoigne.
C'est pas très long et simple à aborder, même assez jeune. Ces livres sont paradoxalement d'une grande pudeur.

L'Espèce humaine de Robert Antelme L'imaginaire Gallimard.
Un peu plus dense…
http://clioweb.free.fr/camps/antelme.htm

Récits de la Kolyma. De varlam Chalamov. Verdier
C'est un gros pavé de courts récits. La Kolyma est une rivière, destination des déportés par Staline. Ce livre décrit en petites fragments la vie quotidienne des prisonniers.

Un monde à part  De Gustav Herling  Gallimard ?
" Des nombreux livres que j'ai lus, concernant l'expérience des victimes des prisons et des
camps de travail soviétiques, Un monde à part de Gustaw Herling est l'un des plus
impressionnants, des mieux écrits. Il possède à un degré très rare une force de description
simple et vivante et il est tout à fait impossible de mettre en doute sa sincérité sur quelque
point que ce soit. "

L'Archipel du Goulag Alexandre Soljenitsyne, Fayard





« Modifié: 21 juillet 2007 à 13:31:53 par emmuel »

21 juillet 2007 à 12:25:49
Réponse #1

emmuel


J'en oublie un qui m'est cher et que j'ai du lire vers 10 ans, mais que je lis et relis encore.

Maus, un survivant raconte De Art Spiegleman. Flammarion
C'est en bande dessinée, dessiné animalier, cette fois. C'est d'une qualité exceptionnelle.
Edit : j'en rajoute une couche sur celui là… C'est dessiné en noir et blanc et écrit par le fils d'un survivant qui a par la suite fondé RAW une des très grandes revue de bande dessinée américaine. C'est non seulement l'histoire du père, de la montée du nazisme à lsa fin mais aussi l'histoire de leur relation…





http://fr.wikipedia.org/wiki/Maus
« Modifié: 21 juillet 2007 à 20:47:34 par emmuel »

21 juillet 2007 à 12:40:52
Réponse #2

ipphy


Très bon sujet  ;)

Je rajouterai:

A marche forcée
de Slavomir Rawicz. Evasion (romancée? Réelle?) d'un goulag sibérien.

Aussi loin que mes pas me portent de Joseph Martin Bauer. Même époque, même régime. Un prisonnier allemand s'évade d'une mine de plomb du détroit de béring. Son évasion, durera 3 ans et le mènera en Iran.




21 juillet 2007 à 13:26:34
Réponse #3

Frolboll


Deux autres excellents livres, difficiles à résumer :

C'est en hiver que les jours rallongent de Joseph BIALOT (Point)

et

Le Tunnel de André LACAZE

Froll

21 juillet 2007 à 16:01:58
Réponse #4

Sylvain74


Dans le style poignant et criant de vérité :

Au nom de tous les miens,
de Martin Gray.

Se trouve en poche. J'ai dû le lire 3 ou 4 fois...

Attention c'est du solide, il relate particulièrement bien sa vie dans le ghetto de Varsovie, ses plans débrouille, le camp de Treblinka, et comment un homme ayant perdu tous ceux qu'il aime réussit à se reconstruire partiellement...

Sylvain.

21 juillet 2007 à 20:36:48
Réponse #5

emmuel


Je voudrais faire quelques commentaires sur les livres que j'ai cité, dans leur ensemble. Toujours dans l'optique du Forum et de ce qui ressort de ce moi j'en ai lu. C'est à dire, peut être mal, peut-être de façon incomplète, ou déformée par mes propres réflexions, et le temps.

Ceux qui ont survécus ne sont pas les plus balaises, les plus grand et les plus costauds. Les privations et l'effort physique a pesé sur eux plus que sur les autres. Trop d'énergie nécessaire pour faire tourner la machine.

Par contre beaucoup de ceux qui ont survécu le doivent à leur compétence, leur savoir-faire spécifique. Tout à coup, le mec qui savait zinguer une toiture avait du pain et de la chaleur. Voyons aussi l'exemple de "A marche forcé" avec l'épisode du mec qui peut s'évader car il sait réparer une radio, mais aussi à grâce à des compétences en alpinisme pour dépecer les bêtes… etc.

Ceux qui ont survécus sont ceux qui n'ont pas forcément suivi les règles. C'est ce que j'évoque en début de post. Pas suivi les règles du läger ou du goulag, bien sûr…

"Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C’est l’objectif que les SS ont choisi pour nous. Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable. 
Le seul but de chacun est donc de s’empêcher de mourir. Le pain qu’on mange est bon parce qu’on a faim, mais s’il calme la faim, on sait et on sent aussi qu avec lui la vie se défend dans le corps. Le froid est douloureux, mais les SS veulent que nous mourions par le froid, il faut s’en protéger parce que c’est la mort qui est dans le froid. Le travail est vidant - pour nous, absurde - mais il use, et les SS veulent que nous mourions par le travail; aussi faut-il s’économiser dans le travail parce que la mort est dedans. Et il y a le temps: les SS pensent qu’à force de ne pas manger et de travailler, nous finirons par mourir; les SS pensent qu’ils nous auront à la fatigue c’est-à-dire par le temps, la mort est dans le temps.
Militer, ici, c’est lutter raisonnablement contre la mort".
Robert Antelme.
Mais aussi les règles de la "morale" ou de "l'éthique". Sans disserter sur le sens de ces mots, parce qu'il est des univers ou ceux ci n'en ont plus. Certains rescapés se le sont reprochés. On leur a reproché aussi. On leur a dit : si vous avez survécu c'est forcément sur le dos de votre voisin, ou en collaborant ou je ne sais quoi. Beaucoup en ont eu un grand sentiment de culpabilité. Deux choses la dessus. D'une on a tout fait pour leur enlever leur humanité. Ben quand on fait ça c'est la bête qui veut survivre.
De deux : Sauf qu'ils ont survécu et mon opinion est que s'ils ne l'avaient pas fait, plus personne ne serait vivant. Ni leur voisin au non duquel ils se seraient sacrifiés, ni eux même. On l'a déja dit ici, mais la leçon se tire dans ces livres également, ceux qui survivent sont ceux qui trichent.

Ceux qui ont survécu, se sont accroché à une conviction forte. A une conviction propre. Une conviction politique par exemple. Ou tout simplement celle d'être un humain et d'avoir le droit de vivre. La bête finit par se laisser crever, mais l'homme s'accroche. La bête mange tout à sa faim ,  mais l'homme planifie. Garder la foi en son humanité malgré tout à sauvé. Certains disent avoir été sauvés parce qu'ils connaissaient par coeur des chansons, des textes, qu'ils pouvaient se réciter, à eux même ou aux autres. Pour moi c'est la même chose. L'écriture c'est l'humain, et être capable de se réciter un poème, ou dans d'autres circonstances jouer de l'harmonica par exemple, c'est encore se dire, je suis un humain j'ai le droit de vivre, de le vivre et la force de m'accrocher.

J'arrête là pour le moment.
A plus.




22 juillet 2007 à 01:54:37
Réponse #6

bellis


Citer
Ceux qui ont survécu, se sont accroché à une conviction forte

Ceux qui ont survéçu devaient avoir une forte Volonté .
Dans cette situation: Volonté de vivre, malgré les tortures, les sévices programmés pour les tuer .
 
 En cultivant un domaine de leur propre esprit, ils se sont maintenus en l'état d'être humain, et ont pu ainsi continuer à entretenir cette Volonté .   
 
bellis :)

22 juillet 2007 à 12:35:50
Réponse #7

Vulpus


Un peu plus sur Antelme, j'en ai lu quelques morceaux. Je recite de ma mémoire, que Robert Antelme luttait contre les SS en faisant tout qu'un homme vivant devrait faire à la base: aller aux chiottes, manger et faire battre son coeur. Les SS ont essayé de déshumaniser les prisonniers, mais autant qu'on fait ses besoins sur la toilette le matin, autant qu'on mange, autant qu'on a faim, autant qu'on travaille, on appartient à l'espèce humaine. Autant qu'on subit toutes les injustices, on est homme. C'est seulement quand on perd le courage d'aller aux chiottes, ou de faire battre son coeur, qu'on est vaincu.
Survivre à la terreur est le seul moyen de se battre selon lui. Le seul moyen de résister à la déshumanisation des SS. Après la fin de la guerre, Robert Antelme pésait 45 kilos pour un homme de 1m90... (si je me trompe pas).
La plus grande sagesse est de paraitre fou - Dionysius Caton

22 juillet 2007 à 21:49:06
Réponse #8

Anke


Tout ce qui est écrit est admirablement bien résumé. C'est vrai qu'il y a beaucoup de littérature sur le sujet, et fort bien écrite. Juste une petite remarque sur le titre du sujet, " les heures sombres de l'humanité", quelques années après, oh, pas beaucoup, ceux qui avaient subi la "botte allemande" tournaient les manivelles de la "gégène" en Algérie, bref, je ne crois pas que nous soyons sortis des heures sombres, les avons nous jamais quitté d'ailleurs. Nous sommes tous capables du pire.... et du meilleur.
Mais vous avez raison, ce sont là de belles leçons de vie et de survie.
Que dire aussi du gars de 29 ans qui prend un camion en pleine poire et se retrouve téraplégique et qui continue, tombe amoureux, mêne sa vie envers et contre tout, continue de se battre.... continue...

10 août 2007 à 18:27:27
Réponse #9

Le_Celte


Dans un style différent mais quand même dans le sujet, j'ajouterai a la liste :

20 ans dans la forêt (Par Raymond Pin) : Un homme survit seul durant 20 ans en forêt, et ce en france entre 1960 et 1980, dans l'indiférence générale (sauf celle des chasseurs qui le poursuivaient et lui détruisait ses abris! >:D)

Le Roi des derniers jours (Par Barret/gurgand) : L'histoire du siège de Münster en 1534...avec tout les détails atroces d'une vraie famine...et comment certains s'en sont sortis

"Ici c'est le Paradis" (Par Hyok Kyang) : histoire d'une enfance en Corée du nord. Marquant...

"Tête de Turc" (Par Günter Wallraff) : Un journaliste Allemand se fait passer pour un travailleur Turc et nous fait découvrir leur quotidien...TRASH!

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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